2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 15:41
Salomé comprit qu'il n'existe que trois sortes d'histoires : les histoires de coeur, les histoires de corps et les histoires de cul. Elle n'en privilégia aucune, laissa agir le temps mais n'eût plus peur d'aucune. La peau et les orifices, les siens et ceux des autres, pouvaient devenir le terrain sur lequel elle allait évoluer à l'aise, en Diane chasseresse ou en déesse de l'Olympe, en fée ou en sorcière, une pomme empoisonnée et une baguette magique dans ses mains gantées.

Instaurer une relation SM est assez facile. La maintenir est plus compliqué. Le phantasme est inoffensif. Le passage à l'acte peut être traumatisant. Pour celles et ceux qui, travaillés par cette tyrannie, refoulent et angoissent, c'est l'enfer.
L'éducation a tabouisé le sexe, les non-dits et les interdits ; stigmatisé des déviances, fabriqué des névroses.
La religion s'est chargée, du reste, de distribuer ces copieux restes d'authentique croix du Christ où il mourut cloué et fouetté.
Le pêché et la pénitence, le vice et la vertu sont copains comme cochon, et les flammes de l'enfer éclairent le paradis. Le jeu social est un jeu érotique.
Maîtresse Salomé passa une annonce dans des revues spécialisées. "Je vais recevoir des inquiets et des perturbés." pensa-t-elle, "mais s'il crachent au bassinet, c'est pour mieux se réparer. Je suis une pute. Et alors ? Madeleine, au catéchisme, telle qu'on me l'apprenait, qui était-elle d'autre ?"

Qui reçoit-on aujourd'hui ? Un fonctionnaire trop consciencieux dont la vie a été emposonnée par un scrupule élevé au rang d'obsession : craindre de glisser par erreur un document pornographique dans une enveloppe du Ministère qui l'emploie. Fermer l'enveloppe relevant alors de l'exploit surhumain, toute son énergie passée à ça.
Son trouble obsessionnel compulsif l'a aliéné, dépersonnalisé, tenté de le clochardiser.
Il vérifie, ouvre, ferme, rouvre, referme. Ce qu'il souhaite, c'est que Maîtresse Salomé l'oblige à fermer des enveloppes en toute liberté de mouvement et de pensée.

Maîtresse Salomé écrivait : "Je sais que je ne deviendrais jamais une vieille dominatrice. Je ne ferai pas "ça" toute ma vie. Je dois gérer cette carrière très vite, tout solder avant que je ne sois humiliée et tremblante. Je dois agir comme le footballeur ou le cycliste. Je me reconvertirai dans la plume. Je passerai de la plume au chapeau à la plume au derrière pour la placer là où elle tient le mieux : dans la main. J'aurai des choses à raconter..."

Assise à son bureau, Betty trouvait un peu de repos. La séance, achevée à grand peine, avait été décevante.
Il avait fallu ramer. Il avait été difficile de se séparer de cet échalas pas assez mûr pour le corps à corps.
Elle pensa intensément à ce qu'elle faisait. Jamais, au demeurant, elle ne versa dans le Grand'Guignolesque, et si, au cours de ses numéros de visuels, elle frisait parfois le ridicule, ce dernier ne tuait pas. Aucune indécence ne remontait ; ses sexes nus s'apparentaient au théâtre, à cette forme à la fois si pure et si crue qui restitue la vie, l'enjolive ou l'enlaidit, mais est impuissante à la traduire dans sa routinière banalité.

(A suivre.)

Raoul Jefe

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commentaires

joel fauré 03/05/2007 08:08

Merci Aurora.
Le pourpre me monte au front. Vous pouvez "conter" sur moi comme je "conte" sur vous.
Amitiés.

AURORA 03/05/2007 02:50

Ami Joël,

Vous écrivez si bien que l'on se prend à attendre la suite de ces mots si précieux...
Chez moi, ce soir, je vous fais un clin d'oeil "Chat (ou plutôt chaperon) Botté en hommage à la photo surprise que vous avez eu la délicatesse exquise de m'adresser...

Fidèlement,

AURORA

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