15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 16:14

Ce texte est dédié à Camille.

Elle se reconnaîtra.
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ELLE
: Six, sept, huit, neuf, dix.
LUI : Dix ?
ELLE : C'est ce qui est écrit.
LUI : Ah oui ! J'avais oublié...
ELLE : Comme de coucher ? Redis moi les mots : couché. Couché... COU - CHE. Mademoiselle, voulez-vous coucher avec moi ? Alors, couché ! Sans moi cette fois.
LUI : Couché ?
ELLE : Couché. Allongé. Etalé. Etiré. Gisant.
LUI s'allonge. A plat dos. Jambes écartées. Les bras le long du corps.
ELLE fait "le tour du propriétaire". Effleure de la semelle de sa cuissarde le visage, pose la même semelle sur la poitrine pour mieux "posséder son trophée"...
LUI : Tu prends ton pied ?
ELLE : Hum... Peut-être...
LUI : Que te manque-t-il ?
ELLE : De m'attacher un peu à toi... A moins que ce ne soit le contraire. Il faudrait s'unir avec les liens sacrés du...
LUI : Il y a bien les anneaux...
ELLE : Et la chaîne... Et le collier...
LUI : C'est toi qui m'a enchaîné la première. Tu t'en souviens ?
ELLE : Un peu... Mais j'ai failli oublier. On pourrait recommencer ?
Elle se saisit d'un collier et d'une chaîne.
ELLE : A genoux !
LUI se met à genoux, torse levé.
ELLE lui passe le collier autour du cou et le tient "en laisse".
ELLE : C'était ainsi, une nuit d'été, bleutée et parfumée, à la campagne, dans une paririe... "Là où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute" m'as-tu-dit.
LUI : J'ai dit : "L'herbe est toujours plus verte de l'autre côté de la barrière. The grass is always green in over side. Jait dit aussi : "Changement d'herbage réjouit les veaux."
ELLE : Alors, que veux-tu ?
LUI : La liberté.
ELLE : Laquelle ?
LUI : La mienne.
ELLE : Et moi ?
LUI : Toi ?
ELLE : Moi.
LUI : La nôtre. Détache-moi... Détache-moi... Par pitié, détache-moi.
ELLE : Et tu ne t'échapperas pas ? Tu ne t'échapperas plus ?
LUI : Je ne crois pas.
ELLE : Il faudra être sage.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Oui.
ELLE : Docile.
Elle tire sur la laisse.
LUI :
Oui.
ELLE : Attentionné.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Oui.
ELLE : Obéissant.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Obéissant ?
ELLE : Oui, obéissant.
ELLE tire plus fort sur la laisse.
LUI : Oui, obéissant.
ELLE : Dis moi une phrase qui me fasse plaisir.
LUI : Tu es belle.
ELLE : Et puis ?
LUI : Je t'aime.
ELLE : Que dis-tu ?
LUI : Je t'aime.
ELLE le détache et laisse tomber la chaîne au sol.
LUI se relève lentement. Ils restent tous deux face à face.
Un long instant.
Sans oser se toucher.
LUI tend une main vers ELLE. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte, lentement.
ELLE tend une main vers LUI. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte, lentement.
LUI : Nous ne sommes pas à égalité de chance.
ELLE s'asseoit et lui tend ses jambes. LUI, délicatement, lui retire ses bottes-cuissardes.
Ils se remettent debout, face à face.
Un long instant.

Silencieux. Les yeux dans les yeux.
Sans oser se toucher.
LUI tend une main vers ELLE. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte lentement.
ELLE tend une main vers LUI. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte lentement.
Enfin, ils tombent dans les bras l'un de l'autre et s'étreignent.

Noir. Rideau.

Raoul Jefe

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN :
LE PORTRAIT DE MAITRE JANUS

par Laure O'Jef













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commentaires

Joël Fauré 16/05/2007 07:27

Camille : J'avais vraiment oublié que cette version courte est plus recevable. Merci pour le merci.
Aurora : Je souscris à votre rêve. Et je rajoute Gérard Philippe dans le rôle de LUI.

AURORA 16/05/2007 05:07

Il y a ces mots, puis ces gestes comme un ballet au ralenti.
J'imagine très bien tout cela en Avignon, sur une scène, par un beau soir d'été.

Camille 15/05/2007 22:50

Cette version beaucoup plus transparente de "à propos de bottes"serait reçue à merveille par un public de théâtre, pourquoi ne me l'avez-vous pas faite connaître avant l'autre? Oui , je comprends . Merci pour cette lecture , la fin me rend heureuse . Camille

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