6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 17:06
L'éditeur a pris mon livre.
Vous aavez vu, l'éditeur a pris mon livre ! Vous l'avez entre les yeux. Dites, c'est Brel qui vous a attiré ? Sa photo est son nom sur la couverture, c'est ça ?
Je me trompe ?

Ecoute... Ecoute...
Marie-Madeleine a épousé mon frère Bernard, Emile Fauré le 27 juillet 1974. Marie-Madeleine aime Brel, le saucisson sec et mon frère. C'est mon frère qu'elle épouse. Elle veut me faire partager sa passion pour Jacques Brel. Elle insère une cassette dans un lecteur et me dit : "Ecoute... Ecoute...". Brel tonitrue sur un port de Hollande, s'emporte contre des notables, éructe, s'apitoie, sanglote, transpire...
Les Bourgeois  et  Amsterdam.
Je n'aime pas.

Mon Brel à moi.
Pourquoi n'ai-je prêté d'abord aucune attention à ce que disait ce type ?
Et pourquoi ensuite me suis-je arrêté au bout de ses phrases, jusqu'à les connaître presque toutes par coeur ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Mon Brel à moi, vous ne pourrez pas me le voler.
Il ne ressemble pas au vôtre ni à aucun autre.
Il est un peu ici et un peu là.
Vous pouvez me l'envier mais pas le copier.
Il est debout dans la salle à manger, devant le micro que lui tend ma mère.
Il est caché dans ma chambre, sous le lit.
Il a déboulé comme un fou avec de la bière, des bonbons, du buvard, un doigt de couvent, un grand verre de grand'messe, dix éléphants, cent kilos et trois cent trente-trois fois le temps de bâtir un roman.
Il est entré dans ma cage thoracique, tel un oiseau, un singe, un fauve. Un lion.
Il est couché du berceau de la joie au lit de la puissance.
Il est courbé sur mon front.
Il m'engueule parce que je suis trop lâche...

Mon père disait...
En 1977, pour mon petit Noël, Marie-Madeleine m'offre un électrophone. J'ai pris la mobylette et je suis allé à Saint-Sulpice acheter mon tout premier disque, un 33 tours... Il y avait "Les Bourgeois". Je les écoutais souvent. Déjà Jojo était là.
Ma mère riait. Mon père disait : "Tu commences à nous faire chier avec tes disques..."

J'ai vomi.
La veille de ma première communion, j'ai vraiment vomi. De peur. Une aube blanche, c'est aussi impressionnant qu'une robe noire de magistrat ou d'avocat.

La rue oubliée.
Ca doit être l'une des rues les plus inconnues de Toulouse. Paradoxalement, elle se trouve au coeur même de la ville, là où battent le pavé des foules de gens... Mais ici, personne ne passe. Il ne se trouve aucune enseigne attractive, aucun néon aguicheur, rien qui ne se mange, se boive, se lise, se sente... On n'y fait pas de cadeaux. Je crois même qu'il n'y a pas de boîte aux lettres... Pas de plaque, pas de pair ni d'impair. On pourrait s'y méprendre, à une lettre près, elle porte le nom du psychiatre suisse Hermann Rorshach (Prononcez ROR - SAX), inventeur de ce fameux test qui nous a tous traumatisés, avec ces planches de taches d'encre symétriques obtenues par pliage, où il était hypocrite de ne pas voir une araignée, une grenouille ou un sexe. Ici donc, il s'agit d'Ernest Roschach, archiviste de la ville que l'on a voulu -maladroitement- honorer. Et pourtant, il y a un donjon et une entrée des artistes... Alors, pas étonnant que Brel y ait été photographié lors d'un de ses passages dans la ville Prose, chère à Nougaro.
La photo, publiée dans "La Dépêche" du lundi 3 septembre 1962 est légendée : "Jacques Brel a donné à l'hôtel d'Assezat, samedi soir, un récital qui lui a valu des rappels enthousiastes. Voici le sympathique artiste surpris par notre photographe, dans la rue Roschach, avant d'être reçu amicalement au Donjon par M. GIBERT, président du Syndicat d'initiative." (Photo "La Dépêche". - Opérateur : J.-L. Jammet)
La photo est signée Jean-Louis Jammet. Je connaissais un peu Jean-Louis Jammet. Jean-Louis Jammet était photographe à "La Dépêche du Midi". Chaque fois que je le rencontrais, il me promettait de me confier les négatifs. "Je me souviens très bien de Brel." me disait-il. "J'ai fait les photos le jour de l'anniversaire de ma femme. La prochaine fois, promis, sans faute, je vous fait passer les négatifs."
Jean-Louis Jammet est mort, sans doute de trop d'anis, ne me laissant pas si négatif...

(A suivre)

Joël Fauré




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commentaires

théo 07/06/2007 16:59

re PS: impossibilité technique ? bouh alors, punie je suis.
à bientôt

Joël Fauré 07/06/2007 11:48

Théo : PS : pardon pour le "lapsus clavieris" ... la chance que vous avez eue.

Joël Fauré 07/06/2007 11:43

Théo : La chance que vous avez eu. Brel, complexé par la danse, a dû percevoir en vous les traits d'une grande âme.
PS : Impossible de laisser un commentaire sur votre blog que je parcours et que j'aime, parce qu'il ressemble à de la douce dentelle.

Aurora : Oui, je me souviens de dimanches d'août. La chaleur n'était pas que climatique. Elle était aussi humaine...

Camille : Pensez, ma chère et douce Camille, et écrivez ce que vous pensez : c'est toujours très beau.

Camille 07/06/2007 08:35

Il y a des textes qui laissent sans voix, dont on ne peut pas parler immédiatement. Il y a des textes qui se laissentjuste apprécier, juste "penser".Alors, je ne rajouterai rien.Camille

AURORA 07/06/2007 05:01

Entre le Perec de "Je me souviens" et le Modiano de "Dimanches d'Août", pas de doute, vous avez très bien connu Jacques Brel !

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