14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 18:54
A Ludovique Lefrêne,
à notre relation épistolaire sans faille depuis 20 ans.
"De son coin de ciel, il doit observer d'un oeil amusé nos échanges de correspondances, en étant, sans le vouloir, à l'origine."



Brel, poste restante.

1988. Brel a 10 ans de tombeau. Il me manque. J'ai une idée.
Imaginez qu'il vienne rechercher en poste restante les lettres que vous lui auriez envoyées. 
La presse relate la nouvelle.
"Ouest-France" est le premier à rendre écho de ma lubie.
Le fondateur de "MIDI-CAoutchouc", place Esquirol à Toulouse, aime bien mon idée. Il dirige une revue qui relaie mon initiative. Je ne lui ai pas dit que ma mère a acheté un coq en matière plastique pour moi, dans son magasin. Je ne lui ai pas dit non plus que Brel, pour moi, était mort juste à côté de chez lui. Je ne sais pas s'il aurait compris...

Des lettres arrivent par dizaines, à mon guichet...
Première de cordée, Ludovique Lefrêne, de Breteil :
"24/2/88
"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil.
René Char.

... ainsi ! Mr Brel, vous voici de retour parmi nous, quittant quelque temps votre terre d'adoption située dans : "le vent sucré des îles nacrées" comme le chante si joliment votre ami Pierrot.
Parmi nous, cela ne vous est pas facile d'échapper, comme vous le souhaitez tant ! au terrible envahissement et à l'indiscretion de toute une meute journalistique, qui ne cesse de vous poursuivre et de vous traquer !
Le chanteur Antoine est revenu aussi sur scène, étant en France actuellement. C'est lui qui, à l'époque, par ses bavardages intempestifs, sur son bateau, vous ayant rencontré sur votre bataeu, et situé dans votre nouvelle vie, avait permis aux journalistes de vous débusquer dans votre retraite et paix des Marquises, jusqu'alors privilégiée.
Oui ! Comme c'est difficile d'avoir un nom  et une notoriété, et d'échapper à la rançon d'une indépendance et d'une intimité de vie très grignotée, sinon volée !
De même qu'il a été écrit : "Tu peux m'ouvrir cent fois les bras, c'est toujours la première fois.", de mon côté j'ajoute en plagiant :
"Je peux relire ces mots cent fois
C'est toujours la première fois !"
Pour terminer, ici, en France, l'hiver, cette année a été fort timide, et dans notre région, la nature, en cette fin février, a des coquetteries de Printemps, bien affirmées.
J'en parle car le ciel, le soleil, les arbres, les champs sont en eux-mêmes Poësie, et Poësie chaque jour renouvelée, et là où je vis, je manque rarement ce genre de rendez-vous.
Et pour terminer, si "l'année a douze fils, qui portent au visage la nuance du ciel et la couleur du vent, et tous d'un pas égal, fidèle et vigilant, ils font de par le monde un éternel voyage", en cette fin février, il reste dix fils en 1988 et vers lesquels nous allons chaque jour à la rencontre. Mr Brel, je vous souhaite des rencontres fort heureuses avec eux. Et merci pour tous ces mots et musiques que vous nous avez fait rencontrer."
L. Lefrêne.

Bruxelles : un stage à la Fondation...
En vue d'obtenir mon CAP d'employé de bureau, il est prévu d'effectuer des stages en entreprises. Devinez pourquoi je choisis la Fondation Jacques Brel, à Bruxelles ?
La Fondation Jacques Brel a été créée en 1981 par la deuxième fille de Jacques, France. Elle s'est donnée pour mission de regrouper les nombreuses traces laissées ici et là par son père à travers le Monde, pour les mettre à la disposition du grand public, et de soutenir des démarches caritatives, notamment la recherche sur le cancer, qui a emporté Grand'Jacques.

L'abbé Casy aimerait rencontrer France, la fille de son ami Jacques.
France, de son côté aimerait rencontrer l'abbé Casy, l'ami de son père.

Quand je prenai congé du bon curé casy, dans sa maison de retraite Saint-Augustin à Toulouse, du haut de l'escalier, il me disait : "Tu reviendras me voir, dis, tu reviendras me voir ?"
Je suis heureux d'avoir pu organiser la première et seule rencontre entre Casy et France, à Toulouse.
France offre des bonbons. France est accompagnée de son fiancé.
Casy leur dit : "Je pourrai vous marier si vous voulez ?"
Casy Rivière nous a quittés le 2 août 1987. Ironie du calendrier, il s'éteint le lendemain de mon départ de Bruxelles. France écrit : "Casy Rivière est parti. Que dire au delà de cette tristesse qui coloria ce lundi matin d'août dès l'annonce de son départ par sa gentille nièce ? Désormais, il n'ouvrira plus les portes de son presbytère comme celles de son coeur qu'il avait démesurément grand.
Ceux qui ont eu la chance de le rencontrer n'oublieront plus la vivacité de son intelligence et l'océan de chaleur humaine qui émanait de lui."

La place de Broukère à Bruxelles ressemble à la place Esquirol à Toulouse. Même rectangle presque parfait.

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves :

Il fait bachot en ce moment...

Jubilatoire lecture du "Figaro" d'aujourd'hui. Le quotidien a demandé à cinq grandes plumes de se prêter au jeu du bac philo.
Ma mention "Très Bien"
ira au facétieux Jean d'Ormesson qui est, à mon humble avis, le seul écrivain français vivant qui, même lorsqu'il veut bâcler son travail ("Je partirai à 11 heures.") n'y parvient pas. Sa copie a été jugée "incorrigible" !
Il faut dire qu'il la côture comme suit :

"Nous savons depuis Socrate que la vraie philosophie se moque de la philosophie et que le vrai philosophe, bien loin de répondre aux questions qui lui sont posées par les philosophes, va plutôt tremper ses doigts de pied dans le fleuve Ilissos et danser avec les loups."

Moi qui suis resté à bac moins 2, vous ne pouvez pas savoir comme ces phrases m'ont soulagé.
Et j'ai repensé au petit ruisseau de mon enfance...

JF

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commentaires

AURORA 15/06/2007 02:18

"...Les pirogues s'en vont
Les pirogues s'en viennent
Et mes souvenirs deviennent
Ce que les vieux en font
Veux tu que je dise
Gémir n'est pas de mise
Aux Marquises."

Un véritable sujet de philo pour le bac.

Camille 14/06/2007 22:39

Grâce à votre envoi de ce soir, je peux lire les jours passés, les senteurs du vieux Bordeaux et ses faces cachées, le superbe Roger Borlant, Jacques Brel...Merci. Camille, au gré de l'informatique.

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