22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 19:49
A celle ou celui qui a dit :
"Quand je pense à la mort de Brel,
je pleure de vraies larmes :
il meurt trop bien."

Trémolières.

Vous vous rendez compte, du côté de ma mère, je m'appelle Trémolières... Pas : Molière.... Non, non : Trémolières...
Vous croyez que ce livre aura du succès ?
"Le hasard, les circonstances, la chance ou la malchance peuvent toujours donner en littérature un succès inespéré ou un échec immérité." m'a un jour écrit mon oncle, l'abbé René Trémolières...

Les femmes.
Il y a à Toulouse, juste à l'angle de la rue Pharaon et de la place des Carmes, une femme résignée qui attend...
Je vous vois venir avec vos gros sabots et vos grandes bottes...
Elle est toute blanche et chaussée de roses... Elle a les mains jointes sur sa poitrine et les yeux baissés sur les pavés gluants de nos crasses. Elle semble vouloir ne pas voir les passants.

Femmes secrètes, femmes interdites, femmes défendues, femmes des autres et femmes pour tous : qu'elles s'appellent Hélène, Christine, Marie-Jeanne, Elisabeth, Sylvie ou Camille...
Brel a cherché après Titine, a attendu Madeleine et c'est Mathilde qui est revenue...
La femme de Toulouse attend...
Miche, Maddly et France parlent encore de Brel.

Esquirol (Jean Etienne Dominique) médecin français (Toulouse, 1771 - Paris, 1840). Un des fondateurs de la clinique et de la nosographie psychiatriques. Il est à l'origine de la mise en place en France des Institutions psychiatriques.

J'aime la nuit...
J'aime ses senteurs,  ses silences, ses refuges.
Je crois aussi que Brel devait être un noctambule très heureux, à la sortie de ses tours de chant, de champ, de chauffe ; lorsque, après s'être beaucoup donné, il humait l'air enténébré devant le théâtre... avant d'aller boire une tisane... au houblon.

Cher Jacques,
Je me trouvai récemment dans une ces idiotes salles d'attente, avec, cela va de soit, les indispensables affiches démagogiques sur les murs, les fauteuils de mauvais goût, les plantes vertes dans leurs bacs à arrosage automatique, et l'incontournable table basse surchargée de revue et de magazines. La pièce était comble et ne désemplissait pas. Il faut dire que, derrière cette antichambre, l'officiant était du genre plutôt compétent.... J'étais là depuis plus d'une demi-heure, patient dont la patience s'effritait. J'ai feuilleté un magazine qui parlait de toi. Alors j'ai lu. Tu répondais au journaliste : "J'aime bien les gars qui disent : "oh, ça me fait mal..." c'est pas tout à fait de la faiblesse, c'est peut-être de la sensibilité... enfin, de la tendresse ou de la chaleur..." J'ai relevé les yeux du magazine : une blouse blanche passait. "En réalité, ce sont des hommes qui ont mal aux autres..." La blouse blanche, poliment, a lancé : "A qui le tour ?" (Ce qui équivaut à dire : "Au suivant !")
Le suivant était une suivante. Une femme qui portait sur le visage les stigmates d'une profonde meurtrissure. J'ai eu mal à elle... Elle s'est engouffrée dans le chambranle de la porte qui l'a avalée..
J'ai horreur des salles d'attente. On attend toujours trop longtemps. Et l'attente, si elle n'est pas meublée, quand elle devient nerveuse, ouvre les vannes à toutes sortes de pensées qui se télescopent dans les méandres de l'esprit, tandis que le corps s'enlise dans une macération gluante. Pour peu qu'en face et autour de vous d'autres personnes attendent aussi (sans mot dire comme c'est souvent le cas), se regardent en chiens de faïence fragile, s'épient, se commentent, tout devient vite assez insupportable.
Mais ce qui est encore plus éprouvant, c'est d'être intégré dans le défilé de suivants et de suivis, focalisés vers un but unique et commun. Avec, à la clef, un morceau de vie à vivre forcément du mauvais côté du bureau, de la porte, du guichet...
J'allai replonger dans ma lecture quand l'infirmière a réapparu. C'était mon tour. Je me suis extirpé à grand peine de ce fauteuil trop profond, et je l'ai docilement suivie.
Parvenu à ma destination, j'ai dit bonjour à mon vis-à-vis : il m'a souri, m'a invité à m'asseoir et il m'a dit : "Le dragon s'approche de votre second poumon..."

Brel (Jacques), Bruxelles 1929 - Bobigny 1978, chanteur belge. Egalement parolier et compositeur, il se rendit célèbre pour la qualité de ses textes poétiques (Le Plat Pays), passionnés (Ne me quitte pas)
ou satiriques (Les Bourgeois)

Il y a à Toulouse, à l'angle de la rue Pharaon et de la place des Carmes, une femme résignée qui attend. Elle est toute blanche et chaussée de roses. De ses mains, elle se protège les poumons...
Tellement de risques...

(A suivre.)

Joël Fauré.

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Brèves :

Lu, vu, entendu, perçu, retenu, remarqué, à replacer...

C'est comme ça. Une phrase qui sonne bien. C'est un de mes contemporains qui me l'a offerte. Une phrase comme ça. Le genre de phrases-pépites, de phrases-cadeaux qui jaillissent comme des jets d'eau : "Il faut de l'esprit pour parler et de l'intelligence pour comprendre."
Voilà. C'est dit... ça scotche...
Et je l'adapterai : "Il faut de l'esprit pour écrire et de l'intelligence pour lire."

*

"IMPOSTURE"

Ce film, de Patrick Bouchitay, avec l'auteur et Laetitia Chardonnet, est passé inapercçu lors de sa sortie en salles, le 25 mai 2005. Je tenais à lui rendre justice.

Le film aurait pu s'appeler "USURPATION". Mais tout ça, hein, on est bien d'accord, c'est une question de mots... Et les mots, en littérature, ça en est l'essence même. Telle habile combinaison donnera un texte remarquable ; tel agencement fiévreux un désastre illisible.
"Le hasard, les circonstances, la chance ou la malchance peuvent toujours donner en littérature un succès inespéré ou un échec immérité."
Les deux objets de ce long-métrage sont deux livres. Dire qu'ils ont été écrits à quatre mains ne serait pas entièrement faux.
Serge Pommier est un critique littéraire réputé - et un auteur contrarié - qui fait courir sa plume dans "La Nouvelle Revue."  A ses lèvres, à presque chaque plan, il porte un verre d'alcool ou une cigarette. Il est aussi professeur de littérature du XXe à l'Université.
Jeanne est l'une de ses élèves. Timorée, introvertie, et terriblement habitée d'un talent latent qui attend d'éclater... Elle confie le manuscrit de son texte "Le Journal d'une folle" à son maître, avec cette fébrilité qu'ont les créateurs tout juste sortis de l'oeuf, et qui attendent un mot, un avis, une réponse à ce "qu'en pensez-vous ?" lancé comme un dé.
Pommier, qui se la joue quand même un peu, promet de lire... s'il en a le temps. Il en a.
Littéralement subjugué par l'ouvrage, il décide sans vergogne de se l'approprier.
Pour ce faire, il faut soustraire Jeanne au circuit de la vie. Il l'enlève et la séquestre dans la cave de sa maison de campagne isolée. Grosses chaînes et menottes achetées au rayon sado-maso d'un sex-shop assujettiront Jeanne à un immobilisme castrateur pendant que son bourreau fait un triomphe avec le livre, sorti et salué par tous comme un chef-d'oeuvre.
Mais les lendemains déchantent. La suite euphorique du succès qu'on le presse de hâter, il ne peut la mener qu'avec sa prisonnière. Son nègre. Qui s'enferme dans un mutisme protecteur. Et puis la femme qui écrit ce qu'elle vit rattrape la femme qui vit sans écrire.
Pommier apporte un ordinateur dans la cave, puis détache les chaînes. Jeanne est presque heureuse. Pommier cite Balzac : "Le malheur est un tremplin pour les forts et un abîme pour les faibles." et se cite lui-même : "J'ai su lui enseigner ce que j'ai appris d'elle." La vapeur se renverse. Sado-Maso devient Maso-Sado.
Quand Jeanne parvient à fausser compagnie à son geôlier, les jeux sont faits et les récompenses promises à celle qui les mérite...
"Imposture" est librement adapté du roman de l'espagnol José Angel Manas (tilde sur le n) : "Je suis un écrivain frustré."

JF

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commentaires

J
Camille : Je n'ai ni lu ni vu "L'amant de Lady Chatterley" mais j'imagine qu'avec de tels arguments (parfum d'adultère, sensualité, puissance et beauté de la Nature), on doit pouvoir arriver à quelque chose de très bon.<br /> <br /> Aurora : Oui, c'est vrai. Et c'est un grand Mort (Shuman) qui s'est interessé à un grand vivant...
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A
Je demeurerai triste à jamais que Brel soit mort entre des blouses blanches et dans un hôpital.<br /> Penser à lui, ce Mermoz, cet Homme de la Mancha, c'est me répéter cette phrase "Jacques Brel is alive and well and living in Paris", titre d'une comédie musicale américaine jouée de son vivant dès la fin des années 60.<br /> C'est celle qui lui convient le mieux.
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C
J'ai regardé ce soir sur Arte la magnifique adaptation du roman de Lawrence: "L'Amant de Lady Chatterley", 5 Césars 2006.Je suis toujours suspicieuse à l'idée d'une adaptation cinématographique d'un chef d' oeuvre littéraire. Ici, aucune déception, mais que du plaisir à regarder sensualité, érotisme finement suggéré et qualité des prestations, la nature est magnifiée. J'ai aimé. Avez-vous regardé, Joël Fauré?<br /> Camille.
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