29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 19:40
Du flamand à l'occitan.
Chacun s'exprime en son patois...
De l'archange Saint-Michel terrassant le dragon à la croix du Languedoc, quatre branches et douze boules, nous vivons les choses pareillement mais nous ne les exprimons pas de la même manière. Laissons de côté les querelles intestines entre flamands et wallons, pour nous attarder, en France, sur la langue d'Oc et la langue d'Oil.
Mon père, Fernand, était plus à l'aise lorsqu'il parlait en occitan. Il disait "escaraougner" le Français, c'est-à-dire le malmener. J'ai encore dans l'oreille les dialogues de la vie courante en patois local qui, naturellement, régissait les échanges.
Ce que je retiens, entre autres, ce sont les verbes que me prêtait volontiers mon père. Il me disait : "Tu vois bien que tu mascagnes..." ou bien : "Qu'est-ce que tu tchaoupines ?"  ou encore : "Qu'est-ce que tu rembailles ?". Du coup, je me taisais et ne faisais plus rien.
Mascagner : s'appliquer maladroitement à un travail, faire des efforts sans résultat.
Tchaoupiner  : toucher quelque chose maladroitement.
Rambailler : mettre en désordre.
Ma mère, elle, préférait me dire -en Français dans le texte- : "Toi, si tu fais quelque chose de bon dans ta vie, j'irai le dire loin." Elle n'a pas eu à se déplacer.
En Belgique, j'aime les mots "septante, octante et nonante" pour soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix.
En Belgique, pour signifier que quelque chose est joyeux, on dit : "C'est gai, hein ?" Nous, en France, quand on dit "gai", la langue se mord la langue...
"En schuurt het zand over mijn land mijn platte land, mijn Vlaanderenland"

Le Monde des Lettres n'est pas une République.
Pas plus un royaume.
C'est une succession de hameaux.
Brel ne se sent bien qu'à la campagne. Il aurait souhaité écrire des romans -et y aurait sans aucun doute excellé ou, en tous cas, des nouvelles qui auraient été des amplifications de certaines de ses chansons-.

Bonnes et mauvaises nouvelles de Bretagne.
Nostalgique de mes années Bretonnes, je m'abonne à "Ouest-France". J'ai gardé quelques bandeaux d'expédition du journal, logo rouge, adresse noire sur fond kraft et de nombreux exemplaires du journal. "Fiston" est devenu peseur de lait. Il va de ferme en ferme vérifier la lactation des vaches, avant qu'elles ne sombrent dans la folie.
Ludovique Lefrêne, qui a appris que j'étais devenu fou avant les vaches, entretient sa belle relation épistolaire, et m'écrit pour me consoler : "Je fais le souhait que le petit garçon qui sommeille en vous, avec sa tendresse et sa sensibilité, s'impose pour toujours. Quand au petit garçon effrayé qui bouscule et complique la vie de l'homme que vous êtes, que le vent fort qui souffle en Bretagne l'emporte pour toujours."  Ludovique m'adresse de jolies enveloppes colorées, toujours ornées d'un timbre de collection, décorées avec goût avec des collages merveilleux. Un très beau jour, je reçois une belle enveloppe rouge, qui est la couleur des cardinaux et de la passion. Collée en façade, une photo de Brel découpée dans la presse. De sa bouche, Ludovique fait partir une bulle qui contient mon adresse. A l'intérieur, je trouve une photo véritable de Brel. Ludovique, de son porte-plume bleu, m'écrit : "Je joins à cette lettre, à votre intention, cette photo de Brel, que j'avais achetée après son si bon spectacle, auquel j'avais tenu à assister à Rennes. J'étais assise juste derrière Pierre Nougaro, père de votre voisin Toulousain Claude. Hélène Nougaro était, à ce moment-là, élève dans le même lycée Rennais que moi...
Puis j'ai revu Brel plus tard, lors de sa tournée d'adieux.
J'exagère un peu. Cette photo n'est guère présentable car, comme elle s'est trouvée rangée dans le tiroir des photos de famille, qui était archi-bondé, elle a souffert, malmenée lors d'une fermeture de celui-ci."
Ludovique exagère quand elle dit qu'elle exagère : la photo est seulement un peu froissée et, si elle donne à Brel un visage chiffonné et quelques plis sur son costume, l'émotion, l'énergie de l'interprète sont bien là.

Les facteurs feraient bien de ne pas s'arrêter quand ils apportent de mauvaises nouvelles. Ou bien les chiens, qui ont de l'intuition, devraient laisser les mollets tranquilles et croquer les plis fâcheux. En voici un. Fiston est mort. Une maladie foudroyante vient de l'emporter dans l'Achéron, mais pas dans le Styx, ce fleuve qui fait sept fois le tour de l'Enfer. Fiston est mort de la maladie du Légionnaire, lui qui ne l'a jamais été.

(A suivre.)

Joël Fauré.

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Brèves :

LE PIGEON

J'avais trop en mémoire le livre de Patrick Süskind qui m'avait marqué au fer rouge.
Et pourtant, rien à faire, tous les jours, dans ce gros machin public en construction, où j'essaie de gagner ma vie, à la pause-café, derrière une énorme baie vitrée, en vis-à-vis des distributeurs de planètes "Mars" et de constellations "Lion", je ne pouvais m'empêcher de le voir. Il était là. Le cadavre.
Un pigeon commun des villes, mort et tombé là, sur les dalles grises...
Impossible de ne pas le voir. C'est un passage obligé pour les usagers et les employés du lieu. La mort en vitrine. Comme une belle pute.
Au début, on d'est dit : "Quand même, y pourraient au moins l'enlever... " Mais bon, on  ne meurt pas toujours dans des endroits commodes. Alors il est resté là, le pigeon. Un jour, deux jours... un mois, deux mois, six mois..." Et puis, on a fini par s'y habituer... Finalement, on s'habitue à tout, même à la mort.
Nous avons assisté à sa décomposition. Chaque jour, en sirotant mon café court, je m'interdisais d'écrire... je ne sais pas, moi... une nouvelle, une allégorie sur le thème de la mort, avec des passerelles entre les pigeons et les hommes.
Je méditais sur cette dépouille que TF1 n'est jamais venu filmer ; sur laquelle, jamais, je n'ai vu une pigeonne s'incliner.
On est bien peu de choses.
Aujourd'hui, il est réduit à l'état de squelette.
Je n'ai pas pu m'empêcher de lui écrire, faute d'une épitaphe, ces quelques mots... même pas des vers...

*

DEVOS A LA RESCOUSSE

Un ami me paraîssait bien morose (j'aime bien employer ce mot "rose", depuis qu'Aurora et Théo m'ont dissuadé de bleuir) cet après-midi.
N'écoutant que mon instinct, gonflant mon ventre (sans trop de mal, je bedonne et c'est une mauvaise graisse.), j'ai retrouvé l'imitation de Raymond Devos que j'avais mise au point et qui a déridé mes semblables avant que je devienne fou.
"Un type est devant un sex-shop. Il dit : "Enlevez-moi toute cette saloperie !"Le gérant, n'y tenant plus, sort de sa boutique et dit : "Mais enfin, monsieur, calmez-vous, vous allez me faire perdre des clients. Si vous n'aimez pas, passez votre chemin."
Et le type de reprendre  : "Enlevez-moi toute cette saloperie de buée, je n'y vois rien."
Et voilà comment mon ami s'est fendu d'un bon rire.
Qui a dit "La chair est triste et j'ai lu tous les livres" ?

*

ITINERAIRE D'UN GENIE MALMENE

10 : c'est le nombre de fois que j'ai vu "Itinéraire d'un enfant gâté" de Claude Lelouch dans une vraie salle de cinéma, au temps où il en restait quelques unes, et ce n'était pas compulsif.
Claude Lelouch m'a toujours beaucoup impressionné par ses facultés à être un regard perçant sur la vie. On a dit de cet homme pis que pendre, et si "Un homme et une femme" l'ont à jamais "chabadadisé", ses autres pellicules, navets, flops et bides n'ont pas entamé ses convictions profondes. J'aime chez cet homme ses rapports au temps, aux hasards et aux circonstances, sa façon de tenir la caméra, ses amis (dont Brel), ses femmes, ses maîtresses... J'ai aussi adoré "Il y a des jours et des lunes" tombé dans les oubliettes.
Et aujourd'hui, j'en viens à me demander pourquoi ce génie malmené a été réduit à utiliser un stratagème pour proposer son nouveau film. Il a donc sorti "Roman de gare" sous le pseudonyme d'Hervé Picard...
Je n'ai pas vu ce film, je ne peux rien en dire, mais si je m'appelais Claude Lelouch et si j'en avais les moyens, je deviendrais mysanthrope pour de bon.

JF


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