10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 17:45
Agences, boutiques et stations...
Une agence, mais une agence de quoi ? De voyage, bancaire, pour l'emploi, matrimoniale ?
Une boutique, mais de quoi ? De fringues, de chaussures, de vaisselle, de fleurs ?
Une station, mais de quoi ? De ski, balnéaire, de radio, d'essence, de métro ?

En 1991, un soir, en rentrant du cinéma, je suis passé devant une devanture où clignotait une enseigne : "Agence". J'ai poursuivi ma route, mais mon imaginaire a couru. Une agence ? Oui, mais de quoi ? J'ai pris du papier, un stylo, et j'ai jeté quelques idées. Trois personnages attendent devant une agence fermée. L'un prétend que cette agence est une agence pour l'emploi ; le deuxième une agence matrimoniale ; le dernier une agence bancaire. Je tenais là un excellent départ d'intrigue. Devant cette auberge espagnole, tout devenait possible.
Sans le savoir, j'avais trouvé une veine d'écriture. Sans le savoir, je me suis mis à écrire ce qui allait devenir une pièce de théâtre. Alors que je n'étais pas du tout fait pour ça, alors que je n'étais pas du sérail... Je n'avais approché le théâtre que lors d'une certaine et marquante soirée scolaire -je devais avoir 14 ans- au théâtre Daniel Sorano à Toulouse, où l'on donnait "L'Avare" de Molière, que j'ai par la suite très bien connu...
Une autre révélation se fit en 1989, lors de la disparition de Samuel Beckett. Sam, d'outre-tombe m'avait envoyé sa pièce "En attendant Godot", que je reçus en pleine figure, tous phares allumés, d'une évidence telle qu'il me semblait avoir pu l'écrire... Toute une thématique me parlait : l'inanité de la vie, l'horreur d'être né...
Pourquoi les muses Talie et Melpomène vinrent-elles me visiter, alors que j'étais plus habitué à l'envahissante présence de la fée Carabosse ?
"Agence" achevée, j'ai embrayé avec "Chanterelle", puis "Flaque", puis "Orbe", puis "A propos de bottes", puis "Notice", puis "Calandre", puis "Sas" (ou "Tout bleu" ou "Si bleu"), puis "Postier de nuit". Des titres courts, pas plus de trois syllabes. Des pièces courtes et percutantes, empreintes de poésie absurde. Longtemps j'ai gardé ces textes dans mes tiroirs. Tant qu'ils ne voisinnent qu'avec de la poussière et des acariens, il n'y a aucun risque. Mais la démarche d'un créateur est de s'exposer un minimum. Brel me souffle : "Nous avons des fonctions tellement exhibitionnistes que cette fonction n'est tolérable que dans la mesure où l'on ne peut pas se taire."
J'ai écrit neuf pièces. Deux ont été montées. Certains m'ont dit que "j'avais du talent". Il faut faire attention, vous savez, avec les artistes, ils sont si fragiles. Ils passent vite à l'acte. J'ai répondu que "ce n'était pas du talent, c'était de la mémoire";
Je m'étais promis que mon dixième travail serait entièrement consacré à Jacques Brel. Vous l'avez entre les yeux. Qu'en pensez-vous ?

J'ai tenu à faire intervenir Jacques Brel dans toutes mes pièces, un peu comme une apparition "à la Hitchcock", et beaucoup parce que ça me semblait tomber sous le sens, que j'avais tellement besoin de lui...
Je reproduis ici bien volontiers, à l'intention des futurs exégètes de Brel et de Fauré la toute première intervention "brelienne" dans "Agence" :

Didascalies :
"L'horloger s'éloigne, allume une cigarette et fait les cent pas, l'air absorbé.
L'illusionniste s'approche de la palissade et regarde ses affiches, méditatif.
Mademoiselle reste debout quelques instants, s'assoit sur le banc public près de l'agence, et s'administre un tranquillisant.
Au bout de quelques instants, l'horloger et l'illusionniste viennent la rejoindre et s'assoient à côté d'elle.
La lumière baisse.
On entend les premières mesures s'une chanson qui sera interprétée dans son intégralité. C'est "Vivre debout" de Jacques Brel.
Après la chanson, tous trois se relèvent, comme un seul homme."

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

Négritude

Elle : Je suis coiffeuse. J'ai coiffé Lady Di juste avant son accident.
Lui : Elle est morte les cheveux propres au moins.
Elle : J'aime beaucoup les romans de de Judith Ralitzer. Et vous ?
Lui :  Moi aussi. C'est moi qui les écrit. Je suis le nègre de Judith Ralitzer.
Ces répliques sont extraites du dernier film de Claude Lelouch "Roman de gare" sorti sous le prête-nom d'Hervé Picard. En fait, il n'y a que sur ce blog que vous saurez toute la vérité. Ce n'est pas Hervé Picard qui a écrit le film. C'est moi. Et oui ! Je suis le nègre d'Hervé Picard.

PS : Plus sérieusement, "Roman de gare" dont je vous ai entretenu dans mes "brèves" du 29 juin, est un bel objet cinématographique, bien réussi.  En voulant jouer un tour aux critiques qui l'éreintent comme taureau avant l'arène, Claude Lelouch a réalisé un film tout à fait regardable, sans se priver des grosses ficelles du roman qui se lit vite (fausses pistes, flash-backs, destins croisés, complots, machiavélisme...) -j'ai pensé au romancier Guy des Cars que certaines mauvaises langues appelaient "Guy des gares"-.
Je décerne des lauriers personnels à Dominique Pinon (souvent vu chez Jean-Pierre Jeunet) et à Audrey Dana, hélas tout inconnue de moi et que je trouve fort jolie.
Sur Fanny Ardent, que dire qui ne tomberait pas à plat ? Qu'elle est doublée par Catherine Deneuve ? Mais je suis sûr que vous ne me croiriez pas.

"Roman de gare" actuellement à l'affiche.

*
Carte blanche à Camille

Quand Camille C. retrouve le goût des mots et redevient la femme de plume qu'elle a toujours été (qu'elle ne se défend plus d'être), le résultat est des plus heureux.
Sa phrase est d'une grande pureté. Je vous donne mon billet que, s'il existe quelqu'un d'important qui regarde et agit, ici, en haut ou en bas ; et si les Nothomb, Despentes et autres Angot, qui cannibalisent les librairies lui font un peu de place, elle trouvera son lecteur.

"Je te cherche. Où es-tu à une heure pareille ? Je suis sûre que tu t'es échappé au poulailler pour y chercher encore quelques poules. Quand donc cesseras-tu, enfant sauvage des campagnes ?
Il n'en existe plus des comme ça. Il est fini ce temps des décharges magiques, des zoos mythiques et des champs de colchiques ! Allons bon, te voici qui vocifères et me réponds que rien ne finit jamais, qu'il suffit d'y penser pour revivre les belles heures du temps passé... le temps passé.
As-tu rapporté les boîtes, le pot aux oiseaux ? De quelles trouvailles t'es-tu encombré ? Regarde ton pantalon, c'est hier que je te l'ai fait changer ! Regarde tes cheveux, ils sont tout défaits, et sors le raphia de ta poche. Mouche ton nez, sèche tes yeux ; tout cela n'est pas si grave. L'essentiel, c'est que tu ne perdes pas la mémoire en chemin. Au contraire, tu as raison, plus rien ne se perdra là où tu l'as mis. On ne peut plus rien ajouter, on ne peut plus rien enlever. C'est la boîte à secrets que tu t'es empressé de verrouiller. Tu as bien fait de me confier une moitié de sa clef."

Vous retrouverez Camille C. dans ces colonnes régulièrement.

*
A propos de bottes...

Ce soir, il y a "Barbarella" à la télévision, sur "Arte". J'irai peut-être vérifier si Roger Vadim a bien fait mettre de jolies cuissardes couleur argent avec un liseré noir à Jane Fonda...

JF


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commentaires

Joël Fauré 11/07/2007 16:26

Camille : Parce qu'elle a eu affaire à eux ?

Camille ("Caractères") 11/07/2007 15:19

Dans "Roman de gare", à votre avis, pourquoi la jeune femme connaît-elle aussi bien les policiers? Camille.

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