18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 18:41
LES BOTTES MAGIQUES
par Joël Fauré

Madame Loyal entre en piste. Queue-de-pie violet, hautes bottes noires.
Elle annonce le prochain numéro du spectacle.
Elle est interrompue par l'arrivée d'un clown.

- Bonjour, Madame. Le directeur du cirque m'a fait une confidence. Il paraît que vous portez des bottes magiques ?
- C'est vrai.
- Il m'a dit aussi qu'il fallait en prendre soin.
- C'est vrai aussi.
- Je suis venu ici pour vous les faire briller. Vous savez, au cirque, elles se salissent facilement, avec la sciure, la poussière...
Il sort un brosse, du cirage, un chiffon.
Madame Loyal tend une botte que le clown nettoie. Il crache sur le chiffon et astique avec ardeur. Il tient délicatement la botte, y dépose un tendre baiser.
Madame Loyal : Merci. Pour vous récompenser, vous pouvez faire un voeu et la botte le réalisera.
Le clown : J'aimerais... être riche.
Madame Loyal (Elle va s'assoir sur le rebord de la piste) : Retirez la botte que vous avez nettoyée.
Le clown s'exécute. Il lève la botte très haut comme un trophée (Noir, projecteur-poursuite sur la botte et musique) puis la renverse : il en tombe une pluie de un centime d'euro. 
Pleine lumière.

- Extraordinaire ! Fabuleux !
Madame Loyal se rechausse.
Le clown : Vous permettez que je fasse pareil à l'autre botte ?
Le portable de Madame Loyal sonne.
Madame Loyal : Je suis désolée. Il y a une urgence en coulisses. Je dois m'absenter une petite minute. Attendez-moi, je reviens.
Madame Loyal sort.

Un autre clown arrive.
- Bonjour, que fais-tu avec tout cet argent ?
Clown 1 : Ecoute, tu veux en gagner autant ?
Clown 2 : Mais bien sûr !
Clown 1 explique à l'oreille ce que Clown 2 doit faire, puis il d'en va.

Madame Loyal revient en piste.
Elle s'est changée. Queue-de-pie rouge, hautes bottes blanches.

Clo
wn 2 : Bonjour, Madame Loyal. J'ai dû remplacer mon frère qui a été appelé. Il m'a laissé des consignes. Alors, à ce qu'on dit, vos bottes sont magiques.
Madame Loyal : Oui, c'est vrai.
Clown 2 : Alors, je vous promets de vous les faire briller, si bien qu'on pourra s'y regarder comme dans un miroir.
Madame Loyal tend une botte. Clown 2 crache sur le chiffon et astique avec ardeur. Il tient délicatement la botte, y dépose un tendre baiser.
Madame Loyal : Merci. Pour vous récompenser, vous pouvez faire un voeu et la botte le réalisera.
Clown 2 : J'aimerais... être riche.
Madame Loyal va s'assoir sur le rebord de la piste et invite le clown à retirer la botte qu'il vient de nettoyer.
Le clown s'exécute. Il lève la botte très haut comme un trophée (Noir, projecteur-poursuite sur la botte et musique) puis la renverse : il en tombe une pluie de confettis !
Pleine lumière. Déception.
Le portable de Madame Loyal sonne.

Madame Loyal : Je vous demande de m'excuser, je suis demandée en coulisses. Attendez-moi, je reviens.
Madame Loyal sort.

Clown 1 revient.
- Alors, ça a marché ?
Clown 2 : Regarde !
Clown 1 : Ah, ça alors ! ... Ecoute, quand Madame Loyal va revenir... (Il dit la suite au creux de l'oreille.)

Madame Loyal revient.
Elle s'est encore changée. Queue-de-pie jaune, une haute botte noire, une haute botte blanche.

Madame Loyal : Je suis heureuse de vous revoir.
Clowns : Et nous donc !
Clown 1 montre la botte droite : Oh, mais dites-donc, vous avez vu où vous avez marché ? Vous êtes allée du côté des éléphants ?
Clown 2 (Il montre l'autre botte) : Oh, et ici aussi... Là, vous êtes allée du côté des chevaux...
Clowns : On va arranger ça.
Les deux clowns se mettent à genoux devant Madame Loyal et lui nettoient ses hautes-bottes, sans oublier d'y déposer de tendres baisers.
Madame Loyal s'assoit sur le rebord de la piste.
Chacun des clowns lui retire une botte ; ils les lèvent très haut comme des trophées (Noir, projecteur-poursuite sur les bottes et musique) puis il les renversent comme des cornes d'abondance : il en tombe une pluie... de farine !
Musique, pleine lumière... Madame Loyal et les deux clowns partent en courant... dans la plus pure tradition clownesque !
A chacun de tirer une morale de cette histoire, s'il y en a une...


(Je dédie ce texte à Betty Bario, qui a été une trop sporadique Madame Loyal, et surtout à son père, Freddy Bario, que j'aimais énormément, qui m'a fait rire comme jamais je n'ai plus ri depuis, et pleuré comme je l'ai souvent fait, après.)

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QUELQUES MOTS D'AILES

Camille C. possède un style universel qui s'adresse à tous et à chacun, tout en finesse, en délicatesse. Ses textes sont des "attentes" où jamais l'on ne s'ennuie, où le réél se drape se fabuleux, mais sans ostentation. On reconnaît à sa "patte" que l'auteure est proche des enfants, comme des adultes, et c'est un énorme pari "à la Michel Tournier".
J'aime sa phrase musclée comme l'épaule d'une nageuse et frêle comme la fontanelle d'un nouveau-né.

JF

LA FEMME QUI MURMURAIT A L'OREILLE DES OISEAUX
par Camille C.


"Ce matin, je sors de chez moi,
Il m'attendait, il était là,
Il sautillait sur le trottoir,
Mon Dieu qu'il était drôle à voir,
Le p'tit oiseau de toutes les couleurs."
(Maurice Vidalin - Gilbert Bécaud)

Je ne pensais à rien, ou plutôt j'étais trop occupée à laisser vagabonder mon esprit vers les interdits de mon coeur, pour entendre ces incessants piaillements de détresse. Ce n'est que lorsque mon regard se tourna en direction de la terrasse que je compris que ce tapage durait depuis un moment.
J'ouvris la porte-fenêtre qui me séparait de lui et je le vis : c'était un passereau dodu, à demi caché par le bouquet de lavande odorante, dignement juché sur une vieille pierre fissurée en forme de crapaud et qui appelait à s'en égosiller.
Je m'accroupis et m'approchai à pas de canard, soutenant son regard de velours qui ne lâchait pas mes yeux. Je lui parlai doucement, l'interrogeai sur ce qui l'inquiétait ainsi, pauvre naïve, comme s'il eu pu me le dire, scrutai son plumage afin d'y déceler quelque blessure.
C'est alors qu'il se prit à pépier après chacune de mes courtes phrases, de telle sorte qu'un véritable dialogue (du moins, y ai-je cru) s'installa entre l'oiseau et moi.
Quel merveilleux cadeau !
A ce moment, tout fut oublié, les troubles de ma journée, les gestes manqués, bloqués, évités ; les désarrois de ma peine et de ma solitude cachée, les larmes ravalées, mes lectures avortées, mes maux rentrés, et toi, si loin...
Je n'ai pas regardé à l'horloge combien de temps ce manège enchanté avait duré...
Une éternité, je crois. En tous cas, cet instant de partage me donna plus de joies que bien des conversations convenables avec des rencontres con-venues.
Mais au fait, maintenant j'y pense, où était passé mon chat à ce moment-là ? Et celui du voisin, ce gros courtaud poiliu et malodorant qui prend pour pissotière mes parterres de pensées, ma Barbe de Jupiter et mon thym citronné...
L'oiseau s'est envolé.
Ce matin, en ouvrant la fenêtre, j'ai cru l'entendre mais je ne l'ai pas vu.
Dommage.

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN :
"LA FEMME DE MA VIE"
Une confession bouleversante et drôle de Joël Fauré consacrée à la femme qui a le plus compté dans sa vie.

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commentaires

Camille C. 21/07/2007 01:02

Bonsoir Théo, oiseau de nuit, je ne suis pas encore au nid. Des gens qui regardent les oiseaux, quel bonheur! Joël vient de m'offrir un manuel des oiseaux à emporter partout avec moi, afin que je comble mes lacunes. Ainsi je pourrai m'écrier dans les rues, en pointant du doigt: une mésange bleue! une charbonnière! une nonnette!un rossignol philomèle! Et si les passants passent toujours le nez à terre, je crierai: là! un cygne! sur le lampadaire!
Dès demain j'essaie...

théo 20/07/2007 13:38

Bonjour :-)
Je me prends aussi souvent à converser avec les volatiles...Et quand l'oiseau s'envole (déjà ?) il m'arrive de me poser sur son dos et d'imaginer l'incroyable voyage que nous ferions ensemble. Je le suis du regard un temps tentant de "voir d'en haut" jusqu'à ce qu'il m'échappe et me ramène à ma condition terrestre...
Merci :-)

Joël Fauré 19/07/2007 09:04

Camille et Jeanne : Je me réjouis de vos échanges. J'ai voulu cet espace comme un petit jardin frais de liberté.
Seuls n'y seronts pas acceptés les oiseaux de mauvaise augure...

jeanne 19/07/2007 07:02

Camille
franchement ?
non...
les blogs servent aussi de passerelles
pour les oiseaux de passage.
je le pense
les mots s'échappent

tres amicalement
Joel
Camille

Camille C. 19/07/2007 00:17

Bonsoir Jeanne! A quel oiseau pensez-vous? Il m'a semblé qu'il s'agissait du moineau commun de nos contrées, il était brun, le bec aussi et dodu. Je connais encore mal cette population si diversifiée par ses couleurs, ses chants, ses cris et ses cadres de vie et de reproduction. Mais je les aime et j'essaie de ne jamais finir une journée sans avoir attentivement écouté le chant mélodieux de l'un d'eux.
Pensez-vous que si nous conversons ainsi, Joël se sentira déblogué???

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