10 août 2007 5 10 /08 /août /2007 19:25
A Maria Da Silva,
avec mes rires.


L'âme du hameau.
"Les Luquets" : cinquante feux à tout casser et deux ou trois familles dont les enfants se sont mariés entre eux. L'existant existe près du préexistant. Du charme discret de la campagne, le garçonnet que je fus se souvient, tel un Perrec mal équarri, de deux ou trois "Madeleine", d'un marronnier, d'un ruisseau d'eau claire qui le traverse, et de quelques pierres, qui étaient vieilles déjà, et de certaines figures, de même état et composition. Ai usé du charme et du marronnier -à preuve ces présentes lignes qu'approuve la femme de ma vie-. En veux restituer la mémoire, non pour en fixer les limites, mais partager le bassin des souvenirs.
En fait, le ruisseau d'eau claire ne traverse pas : il longe, lèche le mur de la vieille école, cube parfait, coule sous un petit pont, fait du coude au lavoir avec qui il n'a jamais mêlé ses eaux. Un bateau "Bonux" s'y est échoué, jadis, l'année du cours moyen 2, et son épave doit dormir là, au fond du lit.
Qui le renflouerait aujourd'hui ? Et pourquoi ?
Je compte un pigeonnier ; je retiens deux étables, plusieurs jardins. Je ne voudrais pas que ces jardins de curés deviennent des jardins de banlieue. Qu'on laisse encore un peu de temps au garçonnet pour qu'il reste serein, face à la démographie galopante. Déjà qu'il a dû lâcher sa maison...
L'anxieux et délicat Marcel Proust attache de l'importance à ce qui ne s'appelait pas encore "remembrement" et "plan d'occupation des sols" : "Je me souviens de la ferme qui est un peu éloignée des suivantes serrées l'une contre l'autre..."
En occitan, un "luquet" est une allumette, un lumignon, un petit bout de chandelle, la petite flamme d'une veilleuse. "Les Luquets" est l'un des hameaux les plus proches de "Buzet-la-Forêt", où le bois est disponible à volonté pour allumer les luquets !
Mais le garçonnet se souvient davantage de son copain d'enfance Eric Barbe. Le calendrier les a fait naître à quelques jours et à quelques centimètres d'intervalle. Ca crée des liens... Les jeux et les ris, les découvertes, tout est là, intact. Les samedis soirs de "baloche" où nous essayâmes nos pieds et essuyâmes quelques échecs. Les personnages du théâtre intime sont plus que jamais dessinés dans leurs traits. Eric ne jurait que par "Télé Poche" ; le garçonnet par "Télé 7 jours". Nous assistions à la même messe mais nous n'avions pas le même missel.
Le recul de la vie idéalise le passé.
Pendant que Pierrot, le père d'Eric, fourbissait ses tubes et ses tuyaux dans sa "4L", Fabrou, Marcou, Mauriçou, Louis de Poulitou, la Bébène, Pipe-Lune et Auriol vaquaient à leurs occupations.
La croix des rogations, la motte fortifiée (appelée aussi tumulus), et la boîte aux lettres jaune -Ne jeter dans cette boite ni journaux ni imprimés-, mais aussi la cabine téléphonique en dur près de laquelle ma mère, mon père et ma tante se firent prendre en photo -je vous montrerais la photo si vous voulez- ; cabine dont la clef était, je me répète, confiée à celles et ceux qui voulaient vraiment téléphoner ; tels étaient les reliefs qui unissaient hier à aujourd'hui. L'exotisme n'était apporté que par acheminement postal des filatures du Nord du Pays. Le sel et le sucre par l'épicier itinérant.
Par delà les prairies paquerettisées, des pintades criaillaient. Eric et moi tombions d'accord pour acheter "Puf-Gadget". Le sapin du Grand-Nord, offert et mis en terre en 1975, est aujourd'hui le reflet végétal de quadragénaires nostalgiques.
Vinrent du Portugal la brune et jolie Fatima et le si sympathique Manuel. La si bonne Maria, qui s'est tant démenée pour ma mère, et le si farceur Belmiro.
L'Europe, déjà...
Quant à Fabiola, venue de la Botte, elle s'entêtait à dire : "Je vais à les luquets" malgré qu'on lui eût dit qu'il était mieux de dire : "Je vais aux Luquets".
Le château de "Laurentie" garde ses secrets dans son parc où le garçonnet croit avoir aperçu une ombre fantastique, un jour. Son grand-père aurait prêté main forte lors de sa construction. Mais ça, c'est une autre histoire. Il tient ça de son père. Il ne sait pas tout des choses qui l'entourent : la chapelle est-elle belle ? Il se dit que oui.
Autour, dans le vert, le hameau est paisible. Quand le vert rejoint le bleu, quand la nuit a des envies d'orange, vers les feux de la saint-Jean, tout s'allume bien vite : il suffit d'allumer des "luquets" !

Ma mère connaît du beau linge.
Jane Durin, directrice des relations clientes de "La Redoute", Paule Duban-Dardenne, chargée de la remise des Grands Prix chez "Damart", Xavière Tot, attachée aux clientes privilégiées de chez "Vert Baudet", Paul-Louis Cressan, détaché auprès des Bonnes Affaires des "Trois Suisses", Jean de Castillac, rattaché à la désignation de la Grande Loterie chez "Edmée de Roubaix"... Toutes, tous lui écrivent personnellement.

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves :


"LA FILLE COUPEE EN DEUX" :
Ludivine Sagnier se fait presque "scier".

"Libé" n
'a pas aimé tant que ça : "Son [Claude Chabrol] dernier film n'apporte pas grand chose à l'ensemble de son oeuvre" et a titré : "La fille coupée en deux", mal taillée". "Le Monde" a aimé et le dit. "Le JDD" de dimanche a retenu : "Quand, aux pieds de Berléand, elle [Ludivine] se balade à quatre pattes, le postérieur garni d'une plume."
Avec Claude Chabrol, qui n'est pas vraiment un débutant, on peut se permettre d'avoir la dent dure.
A propos de dents, celles de la scie qui clôt le film -comment ça, j'en ai trop dit ?- sont censées parfaire l'idée directrice du film : une jeune et jolie femme ambitieuse, présentatrice de la météo sur une chaîne de télévision locale (Gabrielle Deneige dans le film !) est partagée entre deux hommes pas simples : un écrivain réputé, cynique et pervers qui s'appelle Charles Denier (ou Deniens -ma voisine de rangée a fait du bruit quand son nom a été prononcé-) et se fait appeler Charles Saint-Denis, et un jeune fils à papa psychopathe, nommé Gaudens (pourquoi ne se fait-il pas appeler Saint-Gaudens ?)
Inspirée d'un fait-divers authentique, cette "fille coupée en deux" s'inscrit dans la thématique chère à Chabrol, les sentiments ambigüs, les triangles conflictuels et passionnels et la disparité des classes sociales.
Je n'ai pu m'empêcher de rapprocher ce film d' Imposture, de Patrick Bouchitey. Pourquoi diantre les écrivains d'un certain âge sont-ils caricaturés de la sorte, affublés de tous les vices, buveurs, fumeurs, coureurs de jupons, pervers ? Parce qu'ils le sont dans la réalité ? Alors, c'est ce que je vais devenir ? Bon, j'envoie un courriel à la jolie blondinette qui présente la météo sur "Télé Toulouse". Je lui demande qu'elle est sa pointure et je lui achète une paire de cuissardes.

*

Si le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas,
le cerveau est un petit malin...

Sleon une édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dans un mot n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmortnate est que la pmierère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete puet êrte dans un dsérorde ttoal et vuos puoevz lrie snas porlbmèe.
C'est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.
La peruve...
Bnnoe lcterue de mon bolg... a pproos de btteos.

JF


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commentaires

Joël Fauré 11/08/2007 18:35

Aurora : Gblloae ou sllaqibuye, l'etssienl saeirt que les éèvls qui avrneirt en 6e shaecnt lrie.

Le lecteur du bureau 004 : Heureux de voir ta trace ici. Que fais tu encore dans le blizzard ? Couvre-toi bien. La bio de Jeannette Mac-Donald avance lentement mais sûrement. Je n'ai pas droit à "l'à peu-près".

Alba : Vous m'avez donné envie d'en savoir un peu plus sur ce "dalhia noir", dont on a dernièrement tant parlé. Impressionnant.

Alba 11/08/2007 04:18

A propos de "fille coupée en deux" il y a "Le Dalhia Noir" de James Ellroy....

le lecteur du bureau 004 11/08/2007 03:23

Raoul Jefe envisage-t-il de faire lire un jour ou l'autre son putain de manuscrit sur J.Mc Donald ?
Sacrebleu!
Sinon je me trouve presentement pas tres loin des etendues decrites par ton ami Jean-Paul Dubois!
J espere que ce message sera accessible si tu trouves dans ta residence secondaire.
g

AURORA 11/08/2007 01:02

Hum!Je vois dans votre dernier paragraphe une contre-offensive des partisans de la méthode globale!
Rires...et amitiés.

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