11 août 2007 6 11 /08 /août /2007 20:23
DERNIER AVIS AVANT POURSUITES

J'ai reçu ce jour, dans ma boîte aux lettres "physique", voisine de mon journal préféré, qui du coup, s'est caché sous son bandeau, cette aimable missive, venue de la "République Française", Ministère de l'Economiedesfinancesetdelindustrie, signée de "l'huissière" du Trésor Public Solange X(1) :
"Madame, Monsieur,
J'ai été chargé par le comptable désigné ci-dessus de SAISIR VOS MEUBLES
Vous êtes en effet redevable de la somme de 314,00 Euros
au titre de : Taxe d'habitation 2006
Ce montant correspondant à vos contributions et aux frais restés impayés à ce jour, malgré les rappels qui vous ont été faits.
A défaut de réglement au comptable, la SAISIE EFFECTIVE DE VOS BIENS MOBILIERS sera pratiquée, MEME EN VOTRE ABSENCE, Le 12/09/2007, matin, après-midi, dans les conditions prévues par l'article 21 de la loi n° 91-650 du 9 juillet 1991, avec le cas échéant, l'assistance d'un serrurier et en présence du maire de la commune, d'un conseiller municipal, ou d'un fonctionnaire municipal délégué par le maire à cette fin, d'une autorité de police ou de gendarmerie, requis pour assister au déroulement des opérations ou, à défaut de deux témoins majeurs qui ne sont ni au service du créancier, ni de l'huissier.
Les frais entraînés par cette opération seront à votre charge.
Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
L'huissier du Trésor public

J'ai repondu ceci :
"Chère Solange (1)
Me permettez-vous de vous appeler Solange ? Votre doux prénom vient attiédir la froideur de la machine administrative.
A cet instant, j'imagine que vous êtes en train de penser : "Encore la lettre d'un fou !". Mais n'ayez crainte, si je suis fou effectivement, le chèque de 314
euros que vous me réclamez est bien là, joint. Il est encaissable immédiatement. (J'ai veillé à approvisionner le plus honnêtement possible mon compte au Crédit Agricole. 113 ans de confiance et de bons sens près de chez vous entre une banque et les hommes, ce n'est pas rien. Et puis, une relation durable, ça change la vie.)
Malgré les différents rappels, le "mauvais payeur" que je suis n'a pas payé sa taxe d'habitation qu'autrefois on appelait "taxe sur les ouvertures et fenêtres". (Côté rue, mes fenêtres, sans double vitrage, laissent passer le brouhaha et les verbes hauts que je supporte de moins en moins. Vous savez, je suis né à la campagne...
Côté cour, les murs en sont ridiculement pourvus.)
Côté meubles, vous auriez été fort déçue, et le serrurier vous accompagnant aurait ri sous cape. Oui, je reconnais que ma "boîte d'allumettes" manque cruellement de fauteuils Voltaire et de commodes Louis XV et I font XVI.
Je ne voudrais pas clore cette lettre, que vous montrerez en souriant à vos collègues ou que vous transformerez en origami, sans tenter de donner une explication à mon "retard".
Je suis atteint d'un mal étrange, insensé et cruel : les troubles obsessionnels compulsifs. Cette pathologie mentale se traduit de plusieurs manières : gestes répétitifs, ruminations mentales, évitements et procrastination. Ma fatigue psychique et physique font que j'ai abandonné le luxe de rentrer dans les détails. Vous pourrez vous informer sur Internet.
Sachez simplement que ma vie a été annihilée par cette "saloperie" (Il n'y a pas d'autres mots.)
Tous les gestes anodins sont pasasités par des compulsions, avec à la clef une angoisse majeure.
Ainsi, me concernant, ouvrir et fermer une enveloppe -y compris celles du Trésor public- relèvent de l'effort surhumain.
Mais hauts les coeurs ! Tout rentre dans l'ordre cette fois-ci encore.
Un grand compositeur, Eric Satië pour ne pas le nommer, connaissait ce même tourment, et à sa mort, on a découvert des centaines de lettres non-ouvertes dans son piano.
Un humoriste -je crois que c'était Georges Courteline- avait pris l'habitude pour régler ses nombreuses dettes, de noter le nom de ses créanciers sur un petit papier qu'il plaçait dans un chapeau. Il remuait, tirait au sort un papier, payait l'heureux bénéficiaire, puis envoyait un courrier aux autres : "Je suis vraiment désolé, mais le tirage au sort ne vous a pas désigné pour le remboursement de la somme que je vous dois. Vous pourrez cependant participer au prochain tirage."
Je vous prie, Madame, de croire en l'expression de mes respectueuses salutations.

Joël Fauré.

P.S. : Je relaterai, avec humour bien sûr -il faut faire en sorte de ne jamais s'en départir- cette "mésaventure" qui vient se rajouter à la longue liste des avatars financiers provoqués et compliqués par les TOC,  sur mon blog.
Je vous invite à venir le visiter :
http://a-propos-de-bottes.over-blog.fr/

(1) Le prénom a été modifié.

JF


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commentaires

Joël Fauré 12/08/2007 22:54

Angélique : C'est mon site préféré...

Ang鬩que 12/08/2007 22:22

Pour vous

Un fabricant français de bottes et cuissardes

http://jean-gaborit.com/fr/

Joël Fauré 12/08/2007 21:53

Camille : Non mais... non mais... non mais... Vous êtes de quel côté du bureau, Camille ? Vous êtes psy ou folle ? Le névrosé construit des châteaux en Espagne ; le psychopathe y habite, le psychiatre encaisse le loyer, et vous -vous êtes dans les temps- vous observez à la loupe ces petits manèges, et vous écrivez... Bel opportunisme ! :-)

Angélique : Nous jouerons "Lettre à Elise"...

Ang鬩que 12/08/2007 21:25

Quel pouvoir ont les mots !

Une puissance libérée grâce à votre plume informatique...

Il ne manque plus qu'un air de piano !

Je vous embrasse

Angélique qui passe

Camille C. 12/08/2007 18:45

Excellent Joël, c'est tout simplement EXCELLENT ! Dans la collection des "Monsieur Madame" de Roger Hargreaves, je serais Madame "En retard". Connaissez-vous Madame "En retard" ? Et bien, à cause des TOC (voir Internet a dit Joël), elle était toujours en retard. Elle était en retard à son travail, en retard chez le docteur, en retard chez le dentiste, en retard chez ses amis, en retard chez sa voisine, en retard chez sa mère et même en retard chez son psychiatre qui la soignait pour son problème... de retard ! Cela lui a valu cet affreux éponyme dont elle n'arrivait plus à se débarrasser et qui la faisait rougir chaque fois qu'elle arrivait en retard. "Alors, Madame Enretard, on n'est pas à l'heure" ? Et puis de retard en retard et de séance en séance, Monsieur le psychiatre a réussi à soigner Madame... de son mal étrange. Et bien, savez-vous ce que dirent les gens quand elle n'arriva plus en retard ? "Ah, mais vous êtes déjà là ? Mais nous ne sommes pas à l'heure" ! Camille C.

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