29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 19:23
"Rien n'est plus comme avant."
disait "Oh", celui qui, savant des messages du ciel et de la terre, cornaqué par ses aïeux, Papi Janel en tête, voyait dans la couleur, la forme de la lune mieux que dans les almanachs, le feu vert pour semer les fèves.
Le vécu est un savoir, et rien n'est plus formateur que d'apprendre "sur le tas", quand bien même fût-il de fumier.
"Rouge couchant, demain beau temps", "Ciel pommelé et femme fardée sont de courte durée" sont de bons diagnostics.
C'est dehors que tout se joue. On ne voit rien derrière les murs digicodés, on ne sait rien sous les lambris dorés des ministères. On s'ennuie à en mourir dans les sous-pentes. Il faut se frotter comme ail sur croûton à l'épaisseur de l'air, se confronter au vent, se réfugier dans la nuit, surprendre l'aube. Mon paternel a été ministre des affaires extérieures sans le savoir. Il pissait droit, debout mais surtout dehors. Et s'il n'a jamais été libéré, dans ces moments-là, il était libre.
Parvenu à quatre fois vingt ans, s'il est resté accroc de la météo de Florence Klein, et aurait tué père et mère pour écouter les prévisions de la télévision régionale, il a eu le temps d'être alerté sur le "réchauffement de la planète", l'effet de serre, le trou de la couche d'ozone et les caprices du climat.
Devant le grand chamboulement orchestré par Jupiter, il s'est résigné, se bornant simplement à dire : "Rien n'est plus comme avant". Si j'avais su tendre l'oreille, j'aurais entendu, au milieu de son silence : "Après moi le déluge".
Lors de la canicule historique de 2003, il m'a soufflé quelque chose de singulier. Dans sa jeunesse, il avait "entendu dire qu'un jour, même les maisons allaient fondre..."

Bien que les sanitaires soient correctement installés dans la "Maison Neuve", mon père fait ses besoins dehors. Il n'aime pas les petits coins ; il n'aime que les grands. Son chalet d'aisance, ses latrines à lui, se trouvent entre une haie de pruneliers, un crib où sèche du maïs, un petit appentis de tôle adossé au poulailler, et la carcasse d'une vieille "203". Il a installé là un "cagadou" en pleine nature.
De grosses mouches bleues font office de chasse d'eau et de sanibroyeur ; des langues de papier découpées dans "La Dépêche du Midi" essuient les affronts d'une daube transfigurée. "Oh" voit tout de suite si les urines sont claires, les selles copieuses.

Oui, vraiment, à la campagne, beaucoup de choses se jouent dehors. C'est un théâtre de verdure permament, avec changement de décor à vue.
Tenez, prenez les ordures. Mon père a dû voir la première benne à ordures au début des années quatre vingt-dix. Jusqu'alors, il brûlait les déchets en plein champ. Seules, incalcinables, les boîtes de pilchard servaient de mangeoire aux poussins qui venaient d'éclore, et les boîtes de fer blanc allaient coiffer les pieux de la prairie.

"On va voir les vaches ?"
Dans la vieille maison, les vaches vivaient dans la pièce à côté... C'était ainsi, dans les fermes ; il suffisait de traverser le corridor pour se retrouver à l'étable.
Brunette, Blanchette, Coquette, Mouchette, Rousselle et Pomponne, Marquise, Mignonne, La Marai et La Noire, Manon et Sheila, et Sofie faisaient partie du cheptel.
J'ai retrouvé un minuscule agenda où sont consignées les activités sexuelles débridées d'une partie de la famille.
Il s'en passait de belles parties de pattes en l'air dans la fermes des "Rouquiès".
"Rousselle menée au taureau le 27 octobre 1955.
Avoir mené Brunette au taureau le 29 mars 1956.
Mignonne faite inséminer le 9 décembre 1958.
Brunette vêle le 21 juin 1963. Veau tout noir. Négrita.
Sofie mise au taureau le 3 mars 1964.
Sofie vêle le 3 novembre 1964.
Sheila inséminée le 23 décembre 1965."

Il me semble revoir le vétérinaire. Il enfilait son bras dans un long gant rouge qu'il enfonçait ensuite profond dans la bête...
Je n'ai jamais cherché à savoir ce qu'il faisait. De toute manière, on ne me l'aurait pas dit...

Bretonnes et Normandes, au nom des générations qui m'ont précédé, bravo d'avoir su vous acclimater en dessous de la Loire, et merci pour tout, pour vos saillies et vos traites, votre sacrifice pour les braisières, votre cuir pour les bottes, votre lait pour les bidons.

Et vous, les bidons, pardon. Vous ne méritez vriament pas cette expression : "C'est bidon", c'est-à-dire c'est faux, c'est truqué, c'est un mensonge.
Un bidon, au contraire, c'est très utile. Combien de ravissants poupons sont devenus "des hommes mon fils" grâce aux bidons luisants sous la gelée de janvier, dans les basses-cours, fruits du travail matinal des hommes et des bêtes, droits, debouts, fiers, et patients du passage du laitier ?

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves:

Premiers pas d'automne...

C'est ce soir. C'est dans une rue étroite. Il faut presque se toucher. Un couple sort de quelque part. Elle porte des bottes. Et comme depuis longtemps, quelque chose se crée chez moi... Maintenant, je sais...
Je ne chasserai pas cette folie puisqu'elle est douce...

*

Avec vue sur catalogue.

Les bons gros catalogues "des familles", ceux des maisons de vente par corrrespondance, sont arrivés. "Mais qu'ont-ils donc mangé pour être si lourds ?"  dirait Colette, si elle avait à réécrire "Le blé en herbe".
Ne cherchez pas plus avant ce que j'y ai cherché en premier : des bottes !
A "La Redoute", pas besoin de marque-page ; un encart piqué fait borne. En pleine page (107), deux jambes cuissardeés dessinent un "A" majuscule.
Je lis : "Cuir véritable, un art de vivre, une exigence, 7 bottes de qualité en cuir. Les cuissardes... portées avec une jupe mini pour une dégaine actuelle ou portées façon bottes en rabattant le bord de 12 cm. Zippées côté intérieur. Bride à boucle métal sur le coup (1) de pied. On apprécie l'aisance que nous procure l'élastique dos. Dessus cuir vachette.  Talon 3 cm. Hauteur tige rabattue : 54 cm. Du 36 au 41 : 199,90 €."
Aux "Trois Suisses", j'ai collé deux post-it. L'un page 33 : "Les bottes fétiches. Froncée, talonnée, nouée, rétro... 7 façons d'apprivoiser le bitume".
J'aurais bien aimé inventer le modèle "à poches" -avec un peu d'imagination, tout peut s'y glisser à l'intérieur- :  "Les bottes à poches. Belles bottes à talon avec zip permettant de les ajuster sur la jambe. Poches à soufflets côté. Doublure textile doux. Talon lamelé cuir 6 cm.  Du 36 au 41. 149 €" Un modèle pour désarçonner les pikpockets.
L'autre page 241 : "Les bottes : elles ont le cuir dans la peau ! Le TOP des tendances.

Froncées, plissées, lacées... bout ronds, carrés, pointus.... Brisons-là. Le vocabulaire est trop riche... Il se déclinera ici, sur ce blog... "A propos de bottes"...


(1) De mon temps, on écrivait "cou" de pied.

JF

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commentaires

Joël Fauré 30/08/2007 10:05

Camille C. : Le contenu des brèves est assujetti à l'actualité, aux états d'âme, de corps, de tête...
Pour ce qui est du portrait du Fernand, j'ai essayé de peindre sans bavures...

Camille C. 30/08/2007 01:27

De la littérature réaliste, point n'est besoin de photos, le père Fauré et sa campagne campent dans notre imagination. De l'art de faire du lecteur un visionnaire. Camille C.
"Ohe ! les brèves sont trop longues ce soir et pourquoi il y en avait pas hier?" Fernand.

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