13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 19:58
Parce que je ne crois pas au triomphe mécanique ;
Parce que je sais des rivières souterraines, des intuitions, des "choses de l'esprit" sans extrémisme ;
Parce que la peur, l'usure et l'augure de la mort me font encore avancer ;
Parce que, au nom des toc qui ont annihilé ma vie, je peux me permettre de conchier tout autant l'absente citée au goût de "vinasse" que "la petite dame vieillissante qui part en couille" pour mieux les réhabiliter toutes deux en êtres de chair sur sol précaire ;
Parce que je fais miens les mots superbes de mon camarade Valère Novarina :
"A nous qui devenons muets à force de communiquer, le théâtre vient rappeler que parler est un drame ;
A nous qui perdons la joie de notre langue, le théâtre vient rappeler que la pensée est en chair ;
A nous, pris dans le rêve de l'histoire mécanique, il montre que la mémoire respire et que le temps renaît."

Je dédie les lignes qui suivent à Aurora.
Sans elle, ce blog n'existerait pas.

L'image du père.
On dit souvent : "Le père de l'Aviation", "Le père de la ¨Psychanalyse", Le "père de ceci", "Le père de cela"... Il en va autrement autrement pour la mère : "La mère Michel", "La mère Mac Miche"...
Jamais, au grand jamais. Loin de moi cette idée : tuer mon père.
Au sens psychanalytique peut-être...

Savez-vous que mon père s'intéressait à la politique ?
Meuh oui, madame. Meuh oui monsieur. Le dimanche, à la télévision, à "L'Heure de Vérité", de François-Henri de Virieu, s'il donnait l'impression, lui, le taiseux devant les beaux parleurs qui alignaient des phrases aussi vite que la lumière du son ; s'il feignait de ne pas tout comprendre, il tranchait : "Ah ils sont bons pour t'embobiner". Et quand  Alain Duhamel, avec un aplomb jubilatoire cherchait à contrecarrer, "Oh" disait : "Il a pas froid aux yeux. Il est fort."
Sur le fond, "Oh" avait un socle politique qui se tenait. Parce qu'il croyait au Bon Dieu, parce qu'il allait à la messe, aux Rameaux, à la Toussaint ; parce qu'on lui avait dit qu'il fallait respecter les patrons argentés qui le feraient vivre, il votait à droite.
Ca se respecte.
Mais ça se discute aussi.
Il n'a pas lu Marx. Quand la gauche est arrivée au pouvoir en 1981, il s'est pris de sympathie pour Mitterrand, et surtout pour Bérégovoy. Il avait des idées embryonnaires, avec des airs de ne pas y toucher. Il se savait homme de peu, homme d'en bas ; il subissait, courbait la tête, l'échine, mangeait gras, payait correctement ses impôts, avait des idées simples, claires ; d'homme.
Il était militant mais à sa façon. Pas con. Parce qu'un militant, à force de militer, il ne sait plus pourquoi il milite et il en devient con.
Et puis l'histoire a parlé ; Mitterrand, après de très nombreux mensonges et quelques enfants bien naturels dans le dos l'a déçu. Et puis il n'a plus su où se situer.
Moi non plus.
Les politiques sont devenus grotesques et peu crédibles. Ils ne savent plus gérer la cité. Ils ne sont à peu près bons qu'en politique politicienne. C'est très grave. Ils fonctionnent sur des égoïsmes forcenés, des clivages radicaux. Au détriment du peuple.
Certains côtes de Jaurès me plaisent bien -"les pages culturelles de "L'Humanité" sont très bien faites, Jean."
Certains côtés de De Gaulle ne me déplaisent pas -"j'approche votre stature, Charles : 1 mètre 87 contre 1 mètre 90."
Mais peut-être aujourd'hui l'un et l'autre seraient inopérants ?
Et Henri IV ? Ah, oui, peut-être Henri IV ? Mais qui s'en souvient encore autrement que par des images d'Epinal ? Même le journal "La Dépêche du Midi" se trompe et écrit avec superbe : "Henry 4".
Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On évite les extrêmes bien sûr.
Je voterai bien Ségolène Royal mais je l'avoue, c'est parce que j'aime sa frimousse, sa chevelure, ses escarpins et ses cuissardes, et que les visages de femme m'émeuvent.
Je suis bien conscient que c'est pas suffisant pour faire de la politique.
Dis, mon papa, tu peux pas me souffler une idée ?

Lettre à mon père.
"Mon cher papa,
Tu sais, ça me fait tout drôle de t'écrire. D'abord, parce que c'est la première fois en quarante quatre ans. Et puis surtout, parce que je commence cette lettre sans savoir ce que je vais te dire. Nous nous sommes tant tus. Nous bougonnions. Ca, oui ; pour bougonner, nous bougonnions.
Je crois bien que je t'écris pour rien. Pour rien te dire. Oui, c'est ça, je t'écris pour rien. Parce qu'il n'y a rien à dire. Parce qu'il ne s'est rien passé et qu'il ne se passera jamais rien.
Sais-tu que Flaubert -c'est un grand écrivain- rêvait d'écrire un livre sur rien ? Tu te souviens quand tu te moquais de moi, quand je disais qu'un jour, je deviendrai un grand écrivain ? Quand j'écrivais dans la rubrique "Buzet-sur-Tarn" dans "La Dépêche du Midi" édition Nord-Est, que tu disais que c'étaient des conneries ? N'empêche que quand j'ai brossé le portrait de ton ami Raymond, tu as découpé l'article, et je me rappelle, tu le faisais voir à tout le monde.
Et quand tu t'es assis au "Théâtre de Poche", à Toulouse, pour voir ma première pièce ?

On ne s'est pas beaucoup parlé parce qu'on ne savait pas comment s'y prendre. Tu sais, maintenant, il y a des machines pour ça qui tiennent de la fable.
A mon avis, ça va pas durer ; on va revenir au bon vieux temps de la mémé Marie. Je me souviens qu'un jour, elle avait soif ; elle m'a demandé à boire ; je lui ai donné un verre d'eau et elle m'a dit merci. C'est tout bête. C'est tout simple. C'est vrai.

J'ai trouvé un éditeur. Un éditeur. Tu sais ce que c'est un éditeur ? Non, tu sais pas, et tu as bien de la chance. Un éditeur, c'est quelqu'un dont tout le monde parle et que personne ne voit jamais. Mais c'est quelqu'un de très important, de très respecté, de très recherché. C'est... comment te dire ? C'est un peu comme quelqu'un qui flaire les animaux de cirque. C'est un montreur d'ours. Ca fait quinze ans que je galère pour en trouver un. Et je me fais foutre dehors partout. Ca te fait bien rigoler, hé ? Et une éditrice ? Ah, n'en parlons pas, des éditrices ! Qui peut de vanter de connaître madame Stock ? Madame Plon ? Madame Minuit ?
Oui, toi, par contre, tu connaissais bien madame Lauzeral. C'était ta voisine, et, à ton enterrement, elle a chanté avec une voix de séraphin : "Si l'espérance t'a fait marcher / Plus loin que ta peur. (bis) Tu auras les yeux levés / Alors tu pourras tenir / Jusqu'au soleil de Dieu."
Mon pauvre papa, laisse moi te dire ceci : si tu n'as pas eu de "savoir-vivre", tu as eu beaucoup de "savoir-mourir".
Mon pauvre papa, laisse moi encore te dire ceci : tu as été un faux-cul-terreux.
Je sais que ça va pas être facile, mais je vais essayer de t'embrasser."

(A suivre.)

Joël Fauré

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commentaires

teberli 15/09/2007 17:00

>
Je crois surtout que, pour militer "correctement" .. il faut rester maître de ses idées .... et pas se laisser embrigader par les idées des autres ...

AURORA 14/09/2007 01:29

Merci infiment pour cette dédicace.
Ce soir, le "sésame" pour ce passage en amitié a été le code qui me permettait d'ouvrir mon blog.
Décidément, il est de ces hasards qui nous font douter du hasard...

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