18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 19:43
Superstitions.
Avec ce qu'elle a de beau, de bon, la religion catholique est salutaire. J'aime sa belle litterature.
Avec ses menaces d'enfers tourmentés, ses interdits, ses tabous, elle est culpabilisante.
Je lui dois de sévères troubles obsessionnels compulsifs.
Je crois qu'il faut trouver un juste milieu. La religion catholique se charge de repasser les plats de lentilles et le vin avarié des noces de Cana. Elle se charge pareillement de distribuer de copieux restes d'authentiques Croix du Christ, où il mourut cloué et fouetté.
Quand  les choses tournaient mal, mon père avait ses conjurations : "Quand le Diable s'y met...", mais il était loin du lyrisme "à la Bosch" de son beau-frère : "Puto de Viergo pleno de crapaos" ("Pute de Vierge pleine de crapauds".)
"Oh" était corseté par deux mille ans d'évitements de péchés mortels, ce qui, il faut le confesser, réduit la marge de manoeuvre des petits plaisirs terrestres.
Ainsi, tout était question de vie ou de mort.
Je ne vais pas ici dresser la liste des mauvaises pensées, des mauvaises actions, des paroles ou des omissions qui conduisent, selon mon père, tout droit en enfer, sans passer par le purgatoire : le public d'aujourd'hui en sourirait.
Mais, vous me permettrez, au nom de la littérature, de sélectionner deux ou trois énormes "fautes-erreurs-péchés", atteintes au Sacré, qui ne sont que des superstitions qui ont réussi dans la vie.
"Oh" ne posait jamais le pain "sur le dos" : il prétendait que sur la partie plane, le Diable y dansait ;
"Oh" disait qu'il ne fallait pas jeter les lauriers bénis ("ça portait malheur") ; il fallait les brûler ;
"Oh" avait peur du mois de février (Sa mère était morte ce mois-là.)...
De plus, il avait une collection de dictons que je trouve idiots aujourd'hui, mais qui ont considérablement freiné le cours de mon existence :
"Qui va à Azas torno pas." (Qui vas à Azas -petit village près de Toulouse- ne revient pas.) Conséquence : je connais très mal Azas -au demeurant un charmant petit village-, puisque, pendant des années, je me suis refusé d'y mettre un orteil.
"A Brufel, cado puto a sou pourtanel" (A Verfeil -autre bourgade-, chaque pute a son portail.) Conséquence : Verfeil, qui ne manque pas de charme, reste le seul endroit de France où j'aurais pu perdre ma virginité, mais je n'ai jamais su voir les portails en question des "cambos roussos" (des "jambes rouges" dixit "Oh")

"Saint-Ex", le Père Noël et le Père Fauré.
C'est un jour comme un autre. "Oh" s'active dans le jardin. La bêche, sous la pression du pied, taille la terre. La manoeuvre est un compromis entre la paroi lisse et le jeu de cubes. Le ciel est tourmenté. Un petit avion, qui contiendrait presque dans un paquet de lessive "Bonux" sillonne les ondes, tutoie l'Olympe.
Le moteur tousse. "'reusement qu'y la piste" La piste d'atterrissage. Oh c'est pas Roissy, c'est pas Orly... Non, c'est un passionné qui a mis ses sous dans une bande de terre, suffisante pour qu'un avion de tourisme puisse s'y poser. Au début, c'était un spectacle. Mais "Oh" avait été un peu préparé. Il se souvenait de son grand-père, le Papi Janel, qui disait des premières rouges et blanches et aventureuses "Micheline" : "Macarel, le train passe à travers les champs !..."
Maintenant, mon père est blasé. Il regarde d'un oeil distrait les courbes qu'amorce le coucou pour retrouver le droit du sol.
Or, là... coup de théâtre... Avarie. L'avion prend feu et tombe en torche.
L'équipage se compose de deux vieilles tiges. Et alors là, c'est sûr, je le sais, je le sens, vous n'allez pas me croire mais les Icare sauvent leurs peaux grâce à leurs parachutes. Ils se retrouvent, les chanceux, dans le moelleux de la terre fraîchement bêchée.
Jusque là, vous me croyez à moitié. Mais là où vous allez mettre en doute mes facultés mentales, c'est quand je vous aurai dit que, sous la coiffe du parachute, deux hommes saluent mon père en souriant.
Ces deux hommes s'appellent Antoine de Saint-Exupéry et Le Père Noël. En personnes.
C'est un jour comme un autre.

(A suivre.)

JF

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