28 septembre 2007 5 28 /09 /septembre /2007 19:42
Les mots qui suivent sont des mots magnifiques. Les mots qui suivent sont des mots que j'ai vus, et que mon père a vus aussi. Mais lui a fait beaucoup plus : il s'en est servi.
Je n'ai pas vu Venise, Vienne (la ville de Zweig, de Klimt, de Schiele), la Mer Morte... J'ai vu Bruxelles, Cordes-sur-Ciel, Carcassonne, la clinique Castelviel à Castelmaurou... J'ai vu Madrid, Albacete...

D'abord, la Terre. J'ai vu récemment dans une vitrine un paquet de gaufrettes amusantes. Sur l'une d'elles, il était écrit : "Qui terra a guerre a". C'est pas faux.

La Herse.
"C'est un instrument agricole traîné par un tracteur ou un attelage, formé d'un châssis muni de dents metalliques pour le travail superficiel du sol"  dit la notice du Petit Larousse. J'ai vu, de mes yeux vu, mon père se transformer en bête de trait. A l'aide d'une courroie, il tractait, le corps à l'oblique, la herse, mordant à belles dents la terre qui, devant tant de bonne volonté, se laisser ameublir.
Le lundi, au marché de Bessières, Oh avait les yeux de Chimène devant les motoculteurs qui lui promettaient des vertèbres moins douloureuses.

La biette.
Longtemps je n'ai pas compris pourquoi mon père attachait une attention particulière à cet objet curieux. Imaginez une grosse aiguille de noyer ou de buis. Je voyais bien qu'il ne s'agissait pas là que d'un vulgaire morceau de bois. La "chose", ouvragée, avait connu l'ivresse d'un tour de menuisier. C'était beaucoup plus court qu'une canne, beaucoup plus long qu'un manche de couteau. C'était phallique à n'en pouvoir mais. Investi par Oh d'un mystérieux pouvoir, je m'étais résigné à voir ce "machin" sans nom comme le sceptre d'une société secrète dans laquelle je n'aurai pas été adoubé. Ce n'est que sur l'automne de sa vie, quand les blés sont mûrs, qu'il fût inscrit au "Club des Cheveux d'Argent et des Blés d'Or" que mon vieux papa lâcha quelques bribes : "C'est un ligadou. Garde le surtout. Il a servi au Papi Janel" me dit-il. Me voici bien avancé.
Ce n'est qu'encore plus tard, autant dire hier, ou presque aujourd'hui, que j'ai pu reconstituer la fabuleuse histoire du "ligadou" familial.
"Ligadou"
doit sans doute descendre de l'occitan "ligar", c'est-à-dire "lier". Le "ligadou", lors du fauchage des champs de blé à la main -à l'époque, l'opération ne faisait pas la une des journaux- permettait de lier les gerbes, à l'aide d'une ficelle ou de poignées de paille rapidement tressées. Pour faire un peu de chiqué, ce qui ferait bien sourire mon père, j'ajouterai que le nom "savant" du "ligadou" est "biette". Mon pauvre père serait tout à fait épaté s'il apprenait que je tiens ces informations d'une machine magique et moderne qui s'appelle "Internet", et que je répercute cette donnée sur un "blog"...
Mes amies les biettes sont en lieu sûr chez moi. Ce sont les derniers remparts, avec les allumettes et les tampons-encreurs d'une société humaine qui se dérobe.
C'est promis, sauf si l'on insiste, je ne recouvrirai pas les "biettes" d'un préservatif et ne les transformerai pas en godemiché...

(A suivre.)

Joël Fauré

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Alba 29/09/2007 23:55

C'était "Pigeon Vole" dont le décor principal était un banc dans un jardin public ....
ces bancs tellement propices à l'écoute !

AURORA 29/09/2007 05:29

Encyclopédiste des mots oubliés, entomologiste des "gens de peu", votre page est une collection rare et infiniment belle.

Joël Fauré 28/09/2007 23:59

Alba : Je viens de courir sur Internet m'informer sur Georges Berdot... Quelle est donc cette pièce qui aiguise ma curiosité ?

Alba 28/09/2007 22:55

Joël vous êtes un homme de terre et aussi de théâtre si j'ai bonne mémoire: Georges Berdot, ça vous dit quelque chose ? j'ai joué ( il y a qulques années..)une de ses pièces où je vendais des godemichés en bois à trois boules !!!!!

Présentation

BIENVENUE

ESPACE LITTERAIRE ET EROTIQUE

Soyez les bienvenus sur cet "égoblog",
petit jardin virtuel.

N'oubliez pas, quand même, d'aller vous aérer.

"Vivre,
c'est passer d'un espace à un autre
en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Liens