13 octobre 2007 6 13 /10 /octobre /2007 20:33
"Mais les bottes dansèrent
une valse-hésitation."

Mais les bottes dansèrent une valse-hésitation. A la lecture de "la revue internationale des rapports humains""Union" achetée en catimini (je venais pourtant d'avoir 18 ans), j'eus les premières lumières sur les activités conseillées du corps. Les bottes reculèrent d'un pas. Là, sur le papier glacé, des couples prenaient position et offraient un nouvel éclairage (le bon) à la copulation. Sur le papier. Sur le papier seulement. Il n'en demeura pas moins vrai que le temps passait et que mon éducation souffrait de nombreuses lacunes. "L'accablante ruralité" ne favorisait aucunement les rencontres ; j'allai m'engluer dans une solitude profonde.
Quand on m'interrogeait, au cours des grands repas familiaux tant redoutés sur mes amours -et mes amours, comment se portaient-elles ?- Très mal. Elles se portaient très mal, puisqu'elles ne se portaient pas du tout- j'avais des rougissements de rosière et balbutiai quelque demi-mot devant des amphitryons hilares.
Combien de fêtes ai-je fuies ? Combien de fois me suis-je dérobé pour n'avoir pas à afficher toute l'étendue du désastre : un adolescent post-pubère, très mal dans sa peau, avec une voix de fausset, étranger aux réjouissances de ses contemporains, largué au bord de la route, et surtout, surtout, ne sachant pas danser, et n'ayant encore jamais fait l'amour.
Ne sachant pas danser : terrible négation qui allait me poursuivre, m'obséder, me complexer au paroxysme. J'avais bien cru comprendre que danser, c'était le meilleur moyen d'approcher les filles, mais j'ai dû accorder, dans mon désarroi, une importance surfaite à cette forme d'expression (de nombreuses personnes dansent comme des clés à molettes, cela ne les a pas empêchées d'avoir femme et enfants.)
Pour moi, une chose était sûre : je me voyais déjà rutilant cavalier ballot, ridicule, grotesque, lourd, arrivé sur la piste sans avoir suivi de trace, de panneaux... 
Quand on fera danser les complexés de la danse, je ne serai pas à l'orchestre.


Les lectures d'Union furent édifiantes, mais très abstraites. Il y en avait un qui rongeait son frein, c'était mon sexe de français moyen, lui qui ne l'était pas moins.

"Quand on fera danser
les complexés de la danse,
je ne serai pas à l'orchestre."

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commentaires

AURORA 15/10/2007 02:33

Rien d'exhibitionniste, bien au contraire.
Une entreprise courageuse et bien menée parla pudeur du choix des mots...

Joël Fauré 15/10/2007 00:26

Précision :
"Avec cette autobiographie écrite dans l'urgence et la compulsion, j'ai voulu rebrousser ma route pour en comprendre les cahots.
Ce texte est né d'un premier jet et n'a subi aucune retouche.
Parce qu'il m'a semblé que mon expérience de vie pouvait avoir valeur de témoignage et servir de révélateur à d'autres, j'ai assez vite déblayé le scrupule de paraitre narcissique ou exhibitionniste."

Alba 14/10/2007 18:19

Certes, mais il ne me semble pas évident de dévoiler sa propre mémoire et c'est ce que je pense depuis que je vous lis Joël, quel que soit le théme que vous abordiez. Nous profitons de votre envie de partage et l'apprécions, c'est l'essentiel non ?

Joël Fauré 14/10/2007 02:16

Camille : Ce n'est pas du courage, c'est de la mémoire...

Liberté : Je crois que nous sommes un certain nombre a avoir "tété" au biberon d'"Union"....

teberli 14/10/2007 00:07

Tiens... c'est amusant.... c'est avec "Union" que je me suis débarrassée (avec mon mari d'ailleurs) de quelques complexes dans nos ébats .... Souvenirs.... nous le lisions ensemble .....

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