22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 20:24
"Tout était signe

Des habitudes s'installèrent. Elles n'oublièrent pas les portemanteaux de mes angoisses. Des syndromes avaient suivis, des succédanés de syndromes : la phobie envahissante qui trouvait ça et là, partout, des niches pour ses statuts. Ici, c'était ça  : SIDA ; là, c'était ceci : SIDA. Tout était signe.
La phobie devenait très dévorante. Elle s'infiltrait dans les gestes les plus anodins. Elle m'ouvrit les portes de son enfer. Alors, plus de répit ; c'étaient sans cesse des gestes répétés, d'étranges cérémonials, des manèges ivres. Une force irrésistible m'astreignait à répéter, répéter, répéter et encore répéter mes scènes de film d'horreur. J'ai déjà parlé, je crois, de la brosse à dents, du papier toilette, de la surprotection rapprochée de mon derrière, des crachats prophylactiques ; il fallait maintenant y rajouter une nomenclature déraisonnable.
Je me vis répéter dix fois la même phrase, me passer, jusqu'à l'obtention du mandat d'arrêter, la main dans les cheveux ; me gratter la joue, l'oreille ou le nombril ainsi qu'une vis sans fin ; me frotter les pantalons, parce que quelqu'un venait de les frôler ; vérifier, vérifier, vérifier, vérifier, vérifier et vérifier encore que la lumière était bien éteinte ; le réveille-matin en position "sonnerie", le robinet d'eau fermé ; placer tel objet à telle place et non à telle autre, le déplacer, le déplacer encore, et puis encore, et puis encore, et puis encore... Une lettre, un mot, un chiffre, une attitude : tout devenait évocation du SIDA. Finalité avouée de ces exercices de style : chasse aux pensées nocives. Si je ne les accomplissais pas, je sentais germer dans ma tête de funestes pensées : le malheur, la nuisance, la mort.

Je sentais germer
dans ma tête
de funestes pensées"


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Joël Fauré 23/11/2007 17:52

Aurora : Que Dieu ou Diable vous entende ! Mais, comme me l'a écrit Christophe André (auteur à succès s'il en est !) les confidences d'un inconnu ne sont pas "vendeuses" Il faudrait que je m'appelle Bigard ou Sophie Favier, et finalement, je préfère m'appeler Joël Fauré.
Tous les éditeurs contactés ont été unanimes pour refuser ma prose...

AURORA 23/11/2007 03:40

Depuis hier au soir, je sentais où vous vouliez nous amener.
Et c'est chose faite désormais.
Ces "Carnets", je le souhaite de toute ma force, doivent absolument voir le jour chez un éditeur!

Présentation

BIENVENUE

ESPACE LITTERAIRE ET EROTIQUE

Soyez les bienvenus sur cet "égoblog",
petit jardin virtuel.

N'oubliez pas, quand même, d'aller vous aérer.

"Vivre,
c'est passer d'un espace à un autre
en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Liens