8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 14:58

Le personnage tout rouge : Je suis mal à l'aise en situation d'échange et de convivialité. Permettez que je m'isole.

(Il se place à la place des deux femmes. 
Bien campé au sol.
De façon délibérée, il pousse un cri strident, un brame, un hurlement, souligné par son pied droit, comme une ruade.
Semblant avoir évacué son trop-plein de douleur, il revient au devant de la scène.
Il ramasse le blason et le remet au décrocheur.)

Le personnage tout rouge : Monsieur, voici votre blason qui a mordu la poussière. Pensez à nous le ramener une fois qu'il aura été "repensé". Le prochain sera le vrai premier. Un jour, décrocher deviendra routinier. Ce qui, pour certains, est une habitude, voire une contrainte, pour d'autres est une frustration, pensez-y aussi. Vous nous direz encore, si nous sommes encore là, comment se sont passés les accrochages à venir. Et maintenant, laissez-nous seuls. Madame va arrêter si elle doit m'arrêter. (Le décrocheur de blasons salue et s'en va.) Sale fin d'été. Sale fin d'été pour nous, coupables de tous les faits-divers de la planète. Dans un pays voisin, le démantèlement d'un réseau d'ogres qui aiment trop les enfants fait les choux gras des feuilles de choux. J'en suis. A l'autre bout de cette ville, une fillette a été enlevée. C'est moi. Ici, on viole ; là, on tue ; plus loin, on torture : c'est toujours moi. Mentir, voler, violer, c'est encore moi. Et jusqu'ici-même où l'on croit savoir de source sûre que quelqu'un ou quelqu'une a été trucidé. Je n'ose plus regarder les gens en face. A tout bout de champ, on va me confondre et m'arrêter. Voilà, c'est presque fait. Allez-y, personne ne me soutiendra. J'ai perdu des amis, me suis brouillé avec ma famille. Rien ne ressemble moins à un homme qui semble faire la tête et qui se tait qu'un homme habité par l'angoisse. Allez-y. Qu'est-ce que vous attendez ?

(A suivre.)


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commentaires

théo 09/01/2008 15:14

Oui tout à fait, j'ai lu l'été dernier "la femme-cible et ses dix amants".Une scène notamment où des anges à l'orille coupée, ivres d'avoir terminé les fonds de bouteilles, cuvent dans les poubelles et se font remonter les bretelles par la grosse Femme au balai. Absurde ? pas tant que ça :-)les anges-déchets...

Joël Fauré 09/01/2008 11:33

Théo : Je crois savoir qu'il aime le théâtre de l'absurde et Kafka ? Alors, je reçois ce parrainage comme un compliment.

théo 09/01/2008 10:58

Bonjour Joël,
A y est j'ai trouvé ! je me demandais pourquoi ce que fait résonner cette pièce à sa lecture ne m'était pas inconnu. Votre écriture me fait penser à celle de Matéi Visniec. J'aime.

Joël Fauré 09/01/2008 09:39

Puisque nous sommes entre nous, je vais vous confier un secret. Je partage un point commun avec André Dhôtel (et son merveilleux "pays où l'on n'arrive jamais") : je suis triste de n'être pas édité. La comparaison s'arrête là : Dhôtel l'a été par la suite...

AURORA 09/01/2008 04:19

De retour d'un Nouvel An ailleurs, je reprends le fil de tout ce que j'ai manqué...
Quelle écriture, sieur Joël, quelle écriture!
Votre théâtre a une originalité folle tout comme vos carnets avaient l'intensité du poignant.
Mais bon sang! Ils se cachent où, ces éditeurs de pacotille?
Quand donc se mettront-ils à visiter les blogs et pas seulement ceux des "blogeois" qui font 100 000 visiteurs par mois?

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