19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 12:18
Le personnage tout rouge : Vous pensez que, là encore, par mégarde, action ou omission, j'ai pu commettre une erreur ?

Première femme à la carotte à poignée :
Ca dépend ? Vous avez commencé par quoi ? Par porter le deuil ou par rougir ?

Deuxième femme à la carotte à poignée :
De quelle couleur était votre costume de deuil ?

Première femme à la carotte à poignée :
Le crêpe était-il rouge ou noir ?

Le chef du bureau des fêtes terminées :
En clair, en un mot comme en dix-mille, vous les avez tués, eux aussi ?

Le décrocheur de blasons :
En face de quoi sommes-nous ? De plusieurs doutes dont monsieur est le concessionnaire-dépositaire. Il est parfaitement franchisé. Mais aussi d'un mur, aussi muet qu'une tombe de carpe, aussi aveugle qu'une taupe, aussi fermé qu'une huître...

Le personnage tout rouge : Ce mur, monsieur, ce mur, je vous défends de le condamner sans le juger. Il l'est déjà assez comme ça. Ce mur... Il ne faut pas tirer sur l'ambulance ni sur le pianiste... Ce mur est déjà condamné. Ce mur est aveugle. Ce mur est aveuglé. Ce mur est orbe. Vous ne connaissez pas l'histoire de ce mur ?

Le chef du bureau des fêtes terminées :
Nous serions heureux de la connaître.

Le personnage tout rouge :
Ce mur n'est pas le mur des lamentations. Ce mur n'est pas celui de Berlin ; ce n'est pas non plus la Grande Muraille de Chine, pas plus que la murette de mon voisin. Ces vieilles pierres d'aujourd'hui nous parlent d'hier. Vous connaissez les jolis mots de Barbara : "Les choses ont leurs secrets, les choses ont leurs légendes, mais les choses murmurent si nous savons entendre." J'aurais bien aimé créer un mouvement, celui des "hieraujourd'huistes", celui de ceux qui pensent qu'hier explique aujourd'hui. Hélas, je ne peux plus faire beaucoup de mouvements. Ce mur, j'en ai vu poser la première pierre. Puis d'autres sont venus, qui voulaient le crépir, le blanchir ou le jaunir, et d'autres encore qui voulaient déposer une plinthe à ses pieds. Une plinthe fantaisiste avec pour seul motif des petites souris qui se suivent. Les gens d'ici n'ont pas voulu. Ils ont à peine accepté qu'on fixe un blason, avec dessus une bête plus inconnue, le blason que vous avez connu, que nous avons connu jusqu'à ces derniers jours. A l'origine, ce mur devait être le premier d'une maison d'attente.

Le chef du bureau des fêtes terminées : Une maison d'attente ?

Le personnage tout rouge : Une maison. Il existe bien des salles d'attentes. Pourquoi n'y aurait-il pas des maisons d'attente ?

Le chef du bureau des fêtes terminées : Mais pour quoi faire ?

Le personnage tout rouge : Pour attendre que les salles d'attente se libèrent.

Le chef du bureau des fêtes terminées : Monsieur, allez-vous nous dire à la fin ce que vous êtes ? Vous êtes fou, poète ou assassin ?

(A suivre.)

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