11 février 2008 1 11 /02 /février /2008 10:01

(La chroniqueuse ramasse le bout de papier plié en quatre, le déplie et le lit ;
le peseur d'eau se déplace jusqu'à l'autre bout de la scène, le dos tourné, les bras ballants.
Lecture.
Silence lourd.
On entend en voix off une voix de femme déclamant des vers ; en l'occurence ceux d'un poème : "Les canards", de Clovis Hugues.

La voix devient visage : une jeune femme, belle, fraîche, brune et musquée s'approche en déambulant le long du ru, les yeux rivés sur un livre.
Elle est vêtue de blanc : chemisier bouffant, jupette courte et est chaussée de bottes noires qui dépassent le genou.
Elle poursuit le poème.)

Le peseur d'eau (A la jeune femme) : Vous avez vu mes canards ?

La jeune femme (répond sans relever les yeux, un peu comme si son texte était écrit dans son livre.) : Oui.

Le peseur d'eau : La fête battait-elle toujours son plein ?

La jeune femme (même jeu, lisant.) : Non.

Le peseur d'eau : Alors, sans aucun doute, plus joyeux les tétards. Il n'y avait pas des dauphins ?

La jeune femme (même jeu, lisant.) : Non.

Le peseur d'eau : Des grenouilles ?

La jeune femme (même jeu, lisant.) : Non.

Le peseur d'eau : Un loup vu par une loupe ?

La jeune femme (même jeu, lisant.) : Non.

Le peseur d'eau : Un dragon tenu par sa dragonne ?

La jeune femme (même jeu, lisant.) : Non.

Le peseur d'eau : Même pas un cadavre de bonne bouteille ?

La jeune femme (même jeu, lisant.) : Non.

La chroniqueuse : Il faut peut-être vous dire, madame, pour rendre compréhensible ce qui ne l'est pas, que si monsieur vous impose cet interrogatoire aussi serré, c'est parce qu'il souffre, d'une souffrance intense et silencieuse. Et depuis longtemps. Il voulait avoir l'élégance de ne pas le signaler mais il est tombé dans l'excès contraire. Monsieur est peseur d'eau. C'est un prétexte. Et oui, il y a de "seaux" métiers. Il m'a prise à témoin et m'a alertée sur trois points qui le préoccupent : la Terre va manquer d'eau (sous-entendu : "J'ai peur d'une catastrophe" Laquelle ? Je ne sais pas.") Bon, c'est recevable. "Personne ne me comprend.", c'est recevable aussi. Nous étions autour d'une flaque...

(A suivre.)



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commentaires

Joël Fauré 12/02/2008 10:21

Camille : Je suis heureux de votre retour et je vous garde au frais la seule, la vraie, l'unique flaque, inimitable.

Aurora : Botticelli et sa naissance de Vénus nés d'une flaque, tiens, l'idée m'effleure soudain...

AURORA 12/02/2008 01:18

Une voix qui se fait femme, femme à la senteur musquée et aux hautes bottes...
Les anges sortiraient-ils de l'eau?
Les "O" sortiraient-elles des flaques?

Camille C. 11/02/2008 22:56

Bien des événements indépendants de ma volonté ont fait que je n'ai pu suivre votre blog ces derniers temps et je le regrette, le titre "Flaque" m'interpelle déjà. Puis-je vous demander la faveur de me faire passer le manuscrit... à l'occasion..; bien à vous, Joël.

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