14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 14:52

La chroniqueuse : Monsieur, pour la douleur et au nom de la douleur, votre conduite a été remarquable. A mon avis, vous êtes encore à temps de transformer vos disgrâces en différences et vos différences ainsi obtenues en atouts. Conformément à votre texte en vigueur, en vertu des pouvoirs que je me confère, et au nom du peuple de ce pays, j'avance que ceci est le brouillon du message qui se trouvait dans la bouteille.

Le peseur d'eau : Vous en avez mis du temps pour comprendre.

La chroniqueuse : J'avais compris dès le départ, je vous l'ai déjà dit. Vous ne m'avez pas beaucoup aidé.

Le peseur d'eau : Je n'ai fait que ça : vous tendre des perches. Vous ne m'avez tendu que des queues de poisson. Je l'ai même écrit tout-à-l'heure dans votre main. Si l'encre n'avait pas été aussi mouillée, le message ne se serait pas effacé. Oui, ce que j'avais écrit, c'était : "Tellement naufragés que la mort paraît blanche", le message rendu plus accessible. Cette phrase doit à présent sécher sur la main du fabricant de bottes qui dépassent le genou. S'il ne l'avait pas eu aussi leste et lourde à la fois ; s'il n'avait pas aussi fermement serré la vôtre, vous pourriez en juger par vous-même.

La jeune femme (Lisant le livre, même jeu que précédemment) : Ah, ça ! Je peux en témoigner. Pour avoir la main leste, il a la main leste, votre fabricant de bottes qui dépassent le genou ! Un fieffé cochon ! Il me l'a même mise aux fesses.

Le peseur d'eau : Il vous a mis la main aux fesses ? Il vous a mis la main aux fesses ?

(Silence)

Madame, voulez-vous me montrer vos fesses ?

(Silence)

Madame, voulez-vous me montrer vos fesses ?

(Silence)

Madame, faites-moi voir vos fesses.

(Silence)

Madame, faites-nous voir vos fesses.

(La jeune femme confie son livre au peseur d'eau, non sans l'avoir une dernière fois consulté, s'approche du petit ruisseau, relève sa jupette, et s'accroupissant face à ses interlocuteurs présente son derrière à la surface de l'eau.)

Des choses édifiantes se mirent et se reflètent. Je crois que nous allons avoir de la lecture.

(La chroniqueuse et le peseur d'eau s'approchent de la surface de l'eau, de part et d'autre de la jeune femme.)

La chroniqueuse (Au peseur d'eau) : Vous avez fait une faute d'orthographe. Vous avez oublié un "s" à naufragés.

Chanson : "Les désespérés" de Jacques Brel.
Noir.
Rideau.

PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN
"NOTICE"  de Joël Fauré

"C'est fou tout ce qu'on peut lire dans une notice..."


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commentaires

Joël Fauré 18/02/2008 11:16

Merci.

AURORA 15/02/2008 02:38

Sublime final: des ronds dans l'O et des fesses comme le manuscrit trouvé à Saragosse!

J'ai adoré "Flaque"...
Merci!

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