25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 13:00

La femme qui fait ça en blanc : Je ne regrette pas du tout de vous avoir suivie jusqu'ici. Que de situations cocasses ! C'est un nid. C'est vous qui m'avez emmenée sur ce terrain.

Le brûleur de cageots : N'est-ce pas ? Ca se passe comme ça un jour sur deux. Et nous sommes un jour sûr d'eux. Mais, comme on n'est jamais sûr de rien...

La femme qui fait ça en blanc : C'est sûr. Dites-moi... (Elle s'approche du brûleur de cageots.) Ce bouton, là... (Elle désigne un point près du nez.) ...Vous l'aviez tout-à-l'heure ?

Le brûleur de cageots : Vous savez, un bouton, ça va, ça vient. Je suis assez sujet au comédon.

La femme qui fait ça en blanc : Le comédon ! Qui trouvera les mots pour décrire la vie qui fourmille et qui bouillonne à l'intérieur d'un comédon ? Quel beau sujet pour un chercheur. Ce perce-neige des côteaux nasaux, qui croît aussi aux lisières des épis, sur les fronts vastes et dégagés, en troupeau qui moutonne avec l'esprit grégaire ; ce petit clou de passementerie, cet invertébré à oeil de cyclope, cet insecte qui pratique le mimétisme, ce végétal à tige fragile, cet intrus que l'on met à l'index, sur qui l'on fait pression et qui, une fois démoulé, sent la soupe à l'oignon. Monsieur, voulez-vous vous livrer à une expérience avec moi, en attendant le résultat de la pesée ?

Le brûleur de cageots : De quoi s'agit-il ?

La femme qui fait ça en blanc : Je veux vous regarder vieillir.

Le brûleur de cageots : pardon ?

La femme qui fait ça en blanc : Je veux vous regarder vieillir. Nous allons vivre très intensément le prochain quart d'heure de ce qu'il reste de notre vie. Nous allons le vivre en direct. Dans le prochain quart d'heure, tout peut arriver. Il va peut-être se produire un micro-événement ou une méga-anecdote qui va tout faire basculer. Ce n'est pas plus inoffensif que de vivre sans attacher de l'importance à ce qui s'écoule. Pensez à l'étourdissante gamme de situations qui se jouent ailleurs, à l'instant où je vous parle. Nous, nous sommes ici et maintenant. Prenez conscience de ce que vous êtes. Oh ! Bien sûr, nous allons pas avoir la prétention de changer le cours du temps. Nous allons le scruter, l'ausculter. Peut-être ne va-t-il rien se passer de transcendant... Vous acceptez ?

Le brûleur de cageots : Ma foi, volontiers. J'ose espérer que je ne vais pas mourir, terrassé par une crise cardiaque au cours de cette expérience. Sans quoi le jeu serait faussé.

La femme qui fait ça en blanc : Vous n'avez rien compris. Il ne serait pas faussé. Il serait réaliste... Oh ! Pardon, je ne voulais pas...

Le brûleur de cageots : Je vous en prie.

(A suivre.)

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commentaires

AURORA 26/02/2008 01:49

Voulez-vous connaître le "mot de passe" de ce soir pour moi ici?
C'est "FIL" comme le fil de la vie, celui que la faucheuse pourrait trancher dans ce quart d'heure, si seulement elle le désirait...
Etrange, non?

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