4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 13:08

Le brûleur de cageots : (Il brise un cageot et alimente le feu.) Brisons-là !

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : Qu'est-ce que ça veut dire ?

La femme qui fait ça en blanc : Ne cherchez pas. Vous deviez nous raconter des histoires de gens qui se sont fait peser.

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : Oui, je devais. Je dois. Je peux. Vous êtes prêts à tout entendre ?

La femme qui fait ça en blanc : Ca va être si dur que ça ?

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : Je ne sais pas écrémer.

(L'inventeur de la machine à peser la souffrance se dirige vers le socle de béton, s'y assoit et invite la femme qui fait ça en blanc et le brûleur de cageots à faire de même.)

Le premier, je m'en souviens très bien. Il se présente à moi, sans fard, sans masque, sans calcul, sans arrière-pensée. Une bonne tête. La morphologie du perdant. Du gars pas étanche. Qui en a bavé. Un brave type. Un regard intelligent. Il se présente à moi avec ses pièces, ses troupeaux de vaches maigres... Je m'en souviens très bien. Il me semble encore revoir la scène.

(Il se dirige côté cour.

Eclairage douche sur lui.

Un homme arrive.)

L'homme : Je me présente à vous sans fard, sans masque, sans calcul, sans arrière-pensée. Je ne m'abrite pas derrière des uniformes payés et entretenus par des institutions et des chapelles. Je préfère mes chaussures éculées, mes chemises qui rebiquent et mes blousons puants et râpés. J'ai combattu sur plusieurs fronts. J'ai mené un combat inégal. Je n'en suis pas sort indemne mais vivant. J'ai fait preuve de patience, de courage et de dignité. Et j'en suis fier. Je veux savoir à quel degré j'en ai bavé. Vous ne pouvez pas imaginer ce que j'ai vécu.

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : Moi, non. Mais elle, oui. (Il désigne, en coulisses, la machine à peser la souffrance.)

L'homme : On m'a humilié, avili, vilipendé, "avilipendé", chronicisé, mais... je l'aurai ma revanche d'homme blessé et foudroyé.

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : Vous écrivez, je crois ?

L'homme : Ma dernière pièce n'a pas marché. "Comme il restait un peu d'argent, on a construit un petit pigeonnier." Un titre trop long. Il faut faire court. Les gens sont pressés. Tac-Tac ou Toc-Toc, pas plus de deux syllables. Il faut que ça frappe. Vous auriez vu la tête des pigeons quand ils ont vu le pigeonnier. Ils se sont taillés...

(Noir côté cour.

L'homme s'en va. L'inventeur de la machine à peser la souffrance le raccompagne et revient s'asseoir sur le socle de béton, avec les autres.)

(A suivre.)

 

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commentaires

AURORA 07/03/2008 01:45

Et cette irrésistible note d'humour qui surgit...
Des pigeons qui se taillent pour ne pas se "farcir"...le pigeonnier!

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