19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 13:03

L'infirmière : Vous avez pensé au...

Le bleu : On y pense... On y pense...

L'infirmière : Ils tardent à venir, les autres... Un reportage urgent ailleurs peut-être ? Plus urgent que le vôtre. Plus vendeur. Plus porteur. Vous n'êtes pas complètement foutu. 

Le bleu : J'ai l'habitude, vous savez. Ce n'est pas la première fois qu'on me fait le coup du lapin qui se pose un peu là. J'ai pris des dispositions pour patienter sans trop mariner. Je m'attache aux ornements des lieux. Voyez cette mare aux plichards de l'autre côté de la vitre comme elle est belle. (Il désigne un point côté jardin.) Et ce petit bateau, jaugeant trente-cinq roudoudous voguant dessus. Un thonier ? Un sardinier ? Un pétrolier ? Quel chalut, il fait ! La caque sent le hareng ; la coque le requin... C'est bien plus qu'un point d'eau dans une salle d'attente... c'est bien plus que ça...

L'infirmière : Ca, c'est une fontaine d'agrément. Les architectes appellent ça un "espace de rencontre et de fraîcheur convivial".

Le bleu : Ils se trompent. Ce qui est convivial, c'est ce qui est chaleureux.

L'infirmière : Bien sûr, mon amiral.

Le bleu : Ce petit bateau, dans son presque radoub, présente plus d'intérêt qu'il n'y paraît. Va-t-il pouvoir appareiller ?
(Un temps.)
J'ai peur.

L'infirmière : Comment ? Un grand garçon comme vous ?

Le bleu : Oui, j'ai peur. J'ai même très peur. Pas le mot, la chose. Des peurs d'enfant, madame, grosses comme ça. (Il désigne ses deux poings fermés.)

L'infirmière : Arrêtez les violons que vous n'arrivez pas à accorder. Faites-vous violonce.

Le bleu : J'ai peur. Je ne peux pas m'en empêcher. Il était dit que l'amour me serait réfractaire. Me l'eût-on fait comprendre autrement, je l'eusse mieux accepté.

(Un homme arrive.
Attirail du pêcheur : canne, épuisette, cuissardes de pêche.)

L'infirmière : Mais enfin, pincez-moi, je rêve.

(A suivre.)






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Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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