2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 16:42
Le bleu : Vous me trouvez un peu passéiste poussiéreux, c'est ça ?

L'infirmière :
Mais non. C'est très laid ou très joli, le passé. Ca explique. Mais, tout le monde vous le dira, il faut savoir tourner la page, il faut oublier, il faut savoir faire table rase, vivre pleinement aujourd'hui et demain, savoir renaître et rebondir. Il ne faut pas vivre sur ses souvenirs, il faut faire le deuil... Vous prendrez l'expression qui vous convient le mieux. Elles veulent toutes dire la même chose. Vous comprenez ?

(Un temps.
Le bleu se place face à la caméra.)

Le bleu : Un jour, c'était ici-même, j'ai rencontré...

L'infirmière :
Attendez !
(Elle saisit le bleu par les bras et le fait retourner vers elle.) Attendez. N'ayez plus le regard fuyant. Apprenez à regarder les gens en face. Ne vivez plus par procuration. Ne bafouillez pas. Ne rougissez pas. Vous avez de très beaux yeux ; faites-en quelque chose...
(Le bleu se trouble, fait quelques pas vers le public ; le regarde longuement et se trouble encore. L'infirmière le rejoint, le prend par les mains, lui relève le menton, l'obligeant à la regarder.) Dites-moi un mot en me regardant.

Le bleu :
Je ne peux pas vous l'écrire ?

L'infirmière :
Dites-moi un mot en me regardant.

Le bleu :
Mot.
(Un temps.) Tout serait si simple s'il ne fallait pas se parler. Ah ! Se parler ! Sans bafouiller, sans risque de se tromper... Si je connaissais le type qui a inventé l'alphabet. Et se regarder ! Ah ! Se regarder ! Sans s'éborgner... Et se toucher. Ah ! Se toucher ! Sans se cogner, sans se percuter, sans se blesser, sans se froisser, sans s'électrocuter, sans se pincer... Et voir et être vu. Ah ! Etre vu !

(A suivre.)


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commentaires

Joël Fauré 03/04/2008 09:45

Merci Camille. Sans déflorer la suite, il n'est pas interdit de penser que l'infirmière pourra "apprivoiser" ce bleu... Dans cette "coupe", il y a déjà une amorce...

Camille 03/04/2008 09:19

Je rajoute ! que c'est très beau ! malgré l'effet produit sur moi, les mots sont choisis, justement associés, répartis. Je continue de lire.Bonne écriture Joël.

Camille 02/04/2008 23:50

pouh, quelle tirade que la dernière, elle me donne la nausée, elle me serre la poitrine. Ne pas vivre quoi ! Ah oui, c'est plus facile, sans comparaison. J'espère que l'infirmière saura lui faire voir la vie autrement, à cet homme bleu !

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