3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 12:08

L'experte en tôle :  (Elle déplie son papier et lit :) Nous, experte en tôle, certifions avoir examiné ces jours derniers, le véhicule immatriculé "Trois chiffres, deux lettres, deux chiffres." immobilisé sur le champ sis à mi-chemin entre le souvenir et la mémoire. La mission qui consistait à en reconstituer l'histoire a été rendue complexe par la spatio-temporalité de l'objet, et l'empressement zélé de certains à vouloir utiliser l'emplacement qu'il occupe. L'anamnèse établie, nous obervons, au vu des éléments en notre possession, un certain nombre de points obscurs et de zones d'ombre. Le contrôle d'une image polypoïde sigmoïdienne, révélée par un lavement baryté en double contraste, laisse ouvert le champ d'introspection. Bien qu'inscrite dans l'espace, la trajectoire reste virtuelle. Il ressort que la voiture n'en a plus. De ressort. Afin que nul n'en ignore, nous formulons que l'état de carence patent associé à...

L'ancien garçon de ferme : Hola ! Ho ! Nous sommes entre nous...

L'experte en tôle : Cette voiture était celle de votre maman.
(Un temps.)
Cette voiture était celle de votre maman. Vous ne le saviez pas ?

L'ancien garçon de ferme : Dans notre famille, nous avons toujours eu beaucoup de mal à nous parler. Parfois, elle me disait qu'elle n'avait pas son permis de conduire.

L'experte en tôle : C'est pourquoi elle avait instauré ce système de documents à converser. Hélas, elle n'a jamais pu le mettre en pratique. Même tarif pour cette lettre qu'elle n'a jamais pu envoyer. (Elle tend à l'ancien garçon de ferme la page du vieux journal.) C'est le préavis de décès de votre mère. Je comprends que vous ayez pu ne pas pouvoir le lire. Ca ne vous arrangeait pas.

L'ancien garçon de ferme : Elle voulait toujours tout conduire alors qu'elle n'y voyait plus rien. Maman est presque morte. Maman est presque au ciel. Donnez-moi de ses nouvelles...

(L'experte en tôle retire l'autre cube sous la voiture, et vient s'asseoir dessus, près de l'ancien garçon de ferme.
Elle décachette la lettre et commence la lecture...
Noir.
Rideau.


Photo Philippe Covès

Ci-dessus, la voiture qui a inspiré "Calandre".
Amusant : lors de la lecture publique de cette pièce au "gueuloir" du Théâtre de Poche de Toulouse, un auditeur attentif, à l'écoute de certaines scènes de description, a "reconnu" le modèle : une Peugeot 203 !
L'art au service de la technique ou la technique au service de l'art ?

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN
"POSTIER DE NUIT"
de Joël Fauré

Un homme, "Le redevenu vert", s'est retiré à la campagne, après une carrière, brutalement interrompue dans une station de radio.
L'une de ses anciennes auditrices, "La fille caramel", le retrouve et veut le convaincre de reprendre du service.
L'entreprise s'avère difficile...
Pourquoi l'un et l'autre campent-ils sur leurs positions et insistent-ils autant pour se faire mutuellement changer d'avis ?
Entre un dialogue de sourds et un amusant échange d'images, la vérité éclatera, pathétique et inattendue.

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commentaires

Joël Fauré 05/05/2008 09:54

Sourires.
"Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse..."

AURORA 05/05/2008 01:00

Joël,

J'ai beaucoup aimé cette "Calandre".
Au point, puisque c'était le nom de l'un de mes anciens parfums d'il y a 20 ans, d'avoir voulu hier samedi m'en retrouver un flacon...
Et bien, voyez-vous, il ne se fait plus!

Comme un signe, non?

Amitiés.

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