6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 14:53

La femme : Comment pouvez-vous dire ça ? Vous pensez ce que vous dites ?

L'homme : Les paroles s'envolent ; les écrits restent. Je vous invite à assister à l'envol d'une parole. (De la tête, il suit une trajectoire ascendante.) Regardez : ce sont des phrases en l'air...

La femme : Qu'est-ce que vous avez dit ?

L'homme : Qui êtes-vous ?

La femme : La fille caramel.

L'homme : Ah ! C'est vous ! Je ne vous attendais pas sitôt, comme on dit au théâtre... Vous venez voir la bête ? Je suis conforme à l'idée que vous vous étiez faite ? Non, sans doute. C'est toujours comme ça. Je vous avais prévenue. L'oeuvre de l'homme est plus grande que l'homme. Il ne faut pas voir les carcasses. Ca déçoit. Je n'aurais dû rester qu'une voix. Mais bon, puisque vous avez insisté...
(Un temps.)
Vous ne savez pas combien c'est important pour moi de vous recevoir ici, à la campagne...
(Un temps.)
Jamais je n'aurais pu prendre un air aussi détaché des choses si j'étais resté à la ville. Ce que je vais forcément être amené à vous confier vient de la ville. Maintenant que j'ai pu m'en extirper, je peux vous parler sans crainte. Je ne m'en suis pas extrait tout-à-fait vierge, mais pas assez endommagé pour m'empêcher de me taire... La ville n'aime pas qu'on parle d'elle chez elle... Je suis revenu ici, d'où je viens... De la maison-mère... C'est ici, que, de ma fenêtre, je vois le château d'eau et le clocher en dentelle, la pluie sur les champs labourés ; tout ce qui reste de sensations intactes... Mon âme, qu'emplissent et bercent ces doux reflets se libère un instant. Je convoque mon enfance pour en retrouver les parfums... Les jonquilles percent le sol près du vieux poulailler ; les mimosas embaument ; pourquoi le jaune est-il la couleur des crocus ? Il ne manque pas un bouton d'or sur la jaquette des petits Alpages. Bientôt, le coucou rechantera. Le lopin de terre, que je tiens de mes parents, est à tout bout de champ caressé de fleurs sauvages. La lisière de la forêt est plus belle que la forêt. Et la route qui la longe est, les soirs de pluie, empruntée par des salamandres qui s'en reviennent de chez le teinturier. Les giboulées de mars lavent le ciel et la terre. Et le ciel est tout mouillé. On entend tendre les joues et les lèvres des feuilles tendres vers les averses...

La femme (La fille caramel) : C'est beau, c'est clair. Mais ne cherchez pas à me séduire encore. C'est déjà fait. Et ne vous esquivez pas. Pourquoi avez-vous quitté la radio ? La station ne passe plus que des rediffusions.

L'homme (Le redevenu vert) : La station debout est devenue pénible.

La fille caramel : Oui, bien sûr. Encore une pirouette ! La dérision, toujours et encore... C'est bien plus compliqué que ça, c'est ça ?

(A suivre.)

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Carnet noir

Lucien Jeunesse :
Une voix légendaire de la radio s'éteint.

Avec la disparition de Lucien Jeunesse, qui a animé, pendant 30 ans "Le jeu des 1 000 francs" (devenu "Le jeu des 1 000 euros") sur France Inter, c'est un peu la fin d'une époque, celle où, grâce à des Tchernia, Artur (José), Cappelovici (toujours parmi nous), la courtoisie et le bon français avaient droit de cité, qu'elle soit de Carcassonne ou d'Aigues-Mortes.
"A demain, si vous le voulez bien."

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commentaires

AURORA 09/05/2008 01:06

Sourire...
Je l'aimais beaucoup, Branduardi. En italien à l'époque où je l'écoutais. Vous comprendrez mieux si vous passez chez moi dans les jours qui viennent...

Joel Fauré 07/05/2008 16:05

"Il y avait la pluie / Sur le toit de l'auto / Quand une pluie est gentille, c'est beau."
Oui, Trenet était inspiré...
Il me paraît bien oublié, aujourd'hui...
PS : Sans transition, un subit souvenir m'a donné envie de retrouver sur Internet Angelo Branduardi. Ce que j'ai ré(entendu)hier soir m'a rempli de fraîcheur et de bonheur. (A la foire de l'Est, Va où le vent te mène, La demoiselle...)

AURORA 07/05/2008 02:16

Une fille caramel déjà séduite, un clocher en dentelle, la pluie...
Mais c'est presque du Trenet cette fois-ci!

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