5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 12:02

"Personne à prévenir :
personne."

La maison grise et verte, la maison où j'ai grandi, mal mais où j'ai grandi, se retrouve pour la première fois toute vide. Du jamais vu. Du jamais imaginé. Mon père à l'hôpital, ma mère à la clinique. Et votre serviteur orphelin. Je n'y étais en rien préparé. Et là, j'ai réellement pris conscience que j'étais seul, comme largué d'un avion, sans parachute.

Et cet été qui n'en finit pas d'être brûlant ! Une grosse mélancolie s'installa : des angoisses à découper à la tronçonneuse. Seul terriblement seul et incompris. Mes parents pour moi et moi pour eux nous faisons de la bile, hors du repère de la maison grise et verte : que dire du courrier s'y accumulant, de la paralysie obsessionnelle à le décacheter ? Que penser de la vigne vierge et de la glycine envahissant les marches et le perron ? Que faire de tous ces symboles qui surenchérissaient ma détresse ? Et que répondre aux miens restants, qui me prennent pour un fainéant, un bon à rien ? Je pense beaucoup à ma mère qui me dit : "Tu n'as pas froid ?", qui change mes draps et repasse et plie mes chemises. J'en suis resté là. Qui devait me dire qu'il ne fallait pas ? Qu'il fallait aller plus loin, pas seul si possible ?
J'ai mon appartement misérable en ville, mais j'ai coutume de revenir souvent "à la maison". Ca me rassure malgré tout. Mais là, maintenant, que faire ?
Un seul refuge : la clinique verte et blanche, là où habituellement, au bureau des admissions, je fais toujours le fanfaron pour dissimuler ma peur. A la question : "Personne à prévenir ?", j'ai toujours répondu : "mes parents".
Contraint, contrit, et ravagé par l'angoisse, j'entame là mon énième séjour en clinique.
J'ai banalisé ces hospitalisations ; elles ne produisent plus le même effet. Elles deviennent même, intrinsèquement angoissantes. J'accepte de me fragiliser davantage. La clinique verte et blanche, j'en connais toutes les encoignures. Je connais trop et trop mal le directeur, le jardinier, les femmes de service, les infirmières et les psys qui me connaissent trop et trop mal. Et pourtant, que faire ? Que feriez-vous à ma place ? J'aimerais bien vous y voir, à ma place... A la clinique verte et blanche, où tant de souvenirs me parlent, où mon dossier s'épaissit, je ne retrouve plus les cadres qui me maintenaient.
Où aller pour me sentir bien ?
Seul, terriblement seul. Et incompris. Et encore plus seul.
Pour la première fois, au bureau des admissions, trois mots-poignards me transpercent les organes vitaux : "Domicile ?", "Toujours célibataire ?", "Personne à prévenir ?" En rappel à l'histoire et aux mots qui fâchent.

A la question "personne à prévenir", dois-je répondre : "Personne" ?

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commentaires

AURORA 08/06/2008 02:01

Souffrance à lire ce texte.
Rien ne nous prépare jamais, Joël, au départ de ceux-là...

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