15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 12:41

"Il y a tellement de risques de dire n'importe quoi."

Au soir le soir, j'ai des appétits de scène, et vibre parfois devant une bonne pièce. Du bout des lèvres, je rencontre des gens de théâtre de tous les gabarits. Je garde les mêmes pudeurs à leur parler, une fois le rideau baissé, les poursuites et les rasantes éteintes ; une fois que les filles et les garçons ne se prénomment plus, soudain -pas parce qu'il n'y a plus de lumière, mais parce que la brochure a été toute mise en bouche- Agnès ou Estragon, ne portent plus de robes à cerceaux et des fraises, mais des jeans et des écrase-étron semelle élastomère compensé. Je suis de ceux qui pensent qu'il ne faut pas voir les artistes tout de suite au sortir de la rampe. Il y a tellement de risques de dire n'importe quoi. Que l'on ait adoré, détesté, tremblé, pleuré, eu la chair de poule ; que l'on se soit assoupi, que l'on ait dormi ; difficile, très difficile d'émettre un avis "à chaud".

2000. "Orbe, le personnage tout rouge", une curiosité inclassable est en cours de répétition. Inclassable ? Atypique plutôt. Il y a trop d'inclassables classés à la rubrique des inclassables.
"Orbe, le personnage tout rouge" est en cours de répétition.
Avant de mettre la curiosité en chantier, à la table où étaient réunis les futurs interprètes, on me demande : "Quel est l'alibi de ton texte ?". Je ne sais pas. Je bredouille quelque chose qui n'est pas une réponse.
En revanche, j'ai de la chance : la distribution des rôles et des emplois est faite. Actrices et acteurs sont choisis par la magie de la rencontre. Ce sont des bons. J'assisterai à tout, aux prémices, à toutes les lectures, les "italiennes", les "allemandes", les "couturières", la "générale", le travail à la table, brochure en mains, texte mémorisé ; puis la recherche et le jaillissement des idées, le jeu des acteurs...
Je me tais. Je laisse faire le metteur en scène. Il a sa lecture. La mise en scène, c'est l'art d'accomoder les gestes.
Je suis là, à regarder, écouter les acteurs... Que doivent-ils penser ?
Et moi, qu'est-ce que j'attends d'eux ? Qu'ils me disent : "On prend du plaisir, ton écriture est belle." ? Ils me le disent.
Qu'attendent-ils de moi en retour ? Une pièce sur les TOC, un homme qui se croit coupable de tout, ce n'est pas rien. Comment ça se traduit, un TOC ? C'est quoi, un TOC ? Attendent-ils le moment où quelque chose va se passer ? Or, il ne se passe rien, si ce n'est que, tétanisé à l'idée de penser qu'on puisse penser que quelque chose va se passer, par cette peur d'attente et d'inconfort, je renvoie l'image négative d'un homme fermé, coincé, verrouillé, tendu, tremblant, rouge, nerveux.

La pièce au titre retenu "Orbe" a été créée et jouée au théâtre de poche de Toulouse en 2000.  Elle a été reprise l'année suivante, dans le même théâtre.
Puisque vous voulez tout savoir, je ne suis pas éreinté par la critique. On m'a rapporté que des gens avaient aimé. On m'a dit de belles choses. On a dû me cacher les mauvaises. Il faut épargner les artistes "toqués".

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commentaires

Joel Fauré 16/06/2008 10:09

Que quelqu'un(e) d'important passe par ici et vous lise, chère Aurora...
Moi, je suis dynamité de doutes... et très mauvais vendeur de mes petits travaux de couture...

AURORA 16/06/2008 00:43

Je crois que l'on ne vous a rien caché, ni épargné.
Vous êtes homme de théâtre et j'espère que vous allez tout mettre en oeuvre pour faire jouer l'ensemble de ce que nous avons été privilégié/es de lire sur ce "journal extime"...

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