5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 19:42

Où il est question d'Alexandre Soljenitsyne là où vraiment on le l'attendait pas...


Peppone et Don Camillo.
C'était il y a juste 5 ans, en 2003.  Je me décidai enfin à porter à la connaissance de mon oncle abbé mes fameux "carnets" dont a lu ici même la quintessence...
Je ne risquai plus grand chose... Seul le passage très tourmenté de mes obsessions dans une église (se sentir "obligé" de faire une fellation au Christ et me faire sodomiser par lui !) m'avait un peu posé scrupule, mais une conversation à voix nue avec le frère de ma mère avait "déblayé" l'écueil.
En retour, je reçus ceci :


Saint-Rome, le 14 avril 2003

Mon cher Joël,

J'ai tout lu d'un trait. Commencé samedi, fini lundi à midi.
Il y a du travail et ça n'a pas été écrit en quelques jours.
L'impression qui s'est imposée à moi a été de retrouver le souvenir de quelque poëme appris il y a 64 ans en seconde à Saint-Pierre :
Alfred de Vigny, très tourmenté, avait écrit dans Moïse :
"Je suis grand, Seigneur, mes pieds sont sur les nations
Ma main fait et défait les générations
Vous m'avez fait puissant et
solitaire
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre.
"
(C'est Moïse qui parle.)

Et dans "La mort du loup" :
"Sachant bien qu'à deux pas ne dormant qu'à demi
Repose dans ses murs l'homme son ennemi
Il s'est jugé perdu puisqu'il était surpris
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris."
"Gémir, pleurer, prier est également lâche
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler."

Ce que je pense de ces "carnets" : ils ne sont pas sans intérêt. Qui pourra s'y intéresser ? Quelqu'un qui souffrirait des mêmes tocs ou tics ou quelqu'un qui se sentirait interrogé par ces phénomènes. Il faut qu'il soit un peu lettré tellement il y a d'allusions ou de citations de la mythologie universelle et de la littérature lue au hasard des rencontres avec des auteurs si différents que ça en est une surprise. A vrai dire, cette surcharge, ce souci de citer tous les détails ne me paraît pas la meilleure façon de retenir le lecteur qui aime que quelques mots, quelques phrases lui suggèrent tout ce que lui-même peut recréer sur le sujet, tant il est vrai qu'on s'écoute toujours soi-même et que les autres sont presque toujours l'occasion de se retrouver soi-même.
Il m'est apparu que la pièce que tu m'avais envoyée était d'une écriture presque parfaite parce que très dépouillée, très directe, et je serais content qu'elle soit jouée.
Dans ce genre d'écriture, c'est Soljenitsyne qui reste mon Maître préféré. Dans un petit livre comme "Une journée d'Ivan Denissovitch", tout est dit d'un ton neutre sans emphase ni dérision sur la vie en camp de concentration, et au travers de l'écriture si plate, si dépouillée, on devine l'auteur riche d'une incroyable expérience et d'une foi en Dieu qu'il ne nomme jamais. J'ai lu aussi "Le Premier Cercle", "Le Pavillon des Cancéreux", "L'archipel du goulag", toujours avec la même passion et "Août 14" : l'homme dans la guerre.
Pour l'intérêt suscité par la lecture des "Carnets", j'ai été surtout intéressé à partir de la page 75. Il y a sans doute quelques phrases qui veulent s'imposer comme "me l'eût-on fait comprendre autrement, je l'eusse mieux accepté". A mon avis c'est répété trop souvent pour trop de motifs. Mais dans l'ensemble les réflexions sont judicieuses et et les questions multipliées...
A vouloir toujours s'interroger sur tout, on se réduit à l'inaction, car le questionnement sur l'homme et sur tout son environnement est indéfini et infini.
Voilà quelques détails donnés à plume volante et sans prétention.
Je crois qu'il te faut continuer à écrire, c'est ta planche de salut.
Peut-être les pièces de théâtre sont plus à ta portée qu'un essai littéraire qui demande d'être percutant pour être entendu, et aujourd'hui où tout le monde écrit, c'est difficile de se faire publier, et encore plus de se faire remarquer et devenir connu.
Bien à toi. Courage.

R.T.

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commentaires

AURORA 06/08/2008 03:00

Joli courrier, une lettre qui ne faisait pas dans la condescendance et quel plaisir de lire à notre tour ce fin abbé lettré!

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