11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 19:19

Le passant (L'horloger) : C'est étrange. J'aurais pourtant juré que vous cheminiez ensemble : vos chaussures sont pareillement usées.

Mademoiselle : Usées ? Vous ne pensez pas si bien dire. J'ai à la maison une paire de bottes qui ne marchent plus du tout. J'ai trop marché avec elles. J'aimais les porter, hautes, longues ; leur cuir se frottait à moi comme une autre peau. La vivante. Celle que j'aurais dû connaître. La botte ! On m'a dit que des hommes ont cru que je la leur proposais : je ne les ai jamais vus...

L'horloger (A l'illusionniste.) : Cette femme est folle ?

L'illusionniste : Non. Elle est seule.

L'horloger : Est-ce là une de vos différences ?

L'illusionniste : Monsieur, il va falloir avoir du courage : vous allez devoir affronter les deux nôtres réunies. Vous en apportez une troisième.

L'horloger : Je ne vous comprends pas très bien...

Mademoiselle : Là, l'agence...

L'horloger : Quoi, l'agence ?

Mademoiselle : Vous lui avez donné une fonction qui n'est pas la sienne.

L'illusionniste : C'est bien là où nos avis divergent : Mademoiselle prétend qu'on y vient en quête d'une âme soeur ; vous, vous affirmez qu'on y brasse de l'argent, et moi, je soutiens que cette agence est pour l'emploi.

L'horloger : Que de surréalisme en une seule phrase ! Qui êtes-vous donc, monsieur ?

L'illusionniste : Je suis le grand Manolo, l'illusionniste.

L'horloger : Votre visage ne m'était pas étranger. Les affiches arrachées, c'est vous ?

L'illusionniste : Sous le menton. C'est là qu'il y avait mon nom.

L'horloger : Eh bien, apprenez, monsieur de désillusionniste, que derrière ce rideau s'abritent, malgré un banquier fort infect, les meilleurs taux de prêt de cette ville.

L'illusionniste : Prenez garde au rideaux, prenez garde ! Les rideaux sont aux fenêtres ce que les draps sont aux lits : des écrans fantasmagoriques pour ceux qui s'ennuient. Et ceci s'applique aussi pour vous, mademoiselle.

Mademoiselle : Vous avez terminé votre attraction ? Hélas, je suis désolée, pas de public pour vous applaudir. Rangez vos accessoires et allez poser vos lapins ailleurs. Je ne peux souffrir plus longtemps les méprises de l'un comme de l'autre. Ce rideau va s'ouvrir et vous serez tous deux édifiés.

L'horloger : Je ne vous suis pas du tout, et je vous vois venir avec vos grandes bottes, mademoiselle la fétichiste. Cette agence se ferme à nous, c'est un fait ; elle ouvrira, sans aucun doute, et j'en franchirai le seuil, coûte que coûte. Et je démontrerai mes dires. L'argent est le nerf de la guerre ? Eh bien nous ferons la guerre des nerfs s'il le faut. Vous n'allez pas obliger un vieux singe à changer de grimace quand il sait qu'il va être payé en monnaie du même nom.

(A suivre.)

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Brèves:

BREL : "LE CONCILE DE TRENTE"

Une visite éclair dans la grande librairie là, et c'est confirmé : Brel, toutes mâchoires absentes, va faire parler de lui. 30 ans de tombeau au 9 octobre, ça se commémore. Vu le premier bandeau rouge "trentième anniversaire de sa mort".
Robert Laffont réimprime "le Todd" et l'Oeuvre intégrale. Des valeurs sûres.
Tout le reste est à venir.
J'ai lu imprimé qu'"un cahier à petits carreaux sur lequel Jacques Brel a noté les différentes ébauches de la chanson "Amsterdam" jusqu'à la version définitive" serait mis aux  enchères. Estimation : entre 50 000 et 70 000 euros.

J.F.

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commentaires

AURORA 12/09/2008 00:28

Une merveille: c'est vous qui êtes l'illusionniste des mots "en jeux" et les faites sortir de votre chapeau!

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