16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 20:24

L'horloger : On attend toujours trop longtemps, mais il ne sera pas dit que cette arête (Il désigne le mur le l'agence) puisqu'arête il y a, me reste en travers de la gorge. Je suis venu ici dans la ferme intention d'obtenir de l'argent, je ne repartirai pas avec du strass et de la pacotille d'un artiste déchu, même si nous semblons nous trouver sur le boulevard du crépuscule, et encore moins avec les affres et les tourments d'une névrosée en attente d'un chevalier servant qui lui tiendra la dragée haute. Avec nos mots réunis, nous sommes presque parvenus à métamorphoser cette agence en officine de pharmacie. Mais, dites-moi, qui souffre le plus de notre trio ? Quelle est l'urgence, la priorité, le passe-droit, la blessure la plus profonde ? A trop jouer des coudes, nous allons épuiser toute l'huile du même nom qui les fait fonctionner. Et nous resterons bloqués ! Ah ! Oui, vraiment, nous voici dans une fameuse galère comme le disait hier Molière et comme le claironnent sans le comprendre les jeunes d'aujourd'hui.

L'illusionniste : Vous semblez prendre ceci de bien haut. Vous avez disserté tout-à-l'heure sur l'usure identique de nos chaussures. Toute réflexion faite, les vôtres ont également perdu autant d'épaisseur, si ce n'est plus.
(L'horloger regarde ses chaussures.)
Nous avons marché sans nous asseoir sur les mêmes routes déviées qui nous ont conduit jusqu'ici, voilà la vérité.

L'horloger : Mais non ! C'est parce que nous foulons le même espace depuis pas mal de temps déjà. Mais il est est vrai que la station debout devient pénible. Serait-il impossible de vivre debout ? Que nous proposez-vous ?

L'illusionniste : Et si nous nous taisions un peu ? Si nous laissions respirer le silence afin de réfléchir, chacun de notre côté ? Qu'en pensez-vous ?

Mademoiselle : Eh bien, tentons l'expérience !

(L'horloger s'éloigne, allume une cigarette et fait les cent pas, l'air absorbé.

L'illusionniste s'approche de la palissade et regarde ses affiches, méditatif.

Mademoiselle reste debout quelques instants, s'assoit sur le banc public, ouvre son pilulier et s'administre un tranquillisant.

Au bout de quelques instants, l'horloger et l'illusionniste viennent s'asseoir à côté d'elle.

La lumière baisse.

On entend les premières mesures d'une chanson qui sera interprétée dans on intégralité.
C'est "Vivre debout" de Jacques Brel
Après la chanson, tous trois se relèvent comme un seul homme.)

(A suivre.)

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commentaires

AURORA 17/09/2008 01:47

Strass de star en petits comprimés blancs sortis du pilulier...
J'aime beaucoup cette "Mademoiselle": vous avez un don tout particulier pour dessiner les personnages féminins!

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Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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