18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 19:09

L'illusionniste : Elle ouvrira quand nous nous y attendrons le moins. Vous l'avez dit vous-même tout-à-l'heure : "Vous verrez, elle ouvrira contre toute attente". Ce bec-de-cane qui nous fait tant cancaner nous le clouera à tous. Nous tirerons la chevillette et la bobinette cherra. Et nous aviserons alors sur les rôles à tenir.
(S'adressant en mademoiselle :)
Je vous verrais bien... en petit chaperon rouge !

Mademoiselle : C'est ça ! Il va sans dire que vous seriez le grand méchant loup. Quant à monsieur, (Elle désigne l'horloger) s'il veut bien être de la distribution, il aura l'élégance d'endosser le paletot du bûcheron qui, alerté par mes hauts cris, viendra me sauver au dernier moment ?

L'horloger : Voici que vous nous faites de ce lieu une agence artistique ! Ah ! Nous allons en faire rire certains...

L'illusionniste : Laissez-les rire, ou sourire : ne dit-on pas que l'humour est la politesse du désespoir ? Comme on prétend d'ailleurs que l'exactitude est celle des rois. S'ils tutoyaient l'exactitude comme je me permets parfois de tutoyer l'humour, nous n'en serions pas là à palabrer. Mais les rois qui trônent à l'intérieur me paraissent bien peu soucieux des convenances. Vous qui êtes orfèvre en la matière, (Il s'adresse à l'horloger) pourquoi ne leur avez-vous pas offert une pendule à la bonne heure ? S'ils avaient été vos clients, vous ne seriez pas le leur, aujourd'hui. Ou le prétendu leur.

L'horloger : L'heure n'est pas au rayon des regrets. L'urgence est ailleurs. Et puis, ici dedans, aux cadrans on préfère les claviers. Les chiffres peints sur ces derniers sont caressés par un index complaisant alors que les cadrans se contentent seulement du même doigt tout nu, frileusement pointé vers eux. Les doigts s'appesantissent plus sur les touches coussinées des calculettes que sur les remontoirs crénelés des montres classiques.

Mademoiselle : A vos jeux de mains, j'aimerais apporter la mienne : sans vouloir mettre vos index à l'index, il me semble plutôt que c'est à l'annulaire que vont les faveurs de cette agence.

L'illusionniste : Ou encore à la main-d'oeuvre tout entière.

Mademoiselle : Vous, monsieur le loup, il faudra ôter celui qui vous voile la face. Je ne crois pas que vous soyez assez méchant pour m'empêcher d'avoir raison. Cette agence est matrimoniale : on y vient chercher de l'amour. (Elle se blottit contre la porte de l'agence, en y plaquant les mains.)

L'illusionniste : On y vient chercher du travail. (Il se place à l'oblique de mademoiselle.)

L'horloger : On y vient chercher de l'argent. (Il se place à l'oblique de mademoiselle.)

(Les trois personnages forment ainsi un "triangle" conflictuel.

Quelques instants silencieux, lourds, intenses s'écoulent... et l'enseigne de l'agence s'allume.
Tous dirigent leurs regards vers la lumière.)

(A suivre)

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