28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 19:32

L'illusionniste : Maintenant, maintenant, vous avez fait pour moi qui vous aime tout autant ce que personne n'a jamais pu faire jusqu'ici : me comprendre et m'accepter pour ce que je suis, et non pour le bouffon que je véhicule depuis tant d'années. Et surtout me le faire savoir après m'avoir ôté le masque. Je ne suis qu'un pauvre type. Voilà l'expression que vous souhaitiez m'entendre dire ? Eh bien, voilà qui est fait. Je n'ai pas dans mon ramage que des répliques toutes faites, des bouts de phrases empruntés ici et là, des proverbes et des adages déformés, des locutions ampoulées  destinées à éblouir. Je peux aussi dire : "Je ne suis qu'un pauvre type". Comme je peux aussi dire : "Je vous aime". Les mots sont à tout le monde ; la valeur de ce qu'ils représentent non. Avant, je n'avais pas le droit de dire : "Je vous aime" : je n'aurai pas été crédible. Je ne pouvais que réciter méthodiquement l'équivoque vocabulaire de l'amour...

Mademoiselle : Bravo ! L'école de tolérance et d'humilité vous couronne de ses premiers lauriers ! Vous êtes redevenu le grand Manolo des grands soirs. Seuls les talents modestes sont grands. Deux parapluies valent plus que dix-huit naïades !

L'illusionniste : Quand ils sont utilisés à bon escient ! Je viens de me rendre compte que nous faisions une très mauvaise utilisation de notre partenaire officiel, le parapluie. Votre frimousse est toute mouillée... Ah ! Sauf ici, un endroit charmant au demeurant, entre la commissure de vos lèvres et le bas des ailes de votre nez : une terre de personne, inexplorée, un no man's land : il y a juste la place d'y poser un baiser...

(Il joint le geste à la parole.
Quelques minutes s'écoulent et on voit l'ex-horloger retourner sur scène.
Constatant qu'on ne l'a pas entendu arriver, il se racle un peu la gorge.
Aucune réaction ne s'ensuit.
Il feint de toussoter...)

L'ex-horloger : La nuit est fraîche, vous ne trouvez pas ?

(L'illusionniste et mademoiselle remontent bruquement le parapluie au dessus de leurs têtes.)

L'illusionniste : Oui, mais elle est à la fois si douce, et si parfumée que nous avons voulu comme vous nous rapprocher des baleines pour les voir nager sur le dos et leur caresser un peu le ventre. Alors, et vous, vous en avez vu beaucoup ?

L'ex-horloger : Je n'en ai vu aucune mais j'en ai promis beaucoup. J'ai donc fourni des parapluies à la moitié des âmes de cette ville, sans compter celles des villes voisines qui s'étaient aventurées ici et qui avaient peur des coups d'épee de Damoclès dans l'eau. Résulat : un carnet de commandes qui déborde et un stylo-bille à sec !

L'illusionniste : Félicitations ! Vous avez déjà acquis la notion du taux de remplissage et des vases communicants. Durant votre absence, nous aussi, nous avons oeuvré pour aplanir les différences d'hier. Il faut dire qu'elle s'est ouverte toute grande...

L'ex-horloger : Qui "elle" ? L'agence ?

L'illusionniste : Non, mademoiselle... Qu'elle a eu assez de tact pour me tendre un miroir dans lequel je me suis vu sans fard. Et comme elle avait enlevé ses bottes, j'ai enlevé mes gants. L'atmosphère, la nuit, la pluie se sont conjuguées pour nous aider. Et puis un invité de marque est venu s'abriter avec nous. Comment s'appelle-t-il déjà ? Ah oui !... L'amour... Avec des dauphins : la tendresse, la compréhension... J'en avais beaucoup manqué et j'ai dû être blessant sans leur appui, même avec vous, monsieur. Mais vous êtes bon et perméable au pardon : vous saurez ne pas m'en vouloir pour ces erreurs de jeunesse. Vous vous souviendrez que nous avons été de vieux compagnons de lutte et de gloire. Vous saurez ne pas rester de marbre comme cette plaque (Il désigne la plaque de l'agence) qui nous a plaqués, et nous a empêchés, un instant, de vivre debout. Vou saurez, le cas échéant, affronter les meurtrissures qu'elle nous a exposées. Vous saurez ne pas faire comme elle...

L'ex-horloger : Qui "elle" ? Mademoiselle ?

L'illusionniste : Non, l'agence. Mademoiselle est guérie. Nous allons nous en assurer : quel est pour vous, mademoiselle, le plus joli mot de la langue française ?

Mademoiselle : Si.

(A suivre.)

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