29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 19:34

L'illusionniste : Vous voyez, elle est guérie. Monsieur le marchand de parapluies, cher partenaire, cher public, cher ami, en vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés, j'ai l'immense privilège et la grande joie sans mélange de vous annoncer que sommes tous les trois guéris. Et libres ! Libres de quitter nos placards respectifs pour afficher le nôtre, joli placard que nous pourrons coller sur les arêtes mêmes de ces murs (Il désigne le mur de l'agence) pour les draper de certitude. Nous pouvons signer notre contrat moral et publier les bans de baleines et de dauphins. Alllez ! De l'initiative ! Je propose que nos placards-affiches soient ainsi conçus : (Avec sa main tendue, il "dessine" furtivement les lettres qui composeront l'affiche.) Tout en haut, votre nom de mécène, en lettres bleu ciel ombrées de gris perle... Juste en dessous : "Présente" superbe et déterminé... Tout en bas, un petit parapluie joliment stylisé avec la marque écrite à côté en cursive de la couleur que vous voudrez...

L'ex-horloger : Et au juste milieu ?

L'illusionniste : Et au juste milieu... Au juste milieu... Une photo... Une photo... Chaleureuse sous le papier glacé. Nous sourions au photographe. Mademoiselle surtout, malgré la pluie qui tombe. Heureusement, il y a le parapluie ! Et puis, il y a notre nom en lettres d'eau et de feu. Mais pas sous le menton, cette fois, non... Entre la commissure de nos lèvres et le bas des ailes de nos nez, une terre commune à cultiver où il y a juste assez de place pour écrire : "Manolo et partenaire." Petits bonheurs de caractères qui nous pendent au nez et qui nous mettent l'eau à la bouche... Une affiche juste assez mièvre pour ne pas paraître trop prétentieuse, et juste assez efficace pour être sincère. Qu'en pensez-vous ?

Mademoiselle : Je ne pense rien... Il fait si bon... La pluie... La nuit... Et le jour qui se lève... Et il est "neuve" heure...

L'illusionniste : Déjà ! Allons, monsieur l'avant-courrier (Il s'adresse à l'ex-horloger) en route ! Passez devant nous pour annoncer la bonne nouvelle...Vous vous rendez compte : il est déjà "neuve" heure...

(L'ex-horloger se dirige vers la coulisse.
Mademoiselle et l'illusionniste lui emboîtent le pas.
C'est à ce moment-là qu'on voit le rideau de l'agence se lever et celui de scène... se baisser.)

FIN

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commentaires

Joel Fauré 08/10/2008 14:15

Soulagé de vous lire, Aurora. Merci. Je me sentais coupable d'avoir fait malencontreusement tomber un couperet sur votre blog. Ouf !
Pour ce qui est d'Alzheimer, tant que vous pourrez dire "Alzheimer me guette", Alzheimer ne sera pas là....

AURORA 08/10/2008 03:11

"L'agence" est, à ce jour, votre texte le plus optimiste, celui qui fait du bien à le lire jusqu'à sa dernière ligne.
Bravo!

Et bon anniversaire avec quelque retard mais j'avoue que, sans Alba, je ne m'en serais pas souvenue!
Alzheimer me guette...

Joël Fauré 07/10/2008 22:56

Ne soyez pas désolée... C'est la vie, avec ses passerelles... Et puis, tout devient supportable quand il reste l'amour, au delà de la mort... Et même si ces propos sont convenus...

Alba 07/10/2008 22:35

Désolée de vous renvoyer à des choses douloureuses, ce n'était vraiment pas mon intention d'autant que je n'ai pas lu le livre de Simenon ! je l'ai justement noté sur mes tablettes. La surprise vous fera plutôt plaisir je pense.

Joël Fauré 07/10/2008 21:37

Non ! Ne me dites pas que... J'ai pleuré comme un enfant à la lecture des premières lignes de "Lettre à mon juge"... Le témoignage de la maman est tellement émouvant :
"[le Président :] - Est-ce que votre fils, dans son enfance, n'a pas eu une méningite ?
Comme s'il était besoin de la faire venir de Vendée pour ça ! Et, au ton de la question, on aurait pu croire que c'était le fond du procès, la clef de l'énigme. (...)
- Oui, monsieur le juge. Il a été bien malade et j'ai cru le perdre.
- Ayez l'obligeance de vous adresser à messieurs les jurés. Je pense qu'ils ne vous ont pas entendue.
Et ma mère de répéter, docile, de la même voix :
- Oui, monsieur le juge. Il a été bien malade et j'ai cru le perdre.
- N'avez-vous pas remarqué qu'à la suite de cette maladie le caractère de votre fils avait changé ?"

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