30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 14:02

L'homme : J'ai une idée. Je vais être mièvre et larmoyant. C'est facile. Vous diriez volontiers.

La femme : Volontiers : volontiers.

L'homme : L'hôpital est tout blanc dedans, tout vert dehors. Tout blanc dans la chambre, le lit, les infirmières, le papier blanc. Tout vert dehors : les feuilles, l'herbe, les bancs... (Il agite compulsivement sa tête en arrière.) Mais j'y pense : nous avons pris nos aises ici. Nous devons en gêner plus d'un. Cette rue, déjà petite en soi, est un véritable coupe-jarret.

La femme : Nous sommes maintenant devenus incontournables.

L'homme : N'importe : nous fautons : ça doit grouiller autour de nous.

La femme : J'en vois qui aimeraient bien s'arrêter aussi. J'en vois d'autres qui nous envient. Il y en a qui meurent d'envie de nous parler.

L'homme : Dès que l'on devient attractif, c'est fou la foule de gens qui se rappellent à votre bon souvenir. Soudain, tout le monde se souvient de vous.

La femme : Où alliez-vous ?

L'homme : A la diligence de...

La femme (Désignant le fardeau.) : C'est pas trop lourd ?

L'homme : Pensez-vous que si je pose le sac, on ne va pas me le reprocher ? Le poser ou le vider, ça laisse des traces...

La femme : Il faut se protéger du doute. Allez... (Traînante, presque langoureuse :) Allez... Débarrassez-vous !

(L'homme pose le sac à terre, puis le gros récepteur-radio ; plie son parapluie, met les clefs dans sa poche. Du sac tombé à plat dépasse une chemise chiffonnée.

Il reste debout, les bras ballants.)

L'homme : Je fais laver mon linge dans l'une des familles incomplètes du jeu des sept familles. C'est ce qui explique que je sente mauvais.

La femme : Dites-moi, il y a longtemps que vous ne m'attendiez pas ?

L'homme : On n'a jamais dû me dire que vous viendriez. C'est difficile à comprendre tout ça. Mes jours fourmillent de tant de détails, occultant les choses essentielles.

La femme : La chemise !

(L'homme regarde la chemise qui est à terre et la fourre maladroitement dans le sac.)

Non, la vôtre.

(Il se ravise, rajuste sa chemise dans son pantalon.)

L'homme : Ah oui ! J'oublie toujours. Ce n'est pas dans mes intérêts mais c'est dans ma nature.

La femme : Vous le faites exprès ?

L'homme : Si je vous dis non, est-ce que vous me croirez ?

La femme : Peut-être.

(A suivre.)

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commentaires

AURORA 01/12/2008 04:19

Vous aussi êtes devenu un "incontournable" de mes nuits-sur-blog...

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