5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 14:02

2e ACTE


Le hall d'un hôpital vert et blanc.
Tout vert dehors, tout blanc dedans.

Nous retrouvons là la femme et l'homme du premier acte. Assis. Devant eux, un jeu de société s'étale sur une table basse. Un dictionnaire aussi.

Eléments du décor : un bureau des admissions, un tableautin au sujet imprécis ; une large baie laisse pénétrer la lumière du jour.
A l'aide de pions, l'homme compose un mot qu'il dépose ensuite sur un plateau quadrillé et multicolore.

L'homme : Corbeau.


La femme : L'oiseau ?


L'homme : Non, la pièce en saillie qui supporte les poutres. Depuis peu, je me passionne pour l'architecture. Je découvre la matière.

La femme : C'est conséquent ?

L'homme : Très.
(Un temps.)
Vous permettez que je vous raconte un souvenir d'enfance ? Je vous ramène à la campagne. Pouvez-vous me dire où sont-ils et ce que sont devenus Guy et Suzon, Jeanne et Raymond ? Ils venaient de la ville pour passer les dimanches en s'étonnant. J'aimais les voir aller dans les haies cueillir des prunelles pour élaborer des liqueurs. D'une ferme lointaine, par delà les prairies paqueretisées, des pintandes criaillaient...

(La femme l'interrompt et place un mot sur le plateau de jeu.)

La femme : Martinet.

L'homme : L'instrument ?

La femme : Non, l'oiseau. Vous, on peut dire que vous êtes un ortolancinant. Dites-moi, maintenant qu'on s'est traité de tous les noms d'oiseaux rares, vous pouvez me dire, si vous vous en souvenez, comment nous avons atterri ici dans cet hôpital vert et blanc ?

L'homme : Pour vous, j'ai cherché à savoir ce qu'il y avait dans les murs d'une agence, ce qui s'y passait, et, comme un aveuglement cessait soudain, je suis tombé et je vous ai entraîné dans ma chute.

La femme : Ca y est ! Je me souviens... La chanterelle ! L'agence, le linge... Tout ça ne tient qu'à un fil. (Elle se lève d'un bond et regarde par les carreaux de la baie.) Tout est bien là. Votre linge ! Votre linge sale ne l'est plus. Il est lavé, épinglé sur la corde la plus sensible d'un grand violon. Tout ça ne tient qu'à un fil. La chanterelle. (Elle revient s'asseoir.) Vous avez le visage des mauvais jours.

L'homme : J'aurais préféré un violon plus petit. Un stradivarius. Celui-ci se voit trop. Il encombre le jardin et l'entrée. Il n'est pas assez vert. Il y en a qui ne voient que lui. N'en parlons plus. Sans contredit et de surcroît...

La femme : Vous ne pouvez pas aérer ce que vous dites. (Le parodiant :) Sans contredit et de surcroît... Que de précautions allez-vous prendre... De quoi vouliez-vous me parler, sans contredit et de surcroît ?

L'homme : Je voulais vous parler de ce tableautin qui me fascine. (Il désigne le tableautin.) Cette jeune fille m'émeut avec son agnelet dans les bras. Et cette clairière...

La femme : Ce n'est pas une petite fille, c'est un petit garçon. Ce n'est pas un agnelet, c'est un porcelet. Ce n'est pas une clairière, c'est un sous-bous sous-verre.

L'homme : C'est une petite fille !

La femme : Un petit garçon !

L'homme : Un agnelet !

La femme : Un porcelet !

L'homme : Une clairière !

La femme : Un sous-bois !

L'homme : On s'empourpre... On s'échauffe... On halète...

(A suivre.)

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commentaires

AURORA 08/12/2008 03:09

J'aime beaucoup ce tableautin et ses sujets en suffixes diminutifs...

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