8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 16:49

L'homme : Vous avez peur de vieillir ?

La femme : ...

L'homme : Avez-vous pensé à la chute de ce qu'auront été vos premiers cheveux blancs ; à vos premières taches, vos premières rides ; à vos joues tombantes, votre bouche puante ; avez-vous pensé à votre ratatinement ?

La femme : Iconoclaste !

L'homme : Ca vous effraie ?

La femme : Oui, quelque part.

L'homme :  Quelque part. Vous aussi, vous sacrifiez à la mode un relief du langage que l'on brandit comme un bouclier de Brénnus. Quelque part... (Parodiant :) Oh, mais vous savez, ma chère, il est vraiment séduisant quelque part ! Si quelque part est devenu un lieu commun, alors, où va-t-on ?

La femme : Quelque part !
(Ils éclatent d'un grand rire complice.)
Nous avons échangé quelques images, quelques vues de basse-cour : qu'importe le cours des agnelets et des porcelets ! Sauriez-vous formuler un projet sincère ?

L'homme : Je voudrais ouvrir une boîte.

La femme : Vous savez où ça mène ?!

L'homme : Une boîte dans laquelle il se pourrait qu'on entende de la musique douce et où on pourrait tenter d'esquisser des danses lentes.

La femme : Ca se défend.

L'homme : Vous n'avez pas vu mon journal ? Je l'avais tout à l'heure, non ?

La femme : Chez vous, un objet sans valeur trop gardé, vite perdu et c'est tout un drame. Attendez...
(Elle se lève et s'aperçoit qu'elle est assise sur le journal.
Elle le tend à l'homme, concave et froissé.)
Je suis confuse. Je ne l'avais pas vu. C'est le journal dans lequel vous écrivez, je crois ?

L'homme : Oui, j'écris, c'est beaucoup dire... J'écris au compte-gouttes. Je m'occupe de la rubrique des éléphants écrasés. Leurs cimetières sont plein de gens irremplaçables.
(Il n'a pas pris le journal tendu ;
la femme y penche son regard.)
Mais c'est vous ! On parle de vous ! Une accroche à la une. Chapeau bas !
(Elle lit :) Qu'est-ce qui cachait l'homme à la chanterelle ? A plus de 30 ans, il découvre qu'une anomalie l'empêchait de parler d'amour. Devenu névrosé, fétichiste et mégalo sauvage, il s'aperçoit, après un long aveuglement, qu'il possède le sens des mots et un style. Portrait d'un dramaturge négligent. Lire page 30.
(Admirative :) Chapeau bas !

(A suivre.)

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Brèves :

BREL ETAIT LA
C'était hier. A quelques cinquante kilomètres où Brel vint chanter en 1962. Brel serait venu, là, dans le village de mon enfance... Brel disait à Jojo : "On met un micro et une sono dans le coffre de la DS et on y va." Oui, Brel, serait venu.
Mais hier, salle Ticky Holgado à Bessières, il y était un peu quand même. La salle était pleine comme un oeuf, et sur la scène, il y avait "des jeunes qui ne le connaissaient pas et des vieilles qui ne le connaissaient plus"... Enfin, pas tout à fait. 
On m'avait demandé de choisir et de lire trois textes et de parsemer le spectacle de bouts de vie breliens. 

Emu. Devant ces petites craquantes dansant sur "Bruxelles" et lorsque leur professeur est venu me dire :
"Elles ne connaissaient pas du tout Brel. Elles l'on découvert et ont pris beaucoup de plaisir à l'interpréter."
Surpris,  lorsque les chorales entonnèrent un vivifiant "Au printemps".
Séduit lors du récital de Jean-Luc Tardat, à la voix chaude et aux accents nougaresques, "contaminé" par Brel à l'écoute de "Mon père disait".
Subjugué par Marie-Ange Lavoie qui porte bien son nom et qui se donne dans une déchirante version tout en crescendo de "Quand on n'a que l'amour".  (Et qui, soit dit en passant, les coulisses regagnées, porte fort bien les cuissardes...)
Oui, Brel serait venu.

JF

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