1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 19:51

La jeune femme : Si vous avez un peu de temps libre, restez avec moi. J'attends d'une seconde à l'autre un journaliste localier qui vient enquêter sur cet "Arbre à Manivelle". Il compte me poser beaucoup de questions. Je compte ne pas y répondre. Je veux en faire un mythe. Voulez-vous participer ? Acceptez-vous de m'aider à le créer ?

Le Musicien : L'idée m'amuse. Je serai donc votre assistant. Je ne sais pas pourquoi je vous assisterai, je n'aurai pas les clefs, je n'aurai pas la réponse, mais j'accepte le défi. C'est le propre des bras-droits, des adjoints, des sous-chefs... Seconder mais ne pas tout savoir...

Et notre projet de dire combien il est difficile de dire, il tombe à l'eau ?

 

La jeune femme : Mais non ! Il sera lié. Vous croyez que c'est facile, pour moi, d'expliquer à quoi sert cette manivelle ? Trouver les mots justes...

 

Le Musicien : Bon, dans ce cas-là, j'accepte tout de bon. D'après-vous, il va arriver de quel côté, ce type ? Côté cour ou côté jardin ?

 

La jeune femme : Côté forêt.

 

(Un homme tombe littéralement d'un arbre où il était planqué.)

L'homme : Exact. C'est intéressant quand on vient dans un endroit, pour la première fois.

 

La jeune femme : Vous êtes conforme aux codes de votre métier. Ca va être chaud. Vous avez tout entendu ?

 

L'homme (Le localier) : Oui. Mais je ferai comme si ça n'avait pas été le cas. Ce ne sera pas bien difficile. Allez, je commence tout de suite. Alors voilà : j'écris presque bénévolement pour un journal local. Je souhaite faire un papier sur l'arbre à manivelle. Pouvez-vous m'en dire un peu plus ?

 

La jeune femme : Oui. (Elle se tourne vers le Musicien :) Maëstro, s'il vous plaît...

 

(Le Musicien entame un morceau de musique.)

 

La jeune femme : (Au localier.) Vous dansez ?

 

Le localier : Très mal. Mais s'il faut en passer par là...

 

(Ils dansent.
Très mal. Si mal qu'ils s'arrêtent.)

Le localier : Quand on fera danser les mauvais danseurs, je ne serai pas à l'orchestre.

La jeune femme : On ne peut pas être bon partout. Moi, j'aurais bien aimé être journaliste.

Le localier : Oh, vous savez, je ne suis qu'un localier... Et puis le métier connaît beaucoup de difficultés. Le papier est cher, la réclame ne paie plus, la concurrence des journaux gratuits est rude, les gens lisent leur journal sur la neige de leur ordinateur...

Savez-vous que nous vivons en temps de disette ? Tout est rationné. Il faut donc aller à l'économie. Le langage et la ponctuation eux aussi, sont touchés.

Il faut faire en sorte que les virgules des lignes d'en haut servent d'apostrophes pour les lignes du bas.

Les points d'interrogation sont proscrits. Les points d'exclamation taxés. Les points de suspension limités à deux.

Seules les parenthèses ouvrantes sont tolérées. Pour les parenthèses fermantes,il faut une dérogation.

Les seuls guillements autorisés sont anglais. Les guillements français sont mal vus. Les crochets allemands bienvenus.

.un réformateur a voulu essayer d'imposer la phrase commençant par un point et se terminant par une majusculE

Et pourtant, j'y crois encore. Mes curiosités sont intactes. Ainsi, cet arbre à manivelle, qui attise toutes les questions, toutes les convoitises... Il vous appartient, à ce qu'on dit ?

 

La jeune femme : Il serait plus facile pour moi de dire "non". Ca se lit dans les deux sens. Mais je ne crains pas la difficulté, et la réponse est : "oui".

 

(A suivre.)
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BILLET D'HUMEUR

INDETECTABLE

J'ai toujours beaucoup aimé le courrier. Sur la plate-forme de l'écran de mon ordinateur se trouve un modèle réduit de 4L fourgonnette des PTT.
J'ai gardé beaucoup de lettres.
Je suis fidèle à ma banque, à mon travail, à mon opérateur téléphonique "historique". J'aime beaucoup leur logo : la jolie esperluette orange et rouge. Roméo & Juliette. Laurel & Hardy. Nicolas & Primprenelle.

J'aime aussi leur nouvelle façon -il fallait y penser- d'avoir transformé dans leur courrier "Vos/Réf." et "Nos/Réf." par "Vous" et "Nous".
Mais je n'ai pas du tout aimé leur dernière lettre. Elle me dit :
Monsieur,

Malgré mon précédent courrier, vous restez redevable à France Télécom de la somme de 84,99 € au titre de vos services déjà facturés.
En conséquence, j'ai fait procéder à la suspension de vos services.
(...)
Pour éviter la résiliation de votre contrat conformément aux conditions générales d'abonnement, je vous invite à régler votre facture dès aujourd'hui, par carte bancaire. Appelez simplement le 3000...
(...)
La résiliation de votre contrat entraînera la transmission de votre dossier à un huissier de justice qui engagera une procédure contentieuse dont les frais seront à votre charge."
Je me suis donc empressé  de régulariser la situation.
Il m'a fallu 10 jours pour y parvenir !
Voici. Je crois m'être prématurément usé mon index (déjà très endommagé par les rhumatismes psoriasiques) à pianoter sur le 3000 pour entendre une musique, une voix, une mécanique qui, malgré ma bonne foi à régler ce qui restait réglable, me renvoyait dans mes foyers, sans téléphone !
Ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai pu entendre une voix "en direct", avec qui j'ai pris plaisir à user de bons mots.
Devant ma détresse et l'exposé de mon impuissance, la voix vivante m'a répondu : "Oui, nous savons, nous avons un problème ; pour certains de nos abonnés, c'est "indétectable". "Indétectable" : le mot aurait plus à Marcel Pagnol qui l'aurait noté sur la facture téléphonique. Entre "nous" et "vous".

J'ai épelé deux par deux les chiffres de ma carte bleue, déploré sa date d'expiration ; je suis enfin joignable, c'est-à-dire de nouveau détectable.



Brève

Mélinée

Mon grand ami Jacques Brel, que j'ai très bien connu, m'a fait connaître Madeleine, Mathilde, Jef, Fernand, Jojo et les autres.

Mais jamais, au grand jamais, Louis Aragon ne m'avait présenté sa "Mélinée" de son "affiche rouge".

C'est chose faite aujourd'hui.

Mélinée m'a arrêté dans la rue, alors que j'allais réapprovisionner la librairie "Ombres Blanches", en rupture de stock de mon livre (Si, si !). Elle demandait aux passants de répondre à un questionnaire après avoir goûté des barres chocolatées.
Je lui ai dit : "J'accepte" ; elle a vu mon livre ; nous en avons parlé ; je me suis empiffré de chocolat. S'il est commercialisé, vous allez vous régaler... Je lui ai demandé son prénom. Elle m'a répondu : "Je suis d'origine arménienne ; je m'appelle Mélinée." Je lui ai demandé si elle connaissait Aznavour et lui ai promis de réécouter ce soir "l'Affiche Rouge".

 

"Un grand soleil d'hiver éclaire la colline

Que la nature est belle et que le coeur me fend

La justice viendra sur nos pas triomphants

Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant."

Louis Aragon (L'Affiche Rouge)

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commentaires

AURORA 02/04/2009 02:53

Hum! Ce localier n'est pas mal non plus....

Et "Mélinée" est exquise!
"Quand tout sera fini plus tard en Erevan..."

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en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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