30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 18:29

J'aimais bien Guy Carlier, sa finesse sous la graisse, ses mains  s'exprimant, soulignant une saillie, comme un puceau post-pubère. Ce n'est pas de sa faute, et je sais de quoi je parle.
La notoriété venant, son "fonds de commerce" est devenu méchant.
J'ai été profondément blessé le jour où il a tenu, sur les personnes atteintes de TOCs (Et on sait que j'en suis) des propos très déplacés. Peut-être ai-je été trop susceptible ?
Il m'a de nouveau blessé lorsqu'il a grugé, sous un faux-nom bien sûr, Macha Béranger, en l'appelant un soir, fin comme du gros sel, utilisant des ficelles (du métier qu'il connaît pourtant bien) comme des cordages de marine. Indélicat pour le moins. Blague de potache.
Macha Béranger a eu l'élégance d'en rire.
Ce blog n'est pas polémique : passons...
"Ah ! Si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main, ça ferait une ronde, ça ferait une ronde...
Ah ! Si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main, il y aurait des mains en trop.."
La suite de l'entretien du 7 octobre 1999.

La plupart des hommes passent des mains de leurs mères à celles de leurs femmes.

" - Mais alors, maintenant, vous avez 37 ans ; quelle est votre attitude par rapport à la vie extérieure, à la société et aux femmes ? Vous parliez de peur tout à l'heure...
- J'ai la chance d'être intégré dans un travail qui me plaît, mais je redoute l'avenir. Ma mère va forcément un jour disparaître... Elle a un peu disparu... Elle est un peu morte puisque les choses se sont dégradées et le dialogue n'est plus du tout possible. Donc, je... (Raclement de gorge.) Moi, je dis souvent que la plupart des hommes passent des mains de leurs mères à celles de leurs femmes sans passer par le purgatoire.... (Rires de Macha.) et moi, j'ai peur de passer des mains d'une maman aux mains du néant.

- Vous savez, toutes les femmes ont une âme de mère, ne l'oubliez pas, ça, que dans un couple, une femme sait qu'elle doit aussi être un peu maternelle. Mais vous, qu'est-ce que vous recherchez ? L'opposé de votre maman ou la ressemblance de votre mère ? Déjà, chez une femme, vous recherchez la douceur ou l'autorité ? Aujourd'hui, maintenant que vous êtes "grand"...
- Ce n'est pas facile, hein, comme question. Je ne sais pas trop, finalement.
- (Rires.) Ce n'est pas facile, mais c'est la bonne question pour savoir ce que vous voulez. Parce que vous allez rester dans le même schéma de la dominance... Parce que là, vous êtes le petit oiseau ; on a ouvert la cage. Vous allez prendre vos ailes, vous allez prendre l'envol, là... Vous allez devenir un aigle. On peut devenir un aigle dans la vie, vous savez, même si on est parti moineau longtemps. Tout est faisable ; ça dépend de votre réaction. Votre mère n'est pas morte mais elle est un peu plus absente qu'avant. Les choses vont peut-être se défaire, comme ça, et peut-être que pour vous, ça va être un immense vide, un immense chagrin mais une naissance ou une renaissance pour autre chose, et que ça va vous apporter une force colossale. Ca ne veut pas dire que vous allez la renier, pas du tout, mais vous allez sentir que vous êtes le plus grand. Quand on perd ses parents, on devient plus grand et à la fois plus petit parce qu'on n'a plus de repères, on n'a plus de racines. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est très curieux de perdre ses racines parce qu'on se sent à la fois abandonné, orphelin ; c'est une horreur, et puis tout d'un coup, on se dit : "Je suis la plus grande ou je suis le plus grand, alors il faut que je fasse les choses comme le plus grand ou la plus grande." Il y a deux phases...

- Je m'étais dit : "Quand ma mère ne sera plus là, ou bien je serai un homme perdu ou bien je serai un homme libre."

- C'est ce que je suis en train de vous dire.

(...)

Vous allez avoir un chagrin énorme, énorme, énorme, mais vous allez retrouver vos forces dans le chagrin. Mais pas tout de suite. Pas quand le chagrin vous tombe dessus, pas quand le deuil vous tombe dessus, quand l'absence vous tombe dessus ; c'est après... Alors là, c'est quand même l'héritage spirituel, mental, affectif qui vous tombe dessus et vous donne des forces. Mais bon, il faut passer par la première phase qui est la plus douloureuse, et ça, c'est pas une question d'âge. Moi qui suis plus âgée que vous bien sûr, quand on perd ses parents, quand ils s'en vont, c'est -peu importe l'âge, vous savez- on se sent toujours abandonné(e).

- Il y a une part de déracinement.

- Total. Mais pour vous, ça peut être générateur d'autre chose, et vous allez peut-être enfin vivre selon vos désirs, et vous aurez toujours un immense amour pour votre mère parce que les années passeront, et puis vous oublierez le côté un peu autoritaire et castratrice, et vous trouverez une femme avec laquelle vous serez en harmonie. Donc, tout ça va se placer dans le temps.

(A suivre.)

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commentaires

AURORA 01/05/2009 02:51

D'admirables propos -qui angoissent pourtant, qui serrent la gorge- sur le deuil que nous aurons tous à faire un jour de nos parents, surtout si nous ne nous sommes pas bien entendus avec eux.
Comme je regrette de n'avoir pas écouté cette femme-là à la radio au moins une fois!

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