4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 19:11

DR

Dispositif spectaculaire de séduction.
C
'est aujourd'hui Dominique Quessada qui est l'invité d'"A propos de Bottes".
Né en 1955 à Lyon, homme de plume et d'esprit (Il est essayiste et philosophe), il s'interroge notamment sur la publicité ("L'esclavemaître : l'achèvement de la philosophie dans le discours publicitaire", Verticales, 2002), le nombril des femmes ("Le nombril des femmes", Seuil, 2006)...
Mais c'est surtout un texte remarquable, publié le 18 septembre 2001 dans un cahier spécial du "Figaro" -mon flair m'avait dicté de l'ouvrir- "Le règne de l'accessoire" qui m'a empêché d'oublier son nom.
Ce texte, je l'ai lu comme une bible ; comme un acteur apprendrait le texte de sa brochure avant d'entrer en scène, tant il reflète - vulgarité et grosse artillerie du fétichisme mis à part- ce que peuvent être les cuissardes aux femmes et les femmes aux cuissardes.
Aujourd'hui, je suis vraiment très heureux que Dominique Quessada m'ait donné son accord pour publier ses phrases qui sont pour moi d'une monumentale clairvoyance.
Il revient bien entendu aux femmes de ne pas la partager ... Quoique...

JF

"Sainte Nitouchepas"

"Une femme en cuissardes n'est pas une proie. Elle appartient au camp d'en face, celui du prédateur, chasseur ou plutôt pêcheur, celui qui s'avance à pied sec là où vit le frétillant objet de sa convoitise, sûr du pouvoir d'attraction de la mouche épinglée au bout de son hameçon.
Une femme a donc parfois quelque chose en commun avec les pêcheurs, et même avec les égoutiers, autres grands porteurs de cuissardes, ni mouillés, ni souillés par l'élément dans lequel ils évoluent. Pour une femme, la finalité technique du port des cuissardes est la même : être dans le bain sans trop se mouiller.
Les cuissardes sont un élément d'étanchéité qui, telle l'étrave d'un bateau, permet à une femme d'avancer dans la ville en conquérante, colorant d'une connotation sexuelle le moindre de ses gestes. Ainsi équipée, elle peut y être sans y être, éprouver le trouble d'être plongée dans ce bain citadin sans qu'il puisse véritablement l'atteindre, marcher avec un périmètre de sécurité autour de ses jambes : cette Sainte Nitouchepas arpente à grands pas un monde, le nôtre, celui où règne la libido, sans pouvoir être touchée par lui, et aime ça.
Donnant à voir l'espace entre le cuir et la peau -et le déclarant infranchissable-, les cuissardes provoquent le désir pour qu'il vienne se briser sur leur paroi verticale. Dispositif spectaculaire de la séduction qui, comme toujours, cache ce qu'elle prétend dévoiler, elles autorisent aux femmes un jeu délicieusement pervers : à la fois appel et retrait, elles invitent et interdisent en même temps, armures de cuir constituant un rempart au désir même qu'elles provoquent, bottes de sept lieues qui renient les hommes coureurs, certes, mais toujours battus d'avance.

Dominique Quessada

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commentaires

AURORA 05/06/2009 01:40

Une Amazone, oui...
Je suis bien d'accord avec Dominique Quessada.

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