14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 18:41

Jeannette Mac-Donald et ses ours. (Coll. Part. JMD)

La montreuse d'ours.

Les ours bruns du Caucase, à collerette, ont fière allure. Jeannette enturbannée et empanachée, devant eux, aussi. La photo est bonne. Elle peut être transmise à l'imprimerie pour le futur programme-souvenir.

Prendre un enfant pour le sien.

Une tournée en Afrique du Nord.

Shérif Amar lance des cirques comme il lancerait des boomerangs. Cirque de Paris, Cirque de France, Grand Cirque National, Cirque Royal...
Avec sa première épouse, Emilienne, il présidera aux destinées du Cirque de Paris.
Il se brouille avec ses frères et fait cavalier seul.
A Jeannette, il propose le Cirque Royal. Il lui propose une tournée en Afrique du Nord. Jeannette accepte.
Elle n'aurait peut-être pas dû.

Impressions d'Afrique.

 


Marrakech, Casablanca, Rabat, Tanger, Fès, Tlemcen, Oran, Mostaganem, Alger, Tunis, Tripoli...

Dans son livre indispensable, "Les Cirques des frères Amar", Dominique Denis écrit :

"Après les accords d'Evian du 18 mars 1962, et le vote d'autodétermination par les algériens du 3 juillet, l'Algérie était devenue indépendante ; ce fut l'occasion pour Shérif Amar de prendre la tête, en qualité de directeur général, d'une entreprise intitulée "Le Grand Cirque National Algérien", subventionnée par le Ministère du Tourisme algérien. (...) Le chapiteau vert était à six mâts, d'une contenance de 3 400 places. Pour le transport, il combinait le chemin de fer et la route, avec trente vehicules unifiés Citroën. Les quartiers d'hiver d'Alger étaient situés rue Louis de Bourmont, à Hussein-Dey. (...) Les deux vedettes du spectacle, acompagnées par l'orchestre de Marcel Bien, étaient la dompteuse Marfa la Corse avec ses tigres, et Jeannette Mac-Donald et son groupe de 10 lions."

 

Et plus loin, nous apprenons :
"En Algérie, le Grand Cirque National Algérien, dirigé par Shérif Amar entama une nouvelle saison. (...) Le spectacle se déroulait sur trois pistes de douze mètres de diamètre, plus quelques attractions qui passaient sur une scène. Jeannette Mac-Donald présentait un éléphant musicien et la représentation se terminait par le saut de la mort en automobile, et par un ballet lumineux."

 

Un coin de journal algérien, détaché sans ciseaux, impossible à dater, donne à voir, près d'un avis du Consulat de France aux ressortissants français (qui indique que le Consul Général de France se rendra dans divers cimetières français, pour commémorer, à l'occasion de la Toussaint, les souvenirs de leurs défunts) une photo de Jeannette Mac-Donald, tenant dans ses bras deux lionceaux.
Au dessus de la photo, en gros et en gras : "LE CIRQUE AMAR dans notre ville"

En dessous :

"Armé d'un programme entèrement rénové, le célèbre cirque Amar est de nouveau parmi nous, dans nos murs, où il est arrivé par chemin de fer, vendredi 21 octobre 1966. C'est à croire qu'Oran lui porte chance ; en effet, et cela dès leur arrivée, les dirigeants du cirque avaient l'heureuse surprise de constater la naissance de deux charmants lionceaux, un mâle, Mignon, et une femelle, Rachel, mis au monde par Lolita, une lionne de 4 ans. Déjà une semaine de passée et les premiers crocs apparaissent dans la gueule de ces jeunes rois de la taille d'un gros chat. Le cirque, qui donnera sa première représentation le 1er novembre prochain, ouvrira au public dès aujourd'hui sa ménagerie, qui comporte outre une série de lions, des hyènes, des ours, des chevaux et le fabuleux éléphant Sabu."

 


Prendre un enfant pour le sien.

A l'orphelinat de Constantine, l'attention de Jeannette se porte sur un enfant, dont toute la famille a été assassinée lors des "évènements de Sétif". Il a pour nom Smati.

Il semble qu'il n'y ait pas eu de chichis, ni de papier timbré scellant une adoption simple ou plénière, mais plutôt une affaire d'affection. "Qu'importe la pieuse formule bureaucratique, le formalisme de l'encre et de la parole quand il s'agit des choses du coeur" écrit joliment Joseph Delteil.

Smati a suivi le cirque. De Jeannette, il dira toujours : "C'est ma mère". De Shérif : "C'est mon père". Un point, c'est tout.

Dans les cirques et les cages, Smati sera de tous les voyages, de toutes les vicissitudes. Dehors et dedans. Devant et derrière. Un jour, Shérif "l'oublie" dans la cage, où il se retrouve enfermé avec des hyènes !

Smati est un personnage "à la Chaplin". Il s'essaye à toutes les disciplines : le domptage bien sûr, le trapèze, le cheval, le fil de fer... Il sera écuyer au Maroc espagnol et foulera la piste de grands cirques allemands.

Jeannette veille sur lui, de près comme de loin.

Malgré des heurts, des brouilles, des fugues, Smati lance une phrase qui résume un parcours : "Avec ma mère, j'ai été très heureux".

 

Jeannette Mac-Donald avec une hyène, animal dont le cri ressemble au rire de l'homme.
(Coll. part. JMD)

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commentaires

Joël Fauré 15/07/2009 19:00

ContraigNante.

Joël Fauré 15/07/2009 18:56

Cette phrase n'a qu'une modeste ambition : préparer le lecteur à l'évènement qui va faire basculer la vie de Jeannette Mac-Donald.
Je tenais coûte que coûte à "dire" Jeannette, même fragmentée, même elliptique, même coq-à-l'anesque, tant fut dense, contrasté et tragique (on le verra en deuxième partie) ce qu'elle fit, ce qu'elle fut ; tant est prégnante l'empreinte qu'elle a laissée sur moi. Mais... Chut !...
Merci, Aurora, de votre fidélité. Je souhaite que cette lecture ne soit pas trop contraigante.

AURORA 15/07/2009 03:45

Pourquoi n'aurait-elle peut-être pas dû faire cette tournée?
A cause de l'enfant?
Expliquez-nous, SVP!

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