18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 19:08

"Sud-Ouest" , 15 septembre 1969.
Document aimablement communiqué par Jean-Pierre Jerva.

Y avait-il un moyen de "rebondir" ?

Jeannette débarque à Bordeaux le 14 septembre 1969.
Le journal "Sud-Ouest", daté du lundi 15 septembre 1969 titre :

"Malgré une traversée agitée entre Casablanca et Bordeaux les fauves du "Monte-Berretin ont gardé leur bonne humeur".

et poursuit :

"Arrivant de Casablanca, un cargo, le "Monte-Berretin", s'est amarré, hier soir, quai Queyries.

Dans ses cales, le "Monte-Berretin" transportait... une insoltite ménagerie qu'aucun barrissement n'annonçait."

 

Le jeudi 9 octobre, "Sud-Ouest", sous la plume de Jacques Sylvain, se montre plus précis et réaliste :

"Je mourrai de faim avec mes bêtes" jure la dompteuse Jeannette Mac Donald, échouée sans un sou sur un quai du port de Bordeaux

(...) Le décor a de quoi surprendre : une roulotte délabrée, envahie par une meute de petits chiens qui pleure pitance. Au dessus d'un réfrigérateur rouillé, un tableau noirci.

"C'est mon père, Mac Donald. En 1906. C'était un grand dompteur..."

La grande dompteuse que fut au cirque Amar sa fille, Jeannette Mac Donald, est aujourd'hui une femme seule, sans chapiteau, sans public, sans argent, avec pour seuls compagnons ses "enfants" : huit lions, deux ours, une hyène, quatre singes, une éléphante (efflanquée et folle d'inquiétude dans un camion pourri), six chats et vingt-deux chiens !...

Elle a échoué sur les quais de Bordeaux, débarquée, il y a un mois, par un cargo en provenance du Maroc, le "Monte-Berretin". Il y a une roulotte qui menace ruine dans laquelle Jeannette Mac Donald vit avec deux de ses lions. Ils couchent avec elle dans l'unique divan. A côté, des camions agonisants abritent l'éléphante et les autres membres de cette insolite famille.

Les yeux rougis par les larmes, Jeannette Mac Donald m'a raconté l'incroyable odyssée qui l'a conduite sur le quai désert...

"- Notre cirque a brûlé en Algérie, pendant la fête du "Mouloud". Nous n'avons pu sauver que les animaux. Je me suis retrouvée seule avec eux. Sans eux, je n'aurais pas continué...

Je suis allée au Maroc. Ca n'a pas marché. Avec les quelques sous qui me restaient, j'ai pu payer notre retour jusqu'à Bordeaux. Et me voilà..." (1)

Et la voilà. Propulsée malgré elle dans une chanson noire et triste de Piaf, disparue, elle, en 1963.
Le "Cercle Enchanté" devient un cercle vicieux.
Pour gagner sa vie, elle fait la tournée des terrasses et des bars, avec Nenette, un singe macaque rhésus, qui exécute, à la demande, le salut militaire. Jeannette vivote.
Elle donne des petits spectacles, avec l'éléphante Sabu. Jeannette survit.
Elle vend des cartes postales, souvenirs de ses anciens spectacles. Jeannette subsiste. Jeannette résiste.
Le destin se montre peu clément, et le sort s'acharne : une bouteille de gaz explose dans sa caravane, détruisant encore un peu plus de morceaux de vie.

Que faire ? Y avait-il un moyen de "rebondir", d'être réengagée dans un grand cirque, d'utiliser somme toute une notoriété réelle ?
De grandes zones d'ombre demeurent : avec son "projecteur-poursuite", le machiniste n'a pas dû éclairer là où il fallait.

La solidarité "légendaire" des gens du voyage paraît ici bien écornée. Jeannette ne doit pas être loin de faire sienne la définition que le journaliste et écrivain Ambrose Bierce donne du cirque :
"Cirque : Endroit où les chevaux, les poneys et les éléphants sont autorisés à voir des hommes, des femmes et des enfants se conduire comme des idiots".

Si elle ne se pose pas trop de questions sur la condition animale, elle commence à douter de la gent humaine.

Pourtant, lorsque, en 1973, le propriétaire d'un petit zoo, installé dans la forêt de Buzet-sur-Tarn, près de Toulouse, lui propose l'idée de le rejoindre avec ses bêtes, elle accepte.
Elle rappelle son fils "adoptif" Smati, qui la retrouve à Arcachon.
Il veut bien la seconder, être de l'aventure.
Il veut bien être "l'avant-courrier".
C'est donc lui qui va escorter, de Bordeaux à Buzet, cet étrange convoi qu'est le patrimoine Mac-Donald.

(1) Les archives du quotidien "Sud-Ouest" ont été aimablement communiquées par Jean-Pierre Jerva.

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