21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 18:39

D'autres cochons d'Inde à fouetter...


Je ne connais du cirque que "le grand sympathique", Roger Lanzac, à la télévision le mercredi soir, dans la célèbre "Piste aux Etoiles", et l'index que pointe à sa tempe, en signe de salut, le chef d'orchestre Bernard Hilda.
Gros garçon rustaud, joufflu et ventru, j'investis mes dix ans avec deux seins aberrants qui signent l'obésité des paysans nourris de trop de graisse. Je m'ennuie beaucoup et souvent. Je passe du temps à me salir de terre glaise, près de l'auge aux poissons, et cours me réfugier sous les jupes de ma mère si, d'aventure, quelqu'un vient.

Mes parents élèvent des poules, des canards, des lapins, des cochons. Ils cultivent leurs petites vignes, leur jardin.
Je ne connais des bêtes que le meuglement des vaches, les criaillements des pintades, l'aboiement d'autres chiens dans le lointain.
Mes parents se couchent comme les poules et se lèvent au chant du coq. Pour unique espoir d'exotisme, il faut se rabattre sur le bruit du train porté par le vent et les fêtes foraines de l'été.
Là, c'est vrai, je peux prétendre gagner à la tombola des poissons rouges, des bengalis, des cailles et des cochons d'Inde.

Les cochons d'Inde, autrement appelés cobayes, sont des animaux faciles à nourrir, faciles à élever, et qui se reproduisent très facilement.
Qu'il me soit beaucoup pardonné pour avoir, au stade sadique anal, dans des lapinodromes improvisés, maltraité ces petites bêtes rondes et poilues, jusqu'à les faire couiner...
"Les cochons d'Inde sont les partenaires de jeu idéal des enfants" dit la fiche illustrée du "Grand Fichier du Monde Animal", auquel je suis abonné, tandis que ma mère l'est au "Fichier du Club des Gourmets en Famille", et que mon père, dans une France Pompidolienne à souhait, s'occupe de ses salades...

 

Il me suffit de faire trois pas sur la route qui longe les Grands Bois pour franchir la porte du zoo.

Une dame est là, qui vit dans une roulotte -"une caisse à savon" selon son expression-, une éternelle gauloise à la bouche, un ruban de cheveux autour de la tête, comme les Cheyennes.

C'est Jeannette Mac-Donald. Blanchie sous le harnais. Rides profondes. De quelqu'un qui a roulé sa bosse. Cicatrices.

Depuis son arrivée en France, depuis ses soucis, depuis ses ennuis, ses "emmerdements" comme elle dit, elle a perdu toutes ses dents.

Mais pas son énergie.

Elle a cette fierté et cette force de femme dont la vie intègre, intégrale a été vouée à une passion exclusive : les bêtes. Toutes les bêtes.

Je mesure, à l'aune de mes réflexions d'enfant, la chance que j'aie d'approcher un mythe.
Comme elle est habituée aux bêtes sauvages, lors de ma première "simple visite" au parc, je trouve l'audace de lui demander : "Ca vous intéresse, des cochons d'Inde ?" Proposer des animaux à Jeannette, ce n'est pas offrir de la confiture à un cochon, quand bien même fût-il d'Inde.

Elle me répond : "Bien sûr".

Sur le porte-bagages de la bicyclette, j'ai solidement attaché, avec de bons tendeurs, un cageot, avec, dedans, les petits rongeurs promis. Mon père, dans un accès subit de générosité, a offert de la salade pour les nourrir.

Et c'est ainsi -cochon qui s'en dédit- qu'a débuté une extraordinaire histoire.

 

La "collection" du zoo de Buzet était à l'époque "riche" d'Apollo et Bellone, lions d'Abyssinie, Clarence et Angélina, lions de l'Atlas, Duranton et Rachel, lions d'Afrique, Samson, loup de Sibérie ; Shanghai, léopard ; Sheila, panthère mouchetée ; un vautour fauve qui refusa, pour mieux rester anonyme, qu'on lui donne un prénom ; Boubou et Titou, callitriches, singes verts ; Nénette, macaque Rhésus ; Mimi, magot d'Australie ; Napoléon et Joséphine, macaques de Java ; des grues antigones, des émeus d'Australie, des mouflons de Corse, Pascal, le poney...

Autour de cette "planète" vient graviter en satellite la petite plèbe animalière dont Jeannette ne s'est jamais départie : des chiens (innombrables), des chats, des chèvres, des cochons, des poules, des canards, des dindons, des oiseaux de toutes espèces, mais aussi des porcs-épics, et des rats aussi, et des papillons aussi, et des mouches aussi...

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