5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 18:50

Le 4e pouvoir

Jeannette Mac-Donald a toujours été une "bonne cliente" pour les médias. Ils se sont mutuellement rendus bien des services ; c'est un échange de bons procédés. Du temps de sa gloire, comme de sa déchéance, elle répond gentiment aux journalistes, sans se soucier de l'oeil de la caméra, des pores d'un micro, de l'encre d'un stylo.
La télévision, friande d'images, de sensations, de visuels forts, est bien servie chez Mac-Donald... Sa mission est d'informer, de distraire, mais aussi de venir en aide.
C'est le cas en 1983.
La deuxième chaîne de la télévision française, Antenne 2, dépêche une équipe de tournage au zoo de Buzet. Je suis chargé de recevoir les journalistes et de les "chaperonner".
L'émission, qui soulève des difficultés, tente de les résoudre ; "A nous deux" est diffusée sur Antenne 2 le samedi 23 avril 1983, à 12 heures. Elle est présentée par Patrick Poivre d'Arvor.

 

Les tournages, quels qu'ils soient, pour le cinéma ou la télévision, avec des anonymes, comme avec des professionnels, ressemblent souvent "à première vue" à du hachis. Or, c'est le montage, l'habillage, la musique, les voix off qui peuvent donner au court ou au long métrage toute sa pertinence et sa beauté ou toute son afligeante platitude et tout son mauvais goût.

La présentation du sujet sur Jeannette est curieuse, erronée -mais sans doute nécessaire pour retenir l'attention des téléspectateurs- ; au demeurant, l'émission "A nous deux" est excellente.

 

 

Coupure de "Télé 7 jours" - Semaine du 23 avril 1983


La coupure de l'hebdomadaire de programmes de télévision "Télé 7 jours", qui avait encore de la place pour détailler les contenus, et que j'ai conservée, dit ceci :
"PAS DE BISCUITS POUR L'ECUYERE

Reportage de Serge Richez

Une vieille dame, ancienne écuyère, cherche à faire survivre un cirque laissé à l'abandon..."

En voici les morceaux choisis :

 

"Jeannette parle. On entend des aboiements, puis un glouglou de dindon.)

Serge Richez : Trois lions, une panthère, quelques singes, et puis bien sûr tous ces animaux abandonnés : voilà pour le détail de ce zoo incroyable que Jeannette Mac-Donald a réussi à aménager à force de volonté et de courage.

Jacqueline Alexandre : Tous les jours, seule, sans eau ni électricité, dépourvue de tout confort domestique, Jeannette s'occupe de ses animaux.

Georges Bégou : Mais pourquoi Jeannette Mac-Donald (car c'est bien son nom, elle s'appelle réellement Jeannette Mac-Donald) est-elle venue s'installer ici ?

Serge Richez : Eh bien, c'est simple. Fille et petite-fille de dompteur, dompteuse elle-même, elle a bourlingué avec son cirque surtout en France et en Afrique du Nord. Puis, elle est devenue propriétaire de son cirque. Un soir, en Algérie, c'est le drame. Près du chapiteau, des enfants jouent avec des pétards. La toile prend feu. Jeannette sauve ses bêtes mais elle est ruinée. Finie la piste. Retour en France. Elle vient échouer ici, dans ce petit bois, près de la décharge publique.

(On voit Jeannette à la décharge, sur fond de musique classique !)

Jeannette Mac-Donald : Je passe à la décharge, puis j'essaie de récupérer parce que ça me fait de l'argent. Il faut que moi, je me débrouille à trouver de l'argent en vendant des vieilles choses que je récupère. Je trouve de la ferraille, je trouve des vieux moteurs, des choses comme ça. Mais, vous savez, avec ma remorque, je peux pas emmener très lourd, mais enfin, elle est courageuse, elle est comme moi. Même qu'elle est toute soudée, on tire quand même, hein ?...

(Musique lente et triste de Nino Rota.)

Serge Richez : Elle est forte, Jeannette. Elle est fière. Elle ne se plaint pas. Les animaux ont toujours été ses compagnons de voyage. Ce sont ses amis depuis qu'elle est née, c'est-à-dire depuis 64 ans. Sans ses animaux, elle n'est plus rien, Jeannette.

Jeannette : Le jour où j'ai plus de bêtes, moi, c'est pas la peine que je vive, hein ?

Serge Richez : C'est votre seule raison de vivre, les animaux ?

Jeannette : Ah oui ! Ah oui oui oui... Pas de bêtes, c'est pas la peine. Je me flingue. En vérité, hein, je me flingue. Non, moi, j'ai toujours vécu là-dedans, vous comprenez ? Je suis née dans une roulotte, je suis née avec des animaux, j'ai été élevée avec des chimpanzés, j'ai été élevée avec des petits lions, j'ai été élevée avec tout ça, alors... Ben, c'est un virus et puis c'est tout, faut pas l'enlever...

(A l'image, on voit deux silhouettes de dos, qui gravissent une route montante, près du zoo.)

Georges Bégou : De dos, à côté de Jeannette, ce jeune homme, c'est Joël, 22 ans, le seul qui ait compris Jeannette. C'est lui qui nous a écrit.

Jacqueline Alexandre : Aujourd'hui, Jeannette vit avec dignité de ce qu'elle peut récupérer à la décharge publique et revendre. Parfois, un abattoir fournit la viande. Mais combien de temps va-t-elle tenir encore ?

Georges Bégou : Jeannette est à deux mois de sa retraite. Bien sûr, vous imaginez qu'une retraite de dompteuse n'a rien à voir avec la retraite des cadres. Elle a un peu plus de 64 ans. Mais elle n'a pas cotisé assez longtemps pour prendre une retraite anticipée. Quand on est sur les routes, vous savez, les cotisations...

Serge Richez : Alors, que pouvons-nous faire pour Jeannette Mac-Donald ? Il faudrait 500 francs par semaine pour vivre heureuse à sa manière avec ses animaux. Et ici, vous le savez, nous refusons de faire appel à la charité.

Georges Bégou : Nous allons donc faire appel auprès des services de Pierre Bérégovoy afin d'obtenir si possible que Jeannette perçoive sa retraite immédiatement. Après tout, deux mois de plus ou de moins, cela devrait pouvoir s'arranger.

Patrick Poivre d'Arvor : Et puis si vous avez une idée, vous tous, les gens du voyage par exemple, qui nous regardez aujourd'hui ; si vous pensez faire quelque chose pour que Jeannette termine sa vie auprès de ses animaux qu'elle aime tant, et bien, écrivez-nous à "A nous deux".

 


Je n'ai jamais eu le monopole de ceux qui ont compris Jeannette. Et mon auréole dut-elle en souffrir, ce n'est absolument pas moi qui ai écrit à Antenne 2.
Par contre, c'est bien moi que l'on voit de dos.
Et c'est promis, la prochaine fois qu'on vient me filmer, je me retourne !

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commentaires

P
Dans la grande solitude de la blogosphère, et à l'occasion de la publication de ce passage, j'ai réécouté la bande-son de l'émission (Si, par le plus grand des hasards, quelqu'un a les images, qu'il me fasse un signe ; tiens, il faudra que je contacte France 2) et j'ai écrasé une larme...<br /> On est bien peu de chose...<br /> Allez, courage, mon vieux Jo !
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