Au Zoo-Circus d'Achille Zavatta, en 1949. Photo Willy Ronis
Un troisième oeil se ferme
Le photographe Willy Ronis s'est éteint samedi à Paris, à l'âge de 99 ans.
Paradoxale. Telle est la vie des hommes. Fort peu d'eux vont droit. Dans le même journal d'opinion, Libé, il se peut
lire le même jour : "Photographe, c'est pas un art, pas un métier, rien." La phrase est de Jean-Louis Murat, en dominateur de "libéjournaliste", et qui plus est fournisseur de l'image
qui illustre son portrait en quatre de couverture, tant convoité par d'aucuns ! Le même jour or donc où trois pages de "viande froide" rendent un hommage fragmenté à Willy Ronis, 99
rouleaux de printemps, celui qui a appuyé quand il le fallait là où il le fallait.
Fin d'une époque.
Celle de l'argentique pour le numérique du vulgum pécus qui fige froid, tout venant et clinique. Adieu soufflets et obturateurs lents. Adieu Doisneau, Brassaï, Lartigue, et j'y rajouterai
Emile Zola, le romancier naturaliste qui découvrait les vertiges prémices de la trouvaille de Nicéphore Niépce.
J'ai eu la chance de m'entretenir avec Jean Dieuzaide, qui n'a sans doute pas appuyé assez fort pour obtenir l'empreinte des sus-cités au Panthéon du "Vu".
Ce dernier, créateur de la Galerie du Château d'Eau à Toulouse, m'a dit une phrase impressionnée à jamais dans le bain révélateur de ma mémoire : "La photographie n'est pas un accident de
l'histoire du monde. C'est un moment de sa métamorphose, et elle a curieusement choisi la lumière pour faire entendre sa voix".
JF