24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 17:49

"Je ne rentre plus nulle part

Je m'habille de nos rêves."

Jacques Brel, "Jojo"

Salut Jacques,

Quand je t'ai vu partir, la dernière fois, tout habillé de raide dans ton costume de bois, j'ai le souvenir de m'être dit : "Cette fois, c'est la Faucheuse qui l'a fringué". Tu quittais là tes oripeaux empesés d'amis donnés à donner à des amis empressés...
A l'époque, j'avais encore l'atelier de couture, le petit salon d'essayage, et mes deux dernières ouvrières. L'une d'elles s'est souvenue d'avoir surpiqué bon nombre de manteaux de velours dont tu vêtissais les pauvres et les malandrins, et l'autre, d'avoir taillé dans les étoiles des toiles dans lesquelles les marins se mouchaient...
Et puis, un souvenir en appelant un autre, nous avons évoqué les crinolines et les gibus, dessinés pour un Bruxelles de la Belle Epoque qui n'en finissait pas de bruxeller ; les petits bustiers noirs où s'engonçaient tes bigotes, et les grands chapeaux des bergers, mais aussi les habits de lumière, le peignoir rayé de la "dernière" à l'Olympia, les multitudes d'uniformes, les soutanes, les vareuses, les tuniques et les robes de bal... Tout est aujourd'hui dans les penderies du temps, protégé par anti-mythe. Tant pis pour les amis empressés...
Je me souviens -non sans douleur- de tes harems de femmes qu'il fallait habiller sur mesure afin qu'elles dépassent les cadres des souverains poncifs de trois minutes : femmes altières, de cuir, que l'on gantait jusqu'aux coudes, que l'on bottait jusqu'aux cuisses et qui nous fouettaient à coups de billets de cinq cents francs ; femmes douces, de coton, que l'on noyait dans l'or et la dentelle, et qui s'envolaient quand même, en semant des baisers et en chantant à tue-tête : "Ne me quitte pas... Ne me quitte pas..."
Je garde aussi en mémoire l'image de ces pauvres coeurs en haillons qui revenaient de la bataille, meurtris et fendus. Il fallait leur tricoter des fourreaux de laine avant qu'ils ne repartent guerroyer...
J'ai vendu mon atelier, j'ai licencié mes couturières (elles ont trouvé d'autres "patrons" !), mais j'ai gardé quelques échantillons des meilleurs cuir, des plus doux velours et des plus fines dentelles. Juste assez pour confectionner à ton intention ce que j'ai mis des années à mettre au point : la combinaison intersidérale pour atteindre l'inaccessible étoile...

Le Costumier.

Demain : l'aiguilleur du ciel.

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commentaires

Joël fauré 25/03/2010 19:52


Alba : Vos mensurations, chère Alba...
Pour les insomnies : prendre de la graisse de marmotte !!!

Jeanne : Je couds avec le fil du temps et le fil des jours, ma jeanne.

Amandier : Et Berthe Sylva ? Qui s'en souvient encore ? Léon Raiter (dont j'ai très bien connu le fils, Sylvain)lui a écrit dans "On n'a pas tous les jours vingt ans" :
"L'atelier d'couture est en fête
On oublie l'ouvrage un instant
Car c'est aujourd'hui qu'Marinette
Vient juste d'avoir ses vingt ans
Trottins, petites mains et premières
Ont toutes apporté des gâteaux..."

Je vous jalouse, ami Amandier, d'avoir été "sous le jupon de la pauvre Hélène..."
Vous restait-il de la pellicule ?


le Bas des Dames 25/03/2010 18:47


"femmes altières, de cuir, que l'on gantait jusqu'aux coudes, que l'on bottait jusqu'aux cuisses et qui nous fouettaient à coups de billets de cinq cents francs"...
Merde alors...
Mon grand ami Brassens, que j'ai bien connu, ne fréquentait que des "Ninon" et des "Grisette", lui.
J'aurais eu tout faux à ce point ?

Amitiés, néanmoins, mais bon.
Amandier


jeanne 25/03/2010 15:06


jeol
comment sais tu
magicien
coudre ces belles étoffes ?


Alba 25/03/2010 04:59


Juste envie de revêtir la combinaison intersidérale de ce sidérant costumier pour atteindre l'inaccessible étoile ... la tête encore dans les étoiles de mon insomnie !!!


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