25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 17:17

"Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L'exploit de les juger
[...]
Tout encastrés qu'ils sont
Ils n'entendent plus rien
Que les sanglots de l'autre"

Jacques Brel, "Orly"


Cher Jacques,

Nom de Dieu que c'est triste, Orly le dimanche, surtout avec Bécaud quand il s'époumonne à nous faire croire que "la solitude, ça n'existe pas" ! Quelle odieuse contrevérité : la solitude, je la fais croiser tous les jours, et surtout le dimanche. D'ailleurs, je hais les dimanches. Et je hais les aéroports. Et je n'aime plus Bécaud. Et personne ne m'aime. Et je pense à ce couple superbe dont vous décrivez la cassure parce que l'un des deux est en partance. Alors, ils pleurent. Je veux dire tous les deux. Pour moi, Jacques, si un jour vous m'incluez dans l'une de vos chroniques chantées, vous n'aurez pas à préciser la longueur du pronom. Je pleure au singulier. Je pleure de n'avoir pas à pleurer de joie comme ces deux là le feront quand ils se retrouveront. Parce qu'ils se retrouveront. Moi, je vois le temps qui s'égrène et érode la force d'espérer. La solitude ronge le pouvoir de séduction, affaiblit les énergies et enlaidit prématurément : la peau devient jachère sans le frottement amoureux. J'ai oublié sur mon front le poids de la caresse d'une aile qui viendrait s'y déposer...
J'ai perdu celle que j'aimais et chez qui j'avais déposé mon coeur. Ma belle hôtesse s'est envolée il y a bien longtemps. Elle est montée trop confiante dans un avion trop blanc... Moi, je n'avais pas grand chose à faire : de loin, surveiller sa route, veiller à ce qu'il ne quitte pas son couloir de navigation. Bonne latitude, bonne longitude, bonne position pour notre amour.
Mon amour, qui était aux cieux, pourquoi sa volonté n'a pas été faite ? Et pourquoi, dans ce pays imbécile où elle allait poser le pied, un gros avion aveugle est venu percuter le sien ? On ne m'a ramené qu'une mèche de ses cheveux et qu'un peu de poussière de son coeur. Le mien battait encore, mais était grièvement blessé.
Nom de Dieu que c'est triste, Orly, le dimanche quand on vous apprend ça !
Mon métier aujourd'hui me paraîtrait bien dérisoire si je n'avais pour rappel à l'ordre tous ces couples qui se tiennent par les yeux devant la porte d'embarquement. Je n'ose rien pour eux. Je les vois fragiles du haut de ma tour "d'y voir".
J'ai oublié de vous le préciser : je suis un bien triste contrôleur aérien...

Désorienté,
l'Aiguilleur du Ciel.

Demain : le jardinier.

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commentaires

jeanne 26/03/2010 08:06


que tu écris bien de cette chanson de notre ami
car c'est un ami hein
qui nous accompagne depuis tant de temps
si long de temps
si présent
si là
si que même ailleurs
il sait les mots
je t'aime Joel
tu sais bien ce que je veux dire
ami
...levons nos verres
encore un et je vais
non je ne pleure pas..
t'embrasse


Alba 26/03/2010 05:45


Emotion pure, émotion dure, touchée en plein coeur par l'aiguilleur... Doux ciel en ce jour.


chaussures nike pas cher 26/03/2010 02:16


Merci pour le temps que vous avez passé sur co blog,J'ai beaucoup appris d'ici.Je vais souvent rendre des visites!


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