29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 16:32

"Bien sûr le temps qui va trop vite
Ces métros remplis de noyés
La vérité qui nous évite
Mais, mais voir un ami pleurer."

Jacques Brel, "Voir un ami pleurer".

Jacques,

Au secours ! On se déshumanise... Prête-moi deux minutes de ton attention, je voudrais t'avertir que les robots gagnent du terrain...
Tu le sais, mon métier m'appelle sur les routes. Il me passionne et j'y consacre toute mon énergie, au détriment de ma vie affective, d'ailleurs. Si bien que j'ai un peu perdu le goût de la recherche de l'âme soeur. Cela ne va sans m'inquiéter, je m'aperçois que je suis devenu bien maladroit.
Il y a tout juste un an, sur la route, la jauge d'essence de ma voiture flirtait avec le rouge. Je me suis arrêté dans une station-service. Une jeune femme est venue me servir. Machinalement, je lui ai dit : "le plein", d'un air absorbé. Il paraît que j'ai souvent l'air absorbé. En fait, je suis anxieux. Et puis, sans savoir pourquoi, je l'ai regardée. Et nos regards furtifs se sont croisés. Je ne sais plus si elle a souri quand j'ai souri ou si nous avons souri ensemble. Je crois que c'est un peu magique. Nous avons échangé quelques banalités, pour voir de quelle couleur était le filet de nos voix, j'ai payé et je suis parti, troublé.
Pendant une semaine, j'ai rongé mon frein et mes sens. Et quand la jauge s'est remise dans le rouge, je suis retourné faire le plein d'essence. C'était un dimanche ; il pleuvait. Elle est venue me servir avec un parapluie. "Abritez-vous donc" ma-t-elle dit. Corps contre corps contre la pluie, serrés comme dans une danse à deux. Pluie bienfaitrice. Pluie amoureuse. Pluie matrimoniale. Pluie complice. Sur son visage, deux gouttes d'eau ont glissé. Non, c'étaient deux larmes. Et la liqueur du chagrin a coulé en cascade, le vent s'est levé et le parapluie s'est envolé... J'ai balayé une mèche mouillée sur son front, je lui ai demandé : "pourquoi ?", et elle s'est mise à pleurer à chaudes larmes... A son tour, elle s'est échappée... J'ai fui comme un voleur, et j'ai tenté d'oublier. Mais on n'oublie rien du tout.
La semaine dernière, la jauge... Enfin, j'y suis revenu. Il n'y avait plus de station-service. On avait construit à la place un "Self-service". "Servez-vous, c'est moins cher" disaient de grandes affiches. Quant à la fille, il paraît qu'elle se recycle à la ville.
Alors moi, je vais parler à une machine ?

Le Représentant en Robotique.

Demain : l'écuyère.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Alba 31/03/2010 11:59


Comme vous l'aurez constaté les avis sur le livre de KM pleuvent... Je vous livre le mien: Un "je t'aime moi non plus" écrit avec humour, tendresse et poésie. Un va et vient dans les confidences de
"La Beige" et du "Forestier", deux contraires qui s'a(i)m(ant)ent à la folle formule 1+1=3.
Bonne journée Joël. Je me réserve l'écuyère pour la soirée.


jeanne 31/03/2010 08:01


Bonjour Alba

belle journée


Joël fauré 30/03/2010 18:43


Jeanne et Amandier : Nous tombons, hélas, bien d'accord : non seulement nous nous déshumanisons, mais nous devenons barbares. Que faut-il faire ? Je ne sais. Mon père disait : "Après moi, le déluge
!". Il n'était pas le seul et il est parti à temps. Moi, j'ai la pétoche chevillée au ventre et je me réfugie dans la poésie.

Alba : Vous m'êtes chère, Alba, et vous le savez. Vous m'ouvrez des portes. Je vais faire un pas chez Katarina Mazetti.


Alba 30/03/2010 14:10


Oui, accrocher sa vie à la magie d'un sourire..

"Lui aussi souriait. Et...
Impossible de décrire ce sourire là.....
...Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d'oiseaux et des reflets sur un lac de montagne."
(Katarina Mazetti -Le mec de la tombe d'à côté-)


jeanne 30/03/2010 13:04


Joel
je suis certaine que c'est même pas moins cher
partout ça robotise
je déteste
où vont allé les humains ???


Présentation

BIENVENUE

ESPACE LITTERAIRE ET EROTIQUE

Soyez les bienvenus sur cet "égoblog",
petit jardin virtuel.

N'oubliez pas, quand même, d'aller vous aérer.

"Vivre,
c'est passer d'un espace à un autre
en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Liens