15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 21:19

LES TIMBRES DE L'ORTHOGRAPHE

 MAL AFFRANCHIS  

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Université Toulouse 1. Finale régionale des "Timbrés de l'orthographe"A la manière de "Où est passé Charlie ?" , saurez-vous repérer Fauré ? Photo "La Dépêche du Midi" - Thierry Gausserand

Il faut se rendre à l'évidence : il y avait un vide sidéral frisant le flou juridique depuis feue la fameuse dictée de Pivot, greffon transgénérationnel de celle de Mérimée.

Rendons donc grâce à un conglomérat d'acteurs majeurs dont on lira le pédigrée sous le renvoi de cet astérisque * d'avoir émis un joli bruit, dans le tumulte du monde, celui-là même auquel Maître Capelo venait juste d'avoir la mauvaise idée de s'abstraire.

Sur l'appellation, on ne tiquera pas : "Les timbrés de l'orthographe" sont aussi kitsch que "Les dicos d'or".

Si l'initiative est à saluer sur le fond, c'est pour cette prise de défense de "la langue de chez nous" qui tend à se paupériser à vue d'oeil et perte de plumes.

Il en va autrement de la forme. Assez fiérot - pourquoi le taire ? - d'être de ceux-là un peu triés et invités à concourir pour les finales régionales des susdits "timbrés", il m'a été donné de subir "in vivo" l'épreuve proche de l'accouchement sans péridurale.

Université Toulouse 1 Capitole. Amphithéâtre Michel Despax. Place 277. Malgré mes oeillades à la jolie brune deux degrés plus bas, je me concentre sur ma copie logotisée, vierge pour l'instant.

C'est à 14 heures 30 précises que le drame a éclaté. Loin l'Afrique. Loin le Japon. Les affres étaient là, dans un film impersonnel projeté sur un écran crevé, où le dernier brasseur en activité, Philippe Delerm, débitait sa dictée. Quand soudain des travées les cancres de la ville "Prose" se sont révoltés : "Ca va trop vite !" ; "On n'entend rien !"

Ici, on est au pays de la castagne. Il a fallu appuyer sur le bouton "pause" et ne pas en accorder à la brave "gentille organisatrice", à la torture de lire le texte de la dictée, sous le feu des pas toujours fondées récriminations de la classe. Il fallut même "changer de monture" et faire appel à une autre "GO" couleur plus locale et assent d'en desssous de la Loire.

Certes, cette première laissait à désirer (et un rapide "balayage" sur Internet confirmera la chose) mais au moins, le mot accomodé a exhumé toutes ses saveurs dans un texte qu'on aurait cru écrit pour "la semaine du goût". Et chacun sait bien qu'ils sont tous dans la nature.

 

JF

 

* La Poste, France Bleu, Le Figaro Littéraire, Le Ministère de l'Education Nationale et Le Syndicat de la Presse Quotodienne Régionale.

 

 Le texte de la dictée de Philippe Delerm

C'est une idée amère, mais il faut bien le constater : le goût de l'amertume vient avec les années. Cela relève peut-être purement de la physiologie. Peut-être. Il y a des exceptions, comme en orthographe, mais c'est ainsi : on a rarement vu des écoliers faire la fine bouche devant les bonbons de la boulangère, que leur préférence aille aux rouleaux de réglisse incrustés d'une pastille rose, aux crocodiles d'un vert ou d'un jaune presque phosphorescents, ou bien à ces petites langues parfumées au fruit de la passion, saupoudrées de neige acide. Tout cela est d'autant plus tentant que les parents se veulent très dissuasifs à l'égard de ces merveilles censées promettre un avenir redoutable. Mais les enfants vivent au présent, ou bien au futur proche. Préadolescents, ils gagnent en liberté. Dans les fast-foods, le pain américain et le ketchup ne sont jamais trop sucrés. Et puis le temps file. Dans les festivals de rock, on leur servira seulement de la bière, et que s'est-il passé ? Quelques années auparavant, ils pinçaient les lèvres de dégoût devant la boisson fermentée qui tout à coup les désaltère.

Les effluves du houblon soudain appréciés, c'est bien le début d'une tout autre histoire. Les foudres engrangés dans les caves des abbayes wallonnes ne seront bientôt plus seuls en cause. Le goût adulte fait son miel des bizarreries les moins ragoûtantes : champignons kaki pour la couleur, spongieux quant à la texture, et pour l'odeur… Quand la pourriture se fait noble, c'est l'apogée triomphal du mycologue, de l'œnologue, du fromager, de tous ces gastronomes qui ont quitté leur culotte courte pour parler gravement des plaisirs haut de gamme, de la psalliote et du clitocybe, de l'appenzell ou du géromé. Quelque rares qu'ils puissent paraître, les noms que j'ai choisi d'inviter ici font l'ordinaire jubilatoire des spécialistes.

L'âge venant, le «C'est un peu sucré !» prend des allures de reproche, voire de constat rédhibitoire. Les huîtres et les œufs d'esturgeon tiennent le haut du pavé, et le vrai foie gras, celui dont la fausse douceur exhume un goût de fiel. Même les charmes anciens du chocolat sont dévoyés avec des taux ébouriffants de cacao.

L'amer apaise les adultes. À raffiner avec lui, ils se consolent du bonheur qu'ils n'auront pas trouvé. Mais le parcours n'est pas bouclé. À ceux qui connaîtront le très grand âge un goût d'enfance reviendra. Et ils pourront enfin sucrer les fraises en toute impunité.

 

 

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Juste avant l'épreuve, un truculent polycandidat des jeux de lettres, révise son "Bled"

Photo JF 

 

 

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commentaires

Asl& 17/04/2011 20:07


Je pense que j'en aurais fait vingt ou trente...c'est ma moyenne, et qui n'a pas changé depuis que je faisais les dictées de Pivot avec ma grand-mère.
Je retiens quand même : le tiret pour pré adolescent, moi j'aurais tout collé.
Je retiens les effluves appréciéEs...mais après vérification le féminin pluriel est possible.
Je retiens qu'il m'est possible d'orthographier des noms qui me sont inconnus si ils sont bien prononcés...comme psallllllllllliote et clitociiiiiiiiiiibe.
L'orthographe au départ c'est une oreille de prononciation, mais moi j'ai loupé ce départ parce que dans le Nord tous les é è ê sont pareils...
Merci pour cette note...
Et moi aussi j' ai un BLED, niveau CM2 sixième que je n'ai jamais rendu à la fin de mon stage à la maîtresse d'école d'application.

Portez vous bien cher ami des mots...et encore merci pour cette parenthèse.


Joël Fauré 16/04/2011 22:23


7 ma chère Asl&, 7.
1) Je n'a pas mis d's à phosphorescents (Il me semblait que le "ou" (d'un vert ou d'un jaune) me permettait de le faire)
2) J'ai oublié un s à fast-foods (Ces restaurants rapides ne sont-ils pourtant pas "invariables" ?!? :-))
3)J'ai oublié un n à wallonne (Pourquoi tant de "n" ?)
4) J'ai mis un s à kaki. (Les kakis, hélas, de par le monde, en Afghanistan, en Lybie et en Côte d'Ivoire sont pourtant très nombreux !!!)
5) J'ai mis un seul l et deux t à psalliote. Il fallait faire le contraire. (C'est moins dramatique que d'avoir inversé les légendes entre les champignons comestibles et vénéneux ou mortels
!!!)
6)J'ai fait tout un fromage avec l'appenzell. (J'ai écrit la penzell : il n'y a que les femmes qui font de tout un fromage !!!)
7) Au lieu de "A raffiner", j'ai écrit "A raciner", mais avouez que c'est défendable, et c'est joli ! Et puis, j'ai des circonstances atténuantes : comme vous l'avez lu dans mon billet, la diction
était loin d'être au plus haut de sa netteté.
Du reste, on reconnaîtra à Paris où seront corrigées les copies, les icelles toulousaines : "physiologie" nous a été lu : "philosophie" !!!

Et vous, ma chère Asl&, quelle est votre évaluation ?
Amitiés.


Asl& 16/04/2011 20:53


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