"La Dépêche du Midi". 8 mai 2009
Le pari de la coiffeuse
Je me faisais des cheveux. A mes tempes, certains amorçaient une blancheur. Mais "tête de sage blanchit à tout âge". Un peigne
était plus devenu la ligne compartimentée à remplir, "en lettres capitales", dans les documents administratifs, que l'objet en corne d'auroch.
L'augure de me rendre dans un "salon d'abattage" (où trois clic-clac de ciseaux -même avec en tête cette jolie trouvaille "à la Prévert" : "si on coupe l'"o" aux oiseaux,
on a des ciseaux"- auraient moisssonné les épis en bataille et éteint les pétards coiffants) ne m'attrayait pas plus que ça.
C'est
alors que, l'index humecté, feuilletant mon journal, je suis tombé sur un article qui disait ceci : en surtitre : "Le concept est osé. Un salon de coiffure pour hommes, sensuel
et relax, vient d'ouvrir." En titre : Béa, la coiffeuse qui décoiffe". "Quel homme n'a jamais rêvé, les yeux fermés pendant le shampooing, d'une coiffeuse de charme en train de lui
masser le cuir chevelu. On se souvient de Jean Rochefort tombant amoureux de sa schampouineuse dans le film "Le Mari de la coiffeuse". C'est sans doute pour répondre à ce doux fantasme que Béa,
figaro de formation, a décidé de mettre un peu de piment et de sensualité dans son métier." Plus loin, je lis "LE MOT", clair objet de mon désir, ici clairement encensé : "Béa, revêtue
d'un mini-kilt au ras des porte-jarretelles, de cuissardes s'arrêtant au dessus du genou et d'un chemiser noir transparent, accueille avec un mutin sourire."
CUISSARDES. Le mot donc. Le
mot tinte à mes tympans comme l'Angélus au vertueux Novice. Il n'en fallait pas plus pour que, ciseaux en mains, barbier improvisé, de l'article je fis une coupe au carré.
J'ai contacté Béa. Il fallait bien que j'aille me faire couper les cheveux !
J'en étais resté à l'idée que seuls les hommes, souvent
immatures, pouvaient "présenter" un fétichisme.
J'ai rencontré Béa. Elle m'a démontré le contraire. Son attachement à l'objet-cuissarde est réel, et elle
le vit au quotidien. "Je ne porte que des cuissardes, même aux réunions de parents d'élèves" ponctue-t-elle de sa voix douce.
Géraldine Dormoy,
chef de rubrique au magazine "L'Express" écrit très justement sur son blog : "Chausser des cuissardes est un acte étrange. (...) C'est aussi une affaire de sensation. (...) C'est
chaud, enveloppant, incroyablement agréable à porter." Tout est dit.
Outre le fait que Béatrice est une excellente coiffeuse dûment diplômée, son
naturel désamorçe d'emblée, par je ne sais quelle alchimie rare, tout geste déplacé de celui qui la prendrait pour celle qu'elle n'est pas. Il faut du tact, du doigté, de la finesse, et sans
doute de l'audace pour avoir choisi ce créneau inexploité de la coiffure coquine.
La coiffeuse a gagné son pari.
JF
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A lire demain sur cet écran, la critique du film "Le Mari de la coiffeuse" de Patrice
Leconte, que j'avais rédigée à l'époque (1990), au lever du fauteuil de cinéma/salon !